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Transition écologique. Des Comoriens font l’expérience de l’éco-entrepreneuriat.

Depuis la Conférence de Rio en 1992, le fameux « Sommet de la Terre », l’opinion internationale a placé au centre des débats, notamment au niveau des institutions, la question de l’environnement. Une prise de conscience collective qui fait inscrire l’urgence de repenser à des alternatives permettant la préservation de la planète. Ces rendez-vous réunissant les gouvernements, associations, sociétés civiles et ONG (prenant de l’envergure à partir de 1995 avec la Cop1 organisée à Berlin), dégagent de nouveaux comportements pour les États sur le plan social, économique et politique. Par NEZIF-HADJ Ibrahim

Les Comores, pays vulnérable du fait qu’il se trouve entouré par la mer, donc sous la menace de la montée des océans est signataire de l’Accord de Paris. Pourtant, les autorités ne semblent pas prendre la mesure de la gravité de la situation.

Du 31 octobre au 12 novembre s’est tenue la Cop26 à Glasgow, en Écosse. Faisant suite à l’Accord de Paris signé lors de la Cop21 en 2015, cette nouvelle Conférence ne rompt pas avec les autres parce qu’elle continue de mobiliser, de sensibiliser et d’attirer l’attention sur les conséquences du changement climatique.

L’éco-innovation pour un entrepreneuriat écoresponsable aux Comores

La transition écologique, entendue comme l’ensemble des pratiques qui supposent un modèle économique et social respectueux de l’environnement, prône des activités humaines reposant sur l’exploitation du filon écologique. À Anjouan, plus particulièrement à Dzindri dans le Chisiwani, Amir Bouhari s’est saisi du concept.  Titulaire d’un Master en physique des énergies renouvelables spécialisé en biogaz et biomasse, il s’est lancé dans la production de charbon et de gaz bios. « Le charbon est écologique, car il provient des feuilles mortes et le gaz aussi, car on le prépare à partir des excréments de vaches et de poulets », indique-t-il. Ayant l’ambition d’accompagner les Comores dans la transition énergétique et de contribuer à la limitation de la dégradation de l’environnement, il souhaite agrandir son projet et en faire une entreprise verte compétitive.

Occuper le marché de l’entrepreneuriat vert est aussi la vocation que se fixe le fondateur de la marque Econa (Écologie et Naturel), Bacar Khwoudhayifi, ingénieur en énergie renouvelable, qui réside actuellement à Antananarivo, évolue dans l’éco-innovation, plus particulièrement dans la valorisation des déchets. Il opère dans la transformation de déchets agricoles et alimentaires en compost, les déchets plastiques en pavé autobloquant. Econa est la marque que porte le savon bio qu’il produit et qui est commercialisé aux Comores.

L’éco-entrepreneur aux Comores dans le dur

Si pour le propriétaire de la marque Econa, son activité répond à ses attentes, ce n’est pas encore le cas d’Amir Bouhari. Ce dernier reconnaît avoir des difficultés à faire prospérer son projet. « j’ai des problèmes de moyens », fait-il savoir. Cependant, il avoue que « c’est pourquoi  il sollicite toujours de l’aide soit de l’État soit des ONG ou institutions financières ».

La question du manque de moyens n’est pas propre au professeur de physique chimie, Amir Bouhari. Bacar Khwoudhayifi assure avoir aussi des problèmes de matériaux, tout en reconnaissant que l’accès aux moyens techniques à Madagascar est plus aisé, ce qui lui permet d’y produire son savon. Ce qui n’est pas le cas d’Amir Bouhari qui travaille dans des conditions rudimentaires, notamment en termes de matériels.

Au regard des produits proposés, surtout par leur potentiel économique, ces acteurs de l’entreprise verte promeuvent des projets porteurs. Non seulement ils investissent dans le développement durable et dans la sauvegarde de l’écosystème, mais ils représentent aussi la possibilité de créer des emplois durables.

En effet, les activités menées par ces deux protagonistes du développement durable et les difficultés qu’ils rencontrent constituent un paradoxe. L’État comorien est toujours invité dans les sommets sur le climat et bénéficie d’aides financières. La Cop15, la Conférence de Copenhague prévoyait un financement à hauteur de 100 milliards de dollars à compter de 2020 au profit des États en développement dont les Comores font partie. Pourtant, des promoteurs de projets durables comme Amir Bouhari n’en bénéficient toujours pas.

Le gouvernement annonce des chiffres pour l’entrepreneuriat, mais pour Amir Bouhari ce n’est qu’un slogan.

« cela fait déjà 2 ans que je suis ici en train de prêcher mes idées », se plaint Amir Bouhari. Cela interroge. Notamment quand on entend le gouvernement répéter qu’il soutient l’entrepreneuriat alors que des acteurs qui émergent demandent tout simplement un appui et ne le reçoivent pas.

Dans une conférence qui s’est tenue mardi 16 novembre, le ministre de l’Agriculture et de l’Environnement, Houmed Msaidié, annonce la mobilisation de 5 millions de dollars à la Cop26 en faveur des projets innovants. Le Directeur de cabinet du Président, Daniel Ali Bandar avance lui, lors de « la Semaine de l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes » la somme d’un milliard de francs comoriens toujours pour l’entrepreneuriat.

Cependant, ces annonces ne confortent pas Amir Bouhari : « Jusqu’à présent j’ai le sentiment que, vu la dégradation de notre environnement, les autorités ne sont pas encore réveillées pour le développement durable ». Pour lui, c’est juste un slogan utilisé pour vendre l’action gouvernementale. Les faits semblent lui donner raison puisque, selon une source anonyme au ministère de l’Environnement, des particuliers ayant acheté le visa à raison de 5000 euros se trouvaient dans la délégation comorienne ayant participé à la conférence de Glasgow sur le climat.

 

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