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Tribune Libre : Le vaccin chinois aux Comores

La République populaire de Chine est le premier pays à avoir reconnu l’indépendance des Comores et depuis, elle n’a jamais failli à ses engagements à l’endroit du peuple comorien. En cette période de grave pandémie de la « COVID-19 », les Comoriens sont comblés de voir les autorités chinoises faire preuve d’autant de prévenance à leur égard, comme à l’endroit d’autres pays, dont on n’aurait jamais soupçonné les difficultés, par exemple l’Italie, l’Espagne, la France ou la Grèce.

Le 17 mars 2021, la Chine a envoyé un avion avec à son bord, un don de cent mille doses de vaccins et une équipe médicale devant superviser les injections et soutenir la lutte contre la COVID-19 aux Comores. Cette diplomatie médicale mérite d’être encouragée, mais elle ne doit pas égarer nos esprits de l’objectif qui consiste, en tant qu’État indépendant, à œuvrer pour la santé de nos concitoyens.

Le nouveau garant de la santé publique mondiale

Symbole du basculement du monde, l’Empire céleste éclipse désormais le pays de la liberté. La Chine est aujourd’hui en tête dans les innovations et dans la technologie, car c’est le pays qui dispose du plus grand nombre de brevets. Sur le plan de la médecine, on retrouve dans les plus grandes revues, comme NEJM, PLoS Medecine, Nature Medicine, The Lancet (…), une recrudescence d’articles publiés par des scientifiques chinois.

Durant la période Trump, le dragon chinois a profité du retrait de l’aigle royal américain des institutions multilatérales pour se positionner comme le nouveau garant de la santé publique mondiale. Présentement, les Chinois encouragent la recherche et à l’état actuel du progrès, du savoir et du développement, l’empire du Milieu est le champion incontesté.

Donc, loin de nous l’idée de mettre en cause le génie chinois. Néanmoins, il paraît primordial de garder un peu de bon sens. Effectivement, il est important de souligner que dans la lutte contre le virus, « SARS-CoV-2 », de nombreux vaccins dans le monde sont en préparation et parmi eux, deux vaccins chinois sont en stade avancé au niveau de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Sinovac et Sinopharm sont les laboratoires pharmaceutiques chinois qui proposent ces sérums, « du type inactivé » et qui répondent aux normes et aux procédés validés par l’OMS et autorisés dans de nombreux pays. Ces injections contiennent le virus, mais il est inactif. Ainsi, une fois injecté chez l’être humain, le virus est dans l’incapacité de se propager, seulement, il est reconnu par le système immunitaire du corps qui développe alors des anticorps pour le combattre.

Manque de transparence

À cet effet, Sinovac a élaboré le « CoronaVac » et ses résultats demeurent conformes aux attentes de l’OMS, même s’ils varient selon les pays. Dans ces conditions, ce sérum n’a pas convaincu et il a donc été très peu utilisé dans les différentes campagnes de vaccination contre la COVID-19, à travers le monde. Quant à Sinopharm, ses sérums sont suivis par l’OMS, toutefois, un seul pour l’instant est perfectionné et c’est le vaccin « BBIBP-CorV ». Actuellement, malgré les progrès en cours, pour ce qui concerne ces deux vaccins chinois, le problème qui se pose est que leurs fabricants ne font pas preuve de transparence, n’ouvrent pas leurs dossiers et ne partagent pas leurs données. Ainsi, dans le souci de garantir, l’évaluation scientifique, le contrôle et le suivi de la sécurité des médicaments à usage humain, l’OMS n’a pas jugé bon d’accorder à ces vaccins chinois, une autorisation de mise sur le marché (AMM), par ailleurs, même conditionnelle, mais c’est le cas aussi pour d’autres sérums élaborés à travers le monde.

Dans le cas des Comores, une question à deux inconnues se pose et celle-ci consiste à s’interroger, sur la piqure chinoise qu’on veut inoculer à la population comorienne et le caractère opportun du vaccin ? Pour le moment, seuls quatre sérums disposent d’une AMM agrée par l’OMS et ce sont les injections de Pfizer, d’AstraZeneca SK BIO, de Serum Institute of India et de Janssen. En tenant compte des essais menés en Afrique du Sud, il en résulte qu’au niveau du ratio, avantage, efficacité, qualité et prix, l’injection unidose Janssen est la plus appropriée pour combattre le variant « 501Y.V2 », répandu également dans les îles Comores. Par conséquent, ne serait-il pas judicieux d’opérer un rapprochement avec la Nation arc-en-ciel, pour s’enquérir déjà de leur stratégie et éventuellement, passer avec eux des commandes groupées de doses Janssen ?

Maintenant, si la population comorienne doit servir de cochon d’Inde, afin d’expérimenter l’efficacité d’un vaccin chinois sur le variant « 501Y.V2 », si tel est le cas, alors, en toute transparence, cela doit être entendu et accepté par tous, de plus, cela doit être fait dans des conditions de sécurité optimales. Mais, alors une autre question vient à l’esprit : dans la population comorienne, qui « bénéficiera » en premier de ces vaccins chinois ?

À défaut d’une politique vaccinale élaborée en amont, par des autorités compétentes en la matière, il paraît clair que les dirigeants comoriens actuels, s’enlisent dans leur marasme habituel et sans trop pouvoir y faire quelque chose, dans cette pandémie et dans cette crise, ils sont surclassés par le poids de leur responsabilité, mais pire encore, leurs duperies ne trompent désormais plus personne.

Que les autorités montrent l’exemple

Pour ôter le doute dans l’esprit de la population comorienne, en ce qui concerne les cent mille doses de vaccins chinois arrivées aux Comores, il est important que les autorités montrent l’exemple et se fassent inoculer en premier ces injections chinoises. Par la suite et en toute confiance, les personnes à risques, comme, le personnel médical, puis les séniors et enfin, les personnes souffrant de maladies chroniques, pourront sans polémique et sans peur se faire vacciner.

Pour atteindre rapidement un seuil d’immunité collective, il serait pertinent de se préparer aussi pour le mécanisme onusien COVAX, mais dans le même temps, il faudrait penser à inclure obligatoirement, les maires, la société civile, les associations des quartiers et des villages, au sein d’un organe d’orientations relatives à l’élaboration et à la mise en œuvre d’un plan national de déploiement et de vaccination applicable aux vaccins contre le variant « 501Y.V2 ». Pareillement, il serait sensé de consulter la diaspora, car comme à son habitude, elle serait tout à fait disposée à aider une fois de plus les îles Comores et au vu des dernières évolutions, il s’avère crucial d’immuniser la population comorienne au moyen du vaccin Janssen. En effet, quand bien même, la vaccination se ferait à titre onéreux, les gens n’auraient pas d’appréhension, puisque ce sérum dispose d’une AMM agrée par l’OMS, de plus, son efficacité, sa sécurité, son immunogénicité, ne feront pas l’objet d’une contestation ou d’un doute.

Docteur Achmet SAID MOHAMED

Enseignant, chercheur, en chimie thérapeutique

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