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Autrefois, dans notre enveloppe sociale, UPBIRU

23 août 2019
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Autrefois, dans notre enveloppe sociale, UPBIRU
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À l’époque où la médecine moderne n’était pas encore à la portée du pays, les guérisseurs, les welevu et les porteurs de génie faisaient office de praticiens. Ils traitaient toutes sortes de maladies et réussissaient à soulager les douleurs des patients,ne serait-ce que psychologiquement.

Pour les pathologies physiques, il était plus pratique de prescrire des solutions à base d’herbes médicinales, de racines et de substances adaptées.

Mais, pour ce qui était des maladies mentales, les spécialistes étaient rares et la couverture sanitaire était tellement restreinte que pour obtenir une consultation, il fallait parcourir des dizaines kilomètres et parfois camper pendant plusieurs jours dans le village du guérisseur.

La pathologie la plus difficile à traiter était le trouble mental, connu sous le nom de UPBIRU et dont le porteur était appelé PBIRU.

Le traitement devait être le concours de plusieurs spécialistes du fait que plusieurs phases affectaient le patient. À chaque phase, il était nécessaire de faire intervenir le guérisseur le plus expérimenté dans la spécialité. Cela commençait très jeune par une simple crise d’adolescence négligée et appelée HILA ou ZIBWIYI. Les symptômes se manifestaient par des insultes délibérées, de défis à l’autorité parentale et des provocations anodines. Le traitement consistait à des punitions verbales (utretrelya), à des sanctions basiques (utubisa), à des privations des besoins (nourritures, habits) et à des corrections plus ou moins sévères (uadabisha).

La plupart des cas, les parents confiaient le traitement au Fundi de l’enfant (maître coranique) qui s’appliquait à soigner l’adolescent par l’affection, la spiritualité, l’accompagnement et par la discipline.

Il arrivait, même si c’était rarement que le cas de crise évoluait en pire et le PBIRU nécessitait un traitement élaboré chez un spécialiste. C’était lorsqu’on commençait à constater que le sujet devenait agressif aussi bien verbalement que physiquement. On lui reconnaissait facilement un dédoublement de personnalité et l’on disait qu’il était « possédé » (katsiwaye).

En effet, plusieurs personnalités se manifestaient en lui, ce qui semait une confusion déroutante dans la famille et les proches. Il savait être aimable comme il devenait facilement menaçant et gratuitement agressif. Il pouvait s’inventer une vie et tenir en haleine tout un public pour raconter « ses exploits », se construire une posture herculéenne, se faire admettre une clairvoyance phénoménale teintée de miracle.

Il allait jusqu’à se faire passer pour un érudit multidisciplinaire qui détiendrait exceptionnellement la science infuse capable d’expliquer tout phénomène. Il adoptait des bizarreries comportementales comme des tenues vestimentaires singulières et des paroles explosives.

Et si l’on commençait à mettre en cause sa sincérité ou à douter de ses dires, il revenait sur ses personnalités les plus autoritaires et manifestait un comportement de dissociation visible à lui tout seul. Il affirmait posséder une fortune colossale et promettait de rendre riches ceux qui pouvaient lui obéir au doigt et à l’oeil.

Il disait détenir les secrets de Dieu qui l’a décrété missionnaire et qu’il pouvait transmettre des pouvoirs à des adeptes par un phénomène de devinement de la pensée croyant que tout le monde savait de quoi il parlait.

Au comble de son dédoublement, il se déclarait être aimé par les plus belles femmes du village, avoir anobli sa famille et son village.

Pour adouber le public, il s’inventait des ennemis et se fondait dans une paranoïa chronique (Shiyengo) et absurde. À défaut de se faire aduler par tout le monde, il focalisait une colère acerbe sur ses ennemis imaginaires. Ceux-ci étaient trouvés chez les personnes ayant un statut social qui pouvait le « concurrencer» ou le contredire. Il se positionnait en victime et accusait tout le monde de vouloir sa disparition. Il se faisait souvent mal et montrait ses blessures comme preuves qu’il se battait pour sa survie. Quand son subconscient lui refusait le comportement suicidaire, il se faisait des pansements pour simuler des blessures, il marchait en boitant pour simuler des agressions dont il serait victime, il fermait longtemps sa bouche pour simuler un complot contre sa parole mythique.

Cette paranoïa devenait non maîtrisable et poussait le malade à s’isoler dans un endroit inaccessible pour se protéger, car convaincu que l’environnement lui était dangereusement hostile (upvambaya).

Le dénouement aboutissait à ce qu’il pouvait reconnaître son cas de maladie grave, ce qui n’arrivait que rarement

Mais quand cela arrivait, on l’amenait chez un guérisseur de génie (fundi wa madjini). Celui-ci recommandait que le passage du patient d’abord chez un mwalimu wa bawo pour consulter les astres afin de situer l’origine de la maladie. Après cela le fundi wa djini entamait un processus de guérison par le procédé uhereyadjungu, une sorte d’inhalation de vapeur pour amoindrir le dédoublement de personnalité (uhezaitswani), jusqu’à laisser et valider une ou deux personnalités dominantes et le patient devient porteur de génie (hirishadjini) avec le risque qu’il reste sur des thèmes mégalomaniaques.

Au cas où le traitement ne réussissait pas, on diagnostiquait la schizophrénie aigüe et   irréversible (udjufumuyo) et le malade allait directement à l’asile domestique en strict isolement nommée cliniquement PBINGU avec deux dénouements attendus : la raison ou la mort.

Mais comme dirait l’autre, ça c’était avant que la psychologie, la psychiatrie et la  psychanalyse n’offrent d’énormes progrès scientifiques accessibles. Le PBIRU peut guérir, mais, il a cruellement besoin d’aide et de sa propre volonté.

Par Dini Nassur

 

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