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Patrimoine culturel immatériel, Les instruments oubliés des Comores

Le 7 mai 2021, sortait le nouvel album produit par Ian Brennan, We Are an Island, but We’re Not Alone avec les artistes comoriens Soubi et Mwenye Mmadi. Un album qui selon le blog « Panafrican music » nous fait entrer dans la culture de l’archipel des Comores. Il est vrai que cet album nous permet de redécouvrir des sons qui sont devenus exceptionnels, ceux du dzendze et du gabusi. Des instruments de musiques qui sont en voie de disparition, car les personnes qui détiennent le secret de leur fabrication sont de plus en plus rares. Par Nawal Msaïdié

Le dzendze, le gabusi, le ndzumari… sont des instruments de musique ancestraux. Ce sont des instruments communs aux pays du canal du Mozambique.

Le dzendze et dzendze ya shitsuva

Il existe deux types de dzendze : le dzende et le dzendze ya shitsuva. Le site internet Le cap 976 les décrit ainsi. Le dzendze « est une cithare en forme de boîte qui porte des cordes sur ses deux faces principales.

Les cordes sont en métal, fil de fer ou câble de frein détressé. C’est le même instrument, en plus petit, que le marovany de Madagascar.” Les maîtres de cet instrument, ceux qui en détiennent les secrets de fabrication, ne seraient plus que deux sur tout l’archipel des Comores : le mohelien Soubi et le mahorais Colo Assani. Il est pratiqué par des artistes avertis comme Mwenye Madi, Soubi, Boina Riziki, Eliasse Ben Joma.

“Le dzendze ya shitsuva, instrument de prédilection de l’artiste Diho, et dont la fabrication a été innovée ces dernières années. C’est une cithare sur bâton équipée d’un résonateur en calebasse. Shitsuva veut dire « calebasse ».,”

Le gabusi

“Le gabusi est d’origine yéménite (qanbus). On le retrouve sous des formes et des noms divers à travers tout l’Océan Indien, le long des routes maritimes parcourues par les commerçants arabes, tout au long de la côte swahilie, à Madagascar et jusqu’en Indonésie et en Malaisie. C’est un luth monoxyle, c’est-à-dire que le manche et la caisse sont taillés dans une même pièce de bois. Le manche, comme la caisse, est creux. Il est recouvert d’une planchette de bois, tandis que sur le dessus de la caisse est tendue une peau de chèvre qui sert de table d’harmonie. Cette peau est percée d’un ou de plusieurs trous de résonance. Les cordes sont en nylon (fil à pêche). Le nombre des cordes est variable, de trois cordes simples à quatre cordes doubles pour certains instruments orientaux.” On retrouve le son du gabusi dans les morceaux interprétés par le slameur Ahamada Sims ou la chanteuse Nawal.

Le ndzumari

Le ndzumari est un instrument qui a aujourd’hui disparu dans notre archipel. Peut-être qu’on peut en trouver un ou deux cachés dans des maisons, mais officiellement plus personne n’en fabrique. C’était un héritage des personnes venant de Zanzibar. C’est une sorte de flûte ou de cornemuse qui animait le shigoma. La perte de la facture de cet instrument est la preuve que les savoir-faire de nos artisans peuvent disparaitre.

En se rendant sur l’archipel des Comores, Ian Brennan était justement à la recherche de ce son spécial que faisait résonner le ndzumari. Il a, heureusement, été charmé par le talent de Mwenye Mmadi et Soubi qui lui ont fait découvrir ou redécouvrir la mélodie véhiculée par le dzendze.

Les artistes comoriens ont apporté des touches modernes sur ces instruments, mais quid des instruments d’origine ? quid de la valorisation de ce patrimoine culturel immatériel qui tend à se perdre ?

Le patrimoine culturel immatériel

L’UNESCO a mis en place des moyens afin que les États puissent protéger leurs traditions, artisanats et savoir-faire. Malheureusement tout comme le patrimoine bâti, les politiques mises en place aux Comores sont encore très en retard quant à la protection de ce type de patrimoine. Bénéficier de l’expertise et de l’appui financier d’organismes Internationaux permettrait de valoriser la culture des Comores par ses instruments, par sa musique et donnerait une nouvelle dynamique à l’industrie musicale de notre archipel.

La Phonothèque historique de l’océan Indien (PHOI) est “un projet culturel porté par le pôle régional des musiques actuelles (PRMA) de La Réunion. Elle est montée dans le cadre des fonds européens et a pour objectif de valoriser le patrimoine musical de l’Ocean Indien.

Sept structures, une par île partenaire, collaborent à ce projet : le CRAAM à Madagascar, le CNDRS aux Comores, les Archives départementales à Mayotte, la commission des arts et de la culture à Rodrigues, le Conservatoire national de musique François Mitterrand à Maurice, le DCMA à Zanzibar et le département de la culture aux Seychelles.

Le site, www.phoi.io, sera accessible à partir du 21 juin 2021. ”

Le fait que les Comores soient intégrées à ce genre de projet peut être un signe de la volonté de valorisation et de protection de notre patrimoine culturel immatériel. Affaire à suivre.

Nous remercions Oluren Fekre pour son aide lors de nos investigations.

 

 

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