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Un Dialogue national sans démocratie ?

En réalité, Azali Assoumani a compris que son histoire d’émergence n’est qu’une utopie. Il a lui-même compris qu’il a menti au peuple comorien en lui donnant l’espoir qu’il allait conduire le pays vers un développement harmonieux à l’horizon 2030. Plus de cinq ans après, il n’y a aucun résultat visible, sinon la crise politique qu’il a installée d’une manière durable. Mais, il ne veut absolument pas accepter son échec. Le Dialogue national peut lui permettre de redonner un souffle à un régime qui n’a d’autres solutions à offrir aux Comoriens que la violence et les arrestations arbitraires. Par Bacari Abdourahim

Il a promis aux jeunes le plein emploi dans son programme de campagne de 2016. Promesse qu’il n’a pas tenue, au contraire, dès les premiers mois de son arrivée au pouvoir, il a licencié plus de 2000 jeunes qui avaient des postes budgétaires.

En 2018, il a dérouté ce qui devait être des Assises nationales sur le bilan des 43 années d’indépendance pour en faire des assises partisanes qui lui ont permis de prolonger son mandat de trois ans et de se donner la possibilité d’en rajouter cinq autres. L’objectif principal pour lui et le parti CRC était de supprimer la Cour Constitutionnelle, changer la Constitution, pour garder le pouvoir aussi longtemps qu’ils voudront. Ils ont plongé les Comores dans une crise politique à laquelle s’ajoute aujourd’hui une crise économique avec des pénuries et des hausses de prix sans précédentes.

Les restrictions des libertés individuelles et collectives, les arrestations arbitraires et les tortures ont plongé le pays dans une souffrance semblable à celle qu’il a connue au temps des mercenaires de Bob Denard. L’Union africaine et les pays amis ne sont pas sans savoir que le régime actuel refuse toute liberté à ses opposants qui, pour la plupart, sont en prison, en résidence surveillée, en fuite à l’extérieur ou murés dans le silence à l’intérieur. Les représentants de l’Union africaine, des Nations-Unies à Moroni sont en réalité au courant des souffrances des Comoriens provoquées par ce régime. Comment pensent-ils qu’un Dialogue national franc peut avoir lieu dans ces conditions ? Les Comoriens observent avec amertume la faillite morale de ces grandes institutions.

Un seul parti politique, la CRC dirige les Comores d’une main de fer. Aucun parti de l’opposition n’ose manifester ou se réunir, même dans des lieux privés, sous peine d’être condamné et subir tous les châtiments réservés à qui ose s’opposer au régime en place.

En France, depuis le 24 mars 2019, tous les dimanches, les Comoriens de la diaspora expriment leur colère à Paris, à Marseille, à Lyon… et réclament le retour de la démocratie dans leur pays.

Azali Assoumani a parfaitement raison de proposer un dialogue pour sortir les Comores de cette impasse. Mais, ce n’est absolument pas à lui de fixer les règles de ce dialogue que l’opposition attend depuis longtemps. Les Assises exclusives de 2018 sont un modèle du Dialogue national qu’Azali peut produire.

L’opposition a raison de refuser un dialogue dont les règles et sujets à débattre seraient déterminés par le régime en place. Et les partisans d’Azali se montrent conforment à leurs agissements passés en déclarant que le « Dialogue national inclusif » se ferait avec ou sans l’opposition. Après tout, cela fait trois ans maintenant qu’Azali parle à lui-même, qu’il se fait plaisir devant des partisans zélés encadrés par l’armée. Et s’il le faut, il est toujours possible de se fabriquer rapidement, en y mettant les moyens, sa propre opposition, le temps d’un « Dialogue national inclusif ».

 

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