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Saïd Larifou, avocat au barreau de Moroni : « Deux plaintes ont été déposées au Parquet de Paris contre Azali par la veuve de Major Hakim Bapale et ses enfants pour enlèvement, séquestration, tortures et assassinat »

Masiwa – Me Larifou, une plainte a été déposée au Tribunal de Paris et vous représentez un des plaignants. De quoi s’agit-il exactement ?

Saïd Larifou – Deux plaintes ont effectivement été déposées au Parquet de Paris contre Azali Assoumani et ses collaborateurs par la veuve de Major Hakim Bapale et ses enfants pour enlèvement, séquestration, tortures, et assassinat sur la personne de Major Hakim Bapale et une autre plainte vise les mêmes personnes pour enlèvement, séquestration, violences, torture et tentative d’assassinat. Propos recueillis par MiB

Dans un premier temps le Directeur de cabinet et chargé de la défense est intervenu pour justifier l’enlèvement de Major Hakim et les causes de sa mort. Pour lui, il serait mort d’un malaise au cours de son interrogatoire au camp militaire et décédé au cours de son transfert à l’hôpital. Il a ensuite menti lorsqu’il a soutenu devant la presse que son enterrement a eu lieu dans la journée par des civils alors que selon des informations crédibles données par des témoins, il a été enterré comme un animal avec les vêtements qu’il portait lors de son arrestation et au milieu de la nuit par des militaires qui n’ont même pas averti sa famille de son décès. L’exhumation du corps, décidée par les proches, a permis de constater les traces des tortures que les militaires lui ont infligées.

Le ministre de l’Économie, porte-parole du colonel Azali Assoumani, a par la suite exprimé son indignation et il a avoué l’arrestation de Major Hakim dans le cadre d’une enquête ouverte pour tentative de déstabilisation de l’état. Il a ensuite annoncé qu’une enquête serait ouverte pour savoir les causes et les circonstances des faits.

Le Procureur de Moroni est intervenu un mois après les faits pour avouer que l’enlèvement de la victime et son transfert dans un camp militaire se sont faits dans le cadre d’une enquête ouverte par lui.

Jusqu’à présent aucune arrestation ni sanction n’a été prise contre les militaires directement impliqués dans ces crimes. Au contraire, le commandant présent lors des tortures assassinat de Major Hakim vient d’être promu.

Dans ce dossier, comme dans d’autres crimes, la justice s’est effacée au profit de la politique d’où l’initiative prise par les victimes de saisir la justice française en vertu de sa compétence universelle

Je remercie mon confrère Didier Jaubert du Barreau de Paris pour sa disponibilité et son concours pour assurer la défense des victimes. Mes remerciements s’adressent aussi aux confrères du Barreau pénal international, près de la CPI, pour leur engagement contre l’impunité.

Masiwa – Le jugement d’un chef d’État étranger en exercice est-il possible en France ?

Saïd Larifou – Les poursuites engagées récemment en France contre des dirigeants français, notamment un ancien président et un ancien Premier ministre et leur condamnation sont les preuves que la justice française gagne en crédibilité, car elle place la justice et la loi au-dessus de tout.

Le crime de torture est un crime international qui est imprescriptible et non couvert par une immunité. A ce titre, en vertu de sa compétence universelle, la justice française avait dans un passé récent poursuivi et arrêté en France une autorité étrangère couverte par une immunité diplomatique. L’ancien Président du Soudan avait lui aussi fait l’objet de mandat d’arrêt international décerné par la CPI, le Président du Kenya à lui aussi avait répondu à une convocation de la CPI alors qu’il bénéficiait de l’immunité rattachée à ses fonctions.

Tout récemment, un chef d’État d’un pays à du démissionner pour se constituer prisonnier dans le cadre d’une procédure ouverte par la CPI pour crimes contre l’humanité.

Masiwa – L’autre mis en cause est un militaire de nationalité française ?

Saïd Larifou – Les deux plaintes visent nommément et personnellement un ancien militaire français, un officier de l’armée comorienne, franco-comorien. La justice française est compétente pour juger des faits commis a l’étranger par des Français, de même qu’elle est compétente pour examiner des faits commis par des Français à l’étranger contre des étrangers.

Je n’ai aucun doute sur le succès de ces procédures engagées contre l’assassinat de Major Hakim, son enlèvement et sa torture et celle dont est victime Sefouddine Chadhouli.

Masiwa – D’une manière générale, quelle appréciation faites-vous sur la question des Droits de l’Homme aux Comores ?

Saïd Larifou – Le processus d’implanter un État de droit y compris les Droits de l’homme est un long dans une société où les victimes se croisent à l’occasion des événements sociaux

Ce qui est complexe dans le cas des Comores est l’absence de réactions et d’initiatives appropriées pour faire faire face aux évolutions sociales et culturelles.

Depuis le retour au pouvoir du colonel Azali Assoumani, notre pays a régressé dans le domaine des Droits de l’Homme. Pas plus tard que le mois de mars dernier, il y a eu 4 communications pour dénoncer les graves atteintes aux Droits de l’Homme et aux obligations internationales des Comores, notamment la torture, les arrestations et emprisonnements abusifs et l’impunité des crimes les plus graves et les crimes contre l’humanité imputables à Azali Assoumani, chef suprême de l’armée comorienne.

Masiwa – Vous étiez au début du régime Azali un soutien de poids, vous avez même été l’un des principaux organisateurs des Assises qui ont amené la situation de dictature actuelle. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à vous en éloigner ?

Saïd Larifou – Je n’ai jamais été un soutien d’Azali Assoumani, mais plutôt un soutien et grand défenseur des Assises nationales pour un dialogue national. Bien avant le retour de ce dernier au pouvoir, j’ai sillonné l’archipel pour appeler les Comoriens à se retrouver dans le cadre d’un dialogue national.

Mon engagement, mon ambition était de contribuer à la fondation d’un État nouveau. Pour moi, c’était un engagement total en esprit et en acte, un combat militant à visage découvert avec le cœur et l’amour pour notre pays.

Les assises étaient, me semble-t-il, une des réponses appropriée et responsable pour répondre à la crise démocratique et à un déficit d’ambition et de vision pour le futur des Comores.

Hélas, Azali Assoumani a détourné les Assises pour assouvir ses ambitions personnelles au détriment du futur des Comores.

Je le dis calmement, l’attitude irresponsable du colonel Azali est criminelle en ce sens qu’il compromet sérieusement l’avenir des générations futures. Les Assises n’ont pas contribué à la dictature.

Masiwa – Vous êtes également le représentant du CNT en France, pourquoi les organisations de la diaspora qui s’opposent si fortement depuis deux ans à la politique d’Azali n’arrivent pas à se structurer en un puissant mouvement ?

Saïd Larifou – Un malaise et un déficit de confiance pèsent beaucoup sur les difficultés rencontrées par les organisations politiques et de la société civile issue de la diaspora pour mener ensemble des actions contre le régime du colonel Azali Assoumani.

Avec le temps, la convergence et l’unité de lutte entre toutes les forces vives des Comores contre le régime du colonel Azali Assoumani est le souhait de tous et de toutes nos organisations c’est une nécessité absolue. Il y a une prise de conscience partagée pour revoir nos stratégies. Assurément, cette unité se fera, car la prise de conscience est réelle et chaque organisation mesure l’ampleur de la tâche et de sa mission.

Masiwa – Quel bilan faites-vous du quinquennat d’Azali Assoumani ?

Saïd Larifou – Le bilan du colonel Azali Assoumani est catastrophique. Il a fait reculer notre pays dans tous les domaines. Il a anéanti notre héritage culturel, social et religieux. Il a tout détruit et n’a pas réussi à définir une vision de ce que seraient les Comores de demain. Il n’a pas réussi à doter notre pays des bases et des instruments appropriés nous permettant de relever les défis écologiques, économiques et culturels. Notre jeunesse est le grand oublié du quinquennat du colonel Azali Assoumani.

La corruption, les détournements des deniers publics, l’enrichissement personnel, l’arbitraire, l’absence de justice, les arrestations et une centaine d’emprisonnements arbitraires, ainsi que les 30 assassinats politiques restés impunis sont des faits précis et objectivement établis qui ont marqué le mandat du colonel Azali Assoumani.

 

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