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Le train est lancé, gare aux retardataires…

La visite du président français dans les territoires d’outremarin de Mayotte et de la Réunion trace les contours de la mainmise de la France dans cette région, mais surtout la nouvelle stratégie qui guidera cette région dans les années à venir.  Le vieux colon continue d’aménager les territoires Indo-Pacifique pour booster et coopter ses propres intérêts. Dans sa conférence à la Réunion où les acteurs économiques, politiques et sociaux des pays qui composent l’océan indien et limitrophes de cet espace y sont conviés pour qu’ils rentrent dans la vision : bâtir l’épicentre de la mondialisation dans cette partie du monde.

Chiffres à l’appui, le Président français ouvre un chantier pour lequel le destin économique et géostratégique de la France raisonne avec tact et style gaullien de reconquête et épiphanie géographique. De Mayotte jusqu’à l’Inde, cet espace Indo-Pacifique est en proie à une nouvelle stratégie. Et c’est la grandeur de la politique et des interventions techniques françaises qui se posent. Il est question de la sécurité maritime en partenariat avec l’indian navy, la maitrise de l’énergie renouvelable et la biodiversité qui donnerait la possibilité à la création d’emplois dans une filière pêche durable. La protection de l’environnement permet la régénération des ressources de pêche, mais aussi la création des Universités de qualité et des ERASMUS de l’océan indien qui serviront à ‘’développer un archipel de savoirs et talents’’.

Selon lui, cet espace repose aussi sur la connexion de ces territoires en développant le transport et en créant de la concurrence, donc un marché gigantesque où ses agences de développement comme AFD auront un lagon poissonneux pour y jeter leurs filets. Cela crée aussi de la mobilité des populations dans la région et des actions économiques, donc une offre pour le transport qui est une occasion pour Air France de diversifier ses itinéraires.

L’agenda d’Emmanuel Macron embrasse une dimension géopolitique qui souhaite mettre ensemble les pays insulaires de l’océan indien pour co-construire un dynamisme socioéconomique. Ce dynamisme répondrait désormais aux défis régionaux et environnementaux afin de rehausser l’image de la France qui sera très prochainement à la tête de la Commission de l’océan Indien. Mais qui a perdu beaucoup de son influence en Afrique au profit de la Chine.  Jamais un tel accord n’a été lancé. Avec cette stratégie, il semble qu’un nouveau marché se dessine et dans le même temps, la stratégie prévient, selon E. Macron, les nouveaux ‘’prédateurs’’ qui s’invitent dans ces eaux faisant allusion, on serait tenté de dire, aux Américains.

Ce nouveau cap de la diplomatie française en matière de surveillance de la mer pourrait s’avérer impitoyable avec des retombées bien significatives au profit de la France qui se lance dans un combat pour reconquérir pleinement ses vieux bastions et tenter d’autres pays stratégiques dans cette région comme le Mozambique ou l’Afrique du Sud pour les traduire dans la convergence territoriale en cours. Une sorte de hub territorial où l’expertise française s’abattra pour se réaliser et réaliser la France.

L’accord-cadre signé dernièrement entre la France et les Comores n’est qu’une partie de l’iceberg. Et l’autre partie n’est pas ce que l’opposition comorienne appelle trahir les frontières nationales, mais la mise marche de l’humain. Une équation difficilement réalisable pour le gouvernement comorien qui semble se balader dans le couloir des idées et de l’idéologie française. Justement les 150.millions d’aide au développement captés annoncent quelques axes très généraux pour lesquels ils seront utilisés, rien n’est encore clairement épluché. La conférence des bailleurs de fonds prévue le mois de décembre prochain semble continuer dans le même sens que les autres conférences et programmes de développement qui, précisons-le, n’ont pas eu un vrai impact (la conférence de Maurice en 2010, avec intention d’aide de 200 millions, celui de Doha en 2010, avec intention d’aide de 645 millions). C’est toujours le donateur qui décide qui, où, comment, et pourquoi.

Les cabinets et bureaux d’étude français se partagent le butin par leurs piles d’études répétitives sans une mise en effectivité. La même politique néocoloniale continue d’irriguer les rapports entre dominé et dominant. Un flou épais, une invisibilité consternante. ‘’je suis invisible parce que les autres refusent de me voir’’, disait Ralph Alison. Pour la France, c’est clair, ses territoires ne sont pas invisibles. Ils sont porteurs d’hégémonie, des idées novatrices qui mettent en œuvre et en épreuves les gigantesques défis des générations futures qui sont liées aux nouvelles technologies, à l’agroalimentaire, à la maitrise de l’énergie renouvelable surtout à l’éducation avec 800 classes qui seront bientôt construites à Mayotte, la baisse de billet d’avion, etc.

La Réunion en revanche par cette énergie et volonté politique devient le leadership du destin de l’océan Indien. Une sorte de locomotive qui remorque les autres pays. La grande question demeure : est-ce que ‘’la décolonisation a lieu ou non’’? demandait F. Fanon. Si telle est le cas, démontons le puzzle et commençons par le début de la discussion d’égal à égal…

https://masiwa-comores.com/maore-na-macron-mpaka-tcho/

https://masiwa-comores.com/une-visite-tres-intense-et-en-mode-show/

Ismael Ali, Université de Poitiers

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