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Moroni, l’effet covid-19 s’abat sur les revendeurs à la sauvette

Ils sont passés à côté de toutes les résolutions prises par les autorités comoriennes pour prévenir la propagation de la pandémie et protéger l’activité économique. Le gouvernement d’Azali Assoumani leur a imposé des conditions strictes, en limitant leur temps de travail et parfois même en leur interdisant d’approcher les alentours et l’espace intérieur des marchés de Moroni. Les vendeurs ambulants, ceux qu’on appelle les « towerenge » survivent en attendant la fin de la crise sanitaire. Par Salec Halidi Abderemane

« Hier matin des gendarmes arborant un gilet sur lequel était inscrit « Brigade de lutte contre le Covid-19 » se sont postés au marché de Moroni pour faire respecter l’interdiction de vendre autre chose que des produits alimentaires », précisait Bruno Minas, le 27 avril 2020, sur la page Facebook de Mayotte la 1re. Un premier coup dur pour les revendeurs à la sauvette de Moroni dont la spécialité est la revente de produits manufacturés. Il s’agit de l’unique opportunité qu’on leur laisse. Elle contribue à l’attractivité économique de la ville, dispose de ses lieux stratégiques autour des marchés et d’une clientèle régulière durant toute une année. Cette revente à la sauvette a également deux grandes foires annuelles lors des rentrées de vacances de la diaspora qui possède un pouvoir d’achat important.

Aucun décret présidentiel n’était à leur chevet

Face à la crise sanitaire, les marchands qui ont pignon sur rue ont bénéficié d’un report d’échéances sans frais ni pénalités de retard, auprès des institutions bancaires lors d’un premier décret du président Azali Assoumani en date du 25 avril. Les revendeurs à la sauvette sont les plus grands oubliés. Le gouvernement a ainsi fait une tentative de sauvetage économique au bénéfice des classes moyenne et privilégiée, et les couches les plus pauvres parmi les commerçants de la capitale ont été abandonnées. Les vendeurs informels ne seraient pas utiles pour le gouvernement, pourtant ils représentent une certaine attractivité commerciale.

C’était une question de survie

Ce groupe de marchands informels est parfaitement conscient des risques et des enjeux à ne pas vouloir respecter les heures de fermeture des marchés. Ils ne regrettent rien, pire, ils font un réquisitoire contre le gouvernement Azali. Il leur semblait que toutes les dispositions étaient mises en place pour rétablir une riposte non pas contre la covid 19, mais contre leurs activités jugées illégales.

Jusqu’à présent, ils n’ont reçu aucun soutien non plus de la part d’une institution internationale. Malgré l’allégement des mesures de prévention de l’épidémie, ils peinent à recouvrir leurs activités de survie. Le chômage et la diaspora qui ne rentre plus au pays depuis un bon moment ont eu raison de leur sort.

Une revente à la sauvette est leur seule opportunité dans la capitale

Dans une capitale dont les opportunités se font rares et dont les services publics sont saturés et dominés par le népotisme et le clientélisme, la revente à la sauvette reste le seul recours pour la jeunesse de la classe populaire, souvent issue du monde rural comorien. Depuis la crise sanitaire et l’interdiction des activités traditionnelles des mariages, l’activité commerciale devient limitée d’autant que l’absence de la diaspora a réduit fortement la circulation de la monnaie. Plus que jamais, le rôle de la diaspora dans l’économie nationale apparait comme primordial. Ils ont le pouvoir d’achat pour acheter les produits nécessaires notamment dans les préparatifs des mariages.

La paralysie des activités commerciales dans la capitale et insécurité

La diminution de la circulation monétaire entraine une pression inflationniste qui est devenue anxiogène depuis plusieurs mois. Le pouvoir d’achat du Comorien a été limité. C’est ainsi que les revendeurs à la sauvette se trouvent dans une situation d’extrême pauvreté. Et dans la périphérie où ils logent, la situation est désastreuse. La crise économique provoquée par l’ingérence du gouvernement comorien les enferme dans la misère.

Les conséquences sont entre autres les expulsions pour loyers impayés, destruction de ménages due à la pauvreté, etc. Ceux qui tirent leur épingle du jeu sont les entrepreneurs légaux et illégaux qui ont investi dans les bars et tabacs. Ces derniers envahissent tous les quartiers périphériques de Moroni. Cette situation inquiétante provoque une forte insécurité dans la capitale. La délinquance et l’insalubrité prolifèrent.

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