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SABIKIA. En prison pour avoir voulu manifester

La présidente du mouvement Wadzadze Wairoumbi Sabikia AHMED est placée en mandat dépôt depuis le 11 janvier 2021. Elle est accusée de « complot contre l’autorité de l’État, manœuvres de nature à compromettre la sécurité publique, manifestation non autorisée et complicité ». Elle est incarcérée jusqu’à lors à la tristement célèbre prison de Moroni, prison sans toilettes et sans hygiène.

 Cette mère de famille n’est pas à sa première arrestation. Elle a été arrêtée le 30 novembre 2019 et a écopé de 6 mois avec sursis parce qu’elle manifestait pacifiquement à la place de l’Indépendance. Pourquoi les autorités font tout pour la maintenir en prison ? Natidja HAMIDOU

Fonctionnaire d’État, Sabikia AHMED enseigne la SVT depuis plusieurs années aux Comores, notamment à Ngazidja, au lycée de Moroni. Titulaire d’une maîtrise de biologie, cette mère de famille est originaire d’Ouzioini dans la région de Mbadjini, au sud de la Grande-Comores. Âgée d’une quarantaine d’années, Sabikia habitait à Moroni, la capitale, où est scolarisée sa fille, une adolescente de quinze ans, ainsi que ses neveux qui sont sous sa responsabilité.

Un destin qui bascule

Hélas, le destin de cette femme a basculé au cauchemar depuis le mois de novembre 2019, lorsque cette femme en compagnie d’autres militantes a osé manifester pacifiquement à la place de l’Indépendance.

Depuis 2018 et la volonté du chef de l’État Azali Assoumani de modifier la constitution et prolonger son mandat, les arrestations abusives à l’encontre de ceux et celles qui contestent le pouvoir en place se multiplient. Une situation qui n’a pas laissé indifférentes certaines femmes, dont Sabikia Ahmed.

Elle fonde avec d’autres femmes le mouvement Wadzadze Wairoumbi, afin de dénoncer les arrestations abusives et politiques, ainsi que la cherté de la vie. Les revendications ne manquent pas ces temps-ci. Le mouvement se démarque le 30 novembre 2019 par une manifestation pacifique qui a eu lieu à la place de l’Indépendance. Des femmes, de toutes les catégories sociales et de toutes les tranches d’âges y étaient présentes ce jour-là. La manifestation est violemment réprimée. Des femmes sont arrêtées par les forces de l’ordre. Elles sont jugées. Sabikia Ahmed a donc écopée de six mois avec sursis comme les autres manifestantes.

Une mutation injustifiée et hors-norme

Comme si cette peine judiciaire ne suffisait pas, Sabikia Ahmed est sanctionnée par son employeur, le ministère de l’Éducation nationale. En tant qu’enseignante, elle subit une mutation d’office. Elle se voit affectée, sans motif précis ni justifié au lycée de Foumbouni, au sud de Ngazidja. Était-ce une manière de montrer à la militante qu’elle était sous la ligne de mire ? Ou une façon de décourager son militantisme en l’éloignant géographiquement de la capitale ? Malgré cela, Sabikia Ahmed a continué son combat de militante. Elle représentait le mouvement dans les villages et continuait la sensibilisation pour un « État de droit ».

Une vie de famille terrorisée

Les tentatives de manifestations pacifiques du 7 janvier 2021, qui a eu lieu au marché de Volo-Volo (Moroni) ainsi qu’à l’aéroport de Hahaya vient chambouler la vie de famille de Sabikia. Suite à cet événement, une camarade du mouvement Wadzadze Wairoumbi a été arrêtée. Sabikia Ahmed est encore en liberté. Mais, les forces de l’ordre ont débarqué au domicile de la militante à Moroni. Les téléphones des enfants ainsi qu’un ordinateur sont saisis. Sa maison d’Ouzioini, a été également perquisitionnée. Le lycée de Foumbouni où elle enseigne depuis novembre 2020 est fouillé par la gendarmerie.

L’époux de Sabikia est arrêté le 9 janvier, alors qu’il n’avait pas manifesté. C’est la technique des forces de l’ordre et de la Justice, si une personne recherchée n’est pas présente à la maison, on prend des membres de la famille pour obliger celle-ci à se rendre.

Épouse dévouée et militante déterminée, sans avoir reçu de convocation, la mère de famille s’est présentée elle-même à la gendarmerie afin que son mari ne soit pas emprisonné injustement. Et il est libéré aussitôt.

Placement en mandat dépôt depuis 1 mois et 11 jours

 Le 11 janvier 2021, le juge d’instruction a donc ordonné que la militante soit placée en mandat dépôt. Elle est accusée de « complot contre l’autorité de l’État, manœuvres de nature à compromettre la sécurité publique, manifestation non autorisée et complicité », comme beaucoup d’autres depuis 2018. L’opinion s’interroge et se demande si les charges qui pèsent contre cette enseignante sont légales. À se demander si des preuves concrètes ont été trouvées afin qu’elle soit inculpée de la sorte. Le droit de manifester est-il devenu un délit ?

Comme toutes les arrestations abusives et politiques du régime Azali, son incarcération à la maison d’arrêt de Moroni a suscité de vives réactions des internautes, de son mouvement, mais aussi d’autres mouvements tels que Ufahari Wa Komori. Une élue française d’origine comorienne Marie Simati a même lancé une pétition pour dénoncer l’emprisonnement injuste de cette mère de famille.

Le silence de la présidente de la Commission des droits de l’homme aux Comores sur la détention de Sabikia Ahmed est plus que surprenant. Cette présidente n’est autre que Sittou-Raghadat Mohamed, une militante des droits civils qui a longtemps lutté pour les droits de la femme et de l’égalité des chances. Le sort de Sabikia sera le même que celui de gouverneur Salami, de l’ancien président Sambi, du militant Saleh Assoumani et d’autres qui sont en prison depuis des années ou des mois sans espoir d’être jugés un jour ?

Un comité de soutien pour Sabikia s’est constitué en France pour faire connaître son sort.

 

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