Le cancer du sein est un problème de santé important aux Comores, comme dans de nombreux pays dans le monde. La sensibilisation, le dépistage précoce et l’accès aux soins sont des défis majeurs.
Par Naenmati Ibrahim
À Anjouan pour le lancement de la campagne de sensibilisation au cancer du sein (Octobre Rose), une émission a été diffusée à la Radio et Télévision de Ndzuani ( RTN) ce samedi 5 octobre . La journaliste Fatima Ahmed recevait la directrice régionale de la promotion du genre Sittina Echat Salim et l’Association des Sages-femmes d’Anjouan, invitées pour sensibiliser la population anjouanaise sur ce fléau qui fait tant de victimes tous les jours dans le monde.

À travers le journal Masiwa, Sittina Echat Salim conseille aux femmes comoriennes de 40 à 50 ans d’aller se dépister ou d’aller à la rencontre des sages-femmes pour apprendre à faire la palpation des seins. C’est le geste qui peut leur permettre de repérer les premiers signes de la maladie. Elle conseille aussi aux mamans d’envoyer leurs filles, à l’âge de puberté, lorsqu’elles ont commencé à avoir leurs règles, chez le gynécologue pour faire leurs premiers examens afin de prévenir la maladie. Elle leur recommande également d’arrêter le mariage précoce parce que cela peut engendrer aussi le cancer du col de l’utérus.
À Ngazidja, l’Association Contre le Cancer des Femmes ( ACCF) s’est donné comme mission de sensibiliser les femmes à reconnaître tout d’abord l’existence de la maladie et à prendre conscience du danger qui existe si on ne se fait pas dépister très tôt.
Et comme dans d’autres pays dans le monde, à l’occasion d’Octobre Rose, l’association s’est donné pour objectif de sensibiliser les femmes au dépistage précoce du cancer du sein. Et cela pour diminuer le nombre de décès causés par le cancer du sein. Chaque année dans le monde, on compte des milliers de décès et des millions de cas. En 2022, par exemple, on a recensé 2,3 millions de cas et on compte 670 000 décès.
Octobre Rose est une campagne annuelle de sensibilisation au cancer du sein, instaurée en 1985. Elle a vu le jour aux États-Unis. Le ruban rose est le symbole mondial de la lutte contre le cancer du sein.
Un combat pour la vie
Octobre Rose aux Comores est une initiative importante pour sensibiliser au cancer du sein et soutenir les femmes touchées par cette maladie. L’Association Contre le Cancer des Femmes joue un rôle crucial dans cette campagne, organisant des événements, des ateliers d’information et des actions de dépistage. Ce mouvement vise à unir la communauté dans un combat collectif contre le cancer du sein, tout en brisant les tabous autour de cette maladie.
Chaque année, durant le mois d’octobre, l’association organise des événements sur l’importance du dépistage précoce. Les événements sont plus perçus à Moroni parce qu’on voit des femmes habillées tout en rose défiler pour célébrer l’événement. Dans les autres îles, Octobre Rose à moins d’impact. À Anjouan, même le nom « Octobre Rose » n’est pas connu par la plupart des femmes. À Mohéli, il y a eu l’année passée des actions de sensibilisation pour Octobre Rose et cette année aussi, néanmoins là aussi « Octobre Rose » semble être méconnu selon le témoignage d’une journaliste de l’ ORTC Mohéli, et même l’ambiance n’est pas semblable à celle de la Grande-Comore. Il y a à Mohéli des réticences de la part de la population à participer à ce genre d’événement parce qu’elle ne comprend pas le sens de ce mouvement. Pourtant le but de l’association ACCF vise à briser les tabous autour du cancer du sein et à encourager les femmes à se soumettre à des examens réguliers qui se fait normalement tous les deux ans. Toutefois, le message a du mal à passer partout aux Comores.
Des soins à l’étranger ?
Aux Comores, cette initiative prend une ampleur particulière grâce aux efforts de l’ACCF, mais aussi grâce aux efforts du feu docteur Soimihi. Grâce à ce médecin, la mammographie est à un prix accessible durant le mois d’octobre ( Masiwa n° 451 du 30 octobre 2023).
Pour Tahamida Mze, Directrice et responsable du programme de Hayba Fm, le cancer du sein est très courant dans l’Union des Comores, mais malheureusement il n’y a pas encore de prise en charge de la maladie parce qu’il n’y a pas de cancérologues ni de service d’oncologie. Cela n’empêche pas l’Assocition Contre le Cancer des femmes de mener des actions pour qu’il y ait une prise en charge. En ce moment, l’association mène un combat qu’il y ait deux lits à l’hôpital pour qu’un proche puisse suivre une malade en fin de vie.
D’après le témoignage de Salwat, une jeune femme de Mohéli qui travaille au CNDRS, le dépistage n’est pas toujours une solution parce que certaines femmes qui ont été diagnostiquées du cancer du sein ou du col de l’utérus n’ont pas les moyens d’aller se soigner, puisqu’il faut absolument partir à l’étranger. Selon Salwat, certaines femmes, sans ressources, tombent dans l’inquiétude et cela peut engendrer d’autres maladies comme des maladies cardiovasculaires.
Prise en Charge des Malades
L’Association ACCF aimerait vraiment accompagner les malades atteints du cancer du sein, mais aussi du cancer du col de l’utérus, cependant la lutte n’est pas facile. Selon Tahamida Mze, le problème aux Comores c’est qu’après avoir été dépisté du cancer du sein, il n’y a pas de suivi médical au pays . Il faut se débrouiller si on a les moyens en allant se soigner à Mayotte, en Tanzanie, en France, etc. Mais, le plus important c’est que si elles acceptent de se faire dépister, c’est une possibilité de sauver des vies parce que le cancer du sein se soigne bien s’il est diagnostiqué très tôt. L’ACCF s’engage également à fournir un soutien aux femmes en les aidant du mieux qu’elle peut comme en leur offrant de se faire dépister gratuitement ou à un bas prix durant le mois d’ octobre. Le dépistage se fait au laboratoire Soimihi à Moroni pour ceux qui sont à Ngazidja.
Défis et perspectives
Malgré ces efforts, le chemin reste semé d’embûches. Le manque de ressources, l’accès limité aux soins médicaux et la stigmatisation demeurent des obstacles majeurs. Cependant, l’association continue de plaider pour une meilleure prise en charge des femmes atteintes de cancer. Elle œuvre pour des politiques de santé publique qui intègrent le cancer du sein dans les priorités nationales de santé.
Octobre Rose aux Comores est plus qu’une simple campagne, c’est un mouvement de solidarité et d’espoir. Grâce à l’engagement de l’Association contre le cancer des femmes, ou de femme comme Sittina Echat Salim, de nombreuses vies peuvent être sauvées aux Comores. La sensibilisation, l’éducation et la prise en charge sont des étapes essentielles pour combattre cette maladie et soutenir celles qui en souffrent. Ensemble, les Comoriens peuvent contribuer à faire reculer le cancer et à promouvoir un avenir où chaque femme a accès aux soins dont elle a besoin.