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Mosquée chiite fermée, les avis divergent

Mesures d’apaisement promises, affermissement de l’autorité de l’État annoncé, État de droit clamé par le chef de l’État. Or certains actes de l’exécutif incitent à plus de circonspection. A peine la polémique sur le nombre de rakaat pour le taraweh et le sport de nuit retombée, une autre divise l’opinion, même celle des juristes. Elle concerne la fermeture d’une mosquée chiite à Moroni. Autre sujet examiné par les juristes, la légalité de l’arrestation d’un couple pour fornication. Autoritarisme, ordre public et liberté ne semblent pas faire bon ménage. 

Abdoulbastoi Moudjahidi, avocat à la cour : «Fermer un lieu de culte, sans décision de justice, relève de l’arbitraire » 
« Fermer un lieu de culte, chiite ou autre, sans décision de justice, relève de l’arbitraire. La liberté de culte est inscrite dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, pourtant reconnue comme un texte rattaché à la Constitution comorienne. Et celle liberté de culte implique, selon l’article 18 de ladite déclaration, la liberté de manifester sa conviction, seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. Même en instituant une religion d’État, la nouvelle constitution n’a aucunement interdit la pratique d’autres cultes. Et la Loi N°08-11 du 24 juin 2008 ne peut être invoquée ici, pour la simple bonne raison qu’elle a été jugée conforme à la Constitution sous réserve de certaines modifications à apporter. Or, ces modifications n’ont jamais été faites. Donc, le texte telle qu’elle est aujourd’hui ne peut pas être appliquée. Et même si, elle devait s’appliquer, elle ne permet pas au Ministre de l’intérieur de procéder à la fermeture d’un lieu de culte, sans décision de justice ».

Msa Bacar Abdou El Wahab : Avocat au barreau de Moroni. «  Un dilemme qui résulte des contradictions entre les dispositions de la constitution »
« Pour la fermeture de la mosquée, on est dans un dilemme qui résulte des contradictions entre les dispositions de la constitution. D’une part la constitution, dans son préambule et dans son article 97; proclame que l’islam comorien est un islam d’obédience sunnite et de rite chafiite. De l’autre l’article 2 de la constitution garantit l’égalité de tous les comoriens devant la loi sans distinction de religion. Ce qui sous entend la liberté religieuse.
On peut donc retenir essentiellement que la liberté religieuse est reconnue par notre constitution, mais pour une raison identitaire et par ricochet d’unité, il est défendu de pratiquer un islam d’autre que celui d’obédience sunnite ».

Pour ce qui est du couple arrêté, ceux-ci peuvent être inculpés sur la base de deux dispositions du code pénal. D’abord l’article 331 qui condamne d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an et d’une amende de 20.000FC à 25. 000fc tout acte de fornication. Mais, pour l’incriminer, il faut quatre témoins mâles, saints d’esprit et dignes de confiance pour attester avoir vu l’accomplissement de l’acte, une chose pratiquement impossible dans la pratique.

Mais l’article 22961 est plus claire, puisqu’il réprime l’acte de nature à troubler l’ordre public et les bonnes mœurs relatifs à la pratique de ramadan et punit l’auteur d’un emprisonnement d’un à six mois et d’une amende de 15 000 à 25 000fc ».

KAISSI ABDALLAH (alias Soilihi Kays). Historien : « cliver le peuple comorien »

«L’acharnement contre la minorité chiite, l’interdiction du traditionnel sport de nuit en ce mois de ramadan, les violations de la vie privée des gens dans leur domicile au nom d’un puritanisme morbide et nauséabond clamé par des gens dont la moralité laisse à désirer, sont tout sauf un hasard. Au contraire, ce choix hypocrite d’investir le champ religieux pendant ce mois de ferveur religieuse intense est savamment calculé. Le but est clairement de cliver le peuple comorien dont la majorité se revendique sunnite contre la minorité chiite.
Rappelons juste que tout ce qui est religieux est inflammable, et tout ce qui est inflammable est explosif… On constate, à regret, que notre pays connu pour sa tolérance légendaire est en train de s’enfoncer éperdument dans le sable mouvant de l’intégrisme religieux et le non le respect du droit à la différence par pur calcul politique. Et aussi par l’attrait des pétrodollars d’un royaume saoudien qui affiche de plus en plus son obscurantisme.
Nous ne cesserons de le rappeler, notre peuple n’attend certainement pas de ses autorités qu’ils le guide vers le paradis céleste. Les attentes légitimes du peuple comorien sont identiques à celles des autres peuples du monde, à savoir un État de droit qui respecte sa Constitution. Un texte fondamental qui garantie dans son préambule la liberté de conscience. Un droit exprimé également à travers les multiples conventions internationales dont notre pays est signataire. Le peuple comorien aspire également au droit à une vie privée, au droit à croire ou à ne pas croire et surtout, il revendique des meilleures conditions de vie dignes de notre siècle».

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