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Uwanga : un esprit à incarner, un mouvement.

Uwanga est d’abord un simple verbe utilisé à Ngazidja pour parler de l’éclosion d’un œuf. Il signifie tout simplement « éclore » comme dans Le djwayi liwanga. Ce verbe renvoie donc à l’idée de naissance. Par Abderemane Wadjih

C’est ce même terme Uwanga qui est repris, cette fois en tant que concept, pour désigner ce mouvement, cet esprit nouveau qui consiste à partir à la recherche de notre histoire, de notre identité, de notre culture pour mieux les connaitre, se les approprier afin de mieux nous préparer à appréhender le présent comme le futur.

Uwanga, (dont l’appellation adéquate devrait être ndo uwanga) s’inscrit donc, à quelques égards, dans la même démarche que la Rinascita italienne ou la Renaissance française ou la négritude dans la mesure où, il prône, ouvertement l’idée d’une remontée aux sources et celle d’un renouveau, d’un nouvel essor de la culture comorienne dans sa globalité et dans tous ses composants au premier rang desquels l’homme lui-même tant il est vrai que la culture n’est pas une réalité autonome que l’on peut considérer indépendamment de ses acteurs.

Aussi, tout renouveau culturel, implique-t-il indéniablement un renouveau de l’homme lui-même, une prise de conscience de ce qu’il est, un examen de son passé, de son histoire, de sa culture, de ses traditions afin de les préserver et parfois, de les extirper de tous les facteurs de nature à entraver son épanouissement et son implication au monde.

Certes, la démarche du mouvement Uwanga est de valoriser la culture de l’archipel des Comores, c’est-à-dire, l’ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent notre société, mais en même temps, il s’agit de mener une réflexion profonde sur cette même culture, sur certaines traditions ou pratiques qui y sont attachées et qui, au regard des aspirations actuelles de notre société, constituent un frein pour le développement. Or, il n’est aucun doute que la finalité de tout effort culturel collectif devrait être l’épanouissement (social, économique, politique…) du groupe concerné. Comprendre cela, c’est admettre que sauvegarder la culture pour une société ne consiste pas à reproduire, les yeux fermés, ce qui a été fait par les anciens, mais à le reproduire intelligemment, à le filtrer, à le modifier parfois, à l’améliorer en fonction des nouvelles réalités auxquelles le groupe est confronté. Car il est une évidence qu’il faut rappeler :  toute culture comporte des aberrations qui, sous prétexte qu’elles relèvent des traditions, se maintiennent et échappent parfois à toute critique. Et c’est bien cela qui justifie souvent la survie de pratiques telles que l’excision et autres mutilations corporelles dans certaines cultures ou des comportements contre-productifs. C’est également cela qui maintient et justifie, par exemple, la toute-puissance du notable grand-comorien qui interfère jusqu’aux domaines du religieux, du scientifique, du juridique, du politique, de l’économique sans que personne n’y trouve à redire.

La vraie question qui se pose pour Uwanga est : quelle société comorienne faut-il mettre en place et en quoi l’approche culturelle nous aidera-t-elle à répondre à cette question vitale ?

Pour Uwanga, la Renaissance dont il est question ne consiste pas à renaitre à l’identique, mais à renaitre autre sinon, meilleur. Et un tel projet demande d’abord une connaissance de soi, un élan collectif et non élitiste, en ce sens que chaque Comorien peut et doit incarner l’esprit Uwanga, aussi bien l’archéologue, l’historien, l’écrivain, l’économiste, l’artisan menuisier, le tailleur de pierre que la tisseuse de hamba. C’est pour cela que l’une de nos premières réalisations, au-delà de nos émissions de vulgarisation, est un livre collectif qui rassemble des centaines de proverbes comoriens qui sont analysés et traduits dans une langue étrangère afin de sauvegarder ce patrimoine, mais surtout, de montrer aux Comoriens eux-mêmes que malgré les apparences, ils ont, eux aussi, participé à l’élaboration de la pensée universelle à leur manière.

La sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel des Comores est donc un point extrêmement important pour Uwanga. Seulement, contrairement à beaucoup d’associations qui font un formidable travail dans la sauvegarde du patrimoine, notre démarche consiste d’abord à sensibiliser, par des spécialistes, les habitants des localités, à leur exposer leur richesse, à leur détailler l’originalité de leur patrimoine, afin qu’ils s’impliquent eux-mêmes dans la démarche de préservation et de connaissance de celui-ci. Le mouvement Uwanga compte en son sein des anthropologues, des artisans de toute sorte, des linguistes, des artistes, des traditionalistes, des spécialistes du patrimoine, des historiens, de simples citoyens qui, tous, croient en ce renouveau de la culture comorienne et du Comorien lui-même. Et ce renouveau, cela va sans dire, c’est maintenant pour un bénéfice inéluctable demain.

 

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