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Manifestation interdite dans la capitale pour les Mabedja

L’association Mabedja avait prévu une grande manifestation le vendredi 3 septembre à la place de l’indépendance. Mais, la place a été quadrillée tôt dans la matinée par l’armée qui a repoussé les manifestants loin de la place. Par Hachim Mohamed

Pendant cette folle journée, il était impossible pour les voitures et les personnes de circuler dans la ville sans rencontrer ces véhicules de police et cordon de forces anti-rassemblement

Aux abords du stade d’Ajao

Joint au téléphone, Mohamed qui tient une boutique de vêtements et chaussures en face d’Ajao, raconte : « Quand je suis arrivé à 10 heures, j’ai vu que les rues étaient sillonnées en permanence par la police en pickup, omniprésente. Des brigades anti-rassemblement encerclaient le terrain d’Ajao, filtrant les allées et venues. Les taxis et les gens vaquaient à leurs occupations ».

Après la prière de vendredi, les badauds habillés de leurs boubous éclatants sortaient des mosquées. Mais, les hommes en treillis veillaient sur les moindres déplacements. Quelques rares journalistes filmaient avec leurs téléphones portables. Un attroupement d’hommes de tous âges se forma autour du bâtiment qui était « ancien Trésor » de Ngazidja.

Entravés par un quadrillage serré de militaires présents aux abords du stade Ajao, à proximité de la place de l’indépendance, les sympathisants des Mabeda n’étaient nullement intimidés par la présence des militaires qui s’agitaient, cherchaient et fouillaient du regard, sans doute pour chercher les meneurs.

« Nous sommes prêts à exercer nos droits civiques. Nous allons dire ce qui nous fait mal dans ce pays. Vous pouvez nous faire tout ce que vous voulez, mais nous tenons à ce grand rassemblement », a lancé un homme d’environ quarante ans, en colère.

Vers 13 heures, les différents éléments de l’armée qui occupaient les lieux névralgiques de la capitale ont commencé à tirer des gaz lacrymogène à plusieurs reprises pour disperser les premiers regroupements.

Traitements indignes, humiliants, dégradants et barbares.

Les manifestants étaient poursuivis dans les rues et ruelles de Moroni jusque devant les entrées closes des maisons. Les soldats constituaient un véritable rouleau compresseur et certains se sont retrouvés piégés.

Dans les course-poursuites, les militaires se livraient à une véritable campagne de terreur en gazant ceux qui essayaient d’atteindre la place de l’indépendance. Nous avons même pu voir des hommes en tenues lancer des pierres sur les civils. Après avoir été molestés, les manifestants et même les badauds ont été embarqués de force dans les pickups de la gendarmerie. Une dame d’une quarantaine d’année et un homme un peu moins jeune ont été saisis par la taille et soulevés de terre pour les jeter dans le pickup comme on transborde des sacs de riz d’un conteneur à un camion.

Une fois dans les pick-up, tous les coups étaient permis, notamment les coups de poing ou de pied les plus violents sur n’importe quelle partie du corps. Ensuite, les gens ont été « déversés » dans les cellules collectives de la gendarmerie où ils ont été laissés jusqu’au matin, sans intervention d’un juge.

Certains ont été libéré le lendemain, après 24 heures de détention, sans avoir été entendus par un officier de police judiciaire ou par le juge. Et d’autres ont dû attendre jusqu’à lundi pour être transférés au Palais de Justice et être entendus. Soit près de 78 heures après leur arrestation. En attendant, les juges qui ne travaillent pas le week-end, la plupart d’entre eux ont dû vivre le calvaire des cellules collectives sans autres moyens de faire ses besoins que la bouteille plastique devant les autres prisonniers.

Il ne doit plus y avoir d’excuse pour l’utilisation de la force au mépris de la loi.

Ces arrestations pour une tentative de manifestation pacifique montrent encore une fois la nature du régime en place à Moroni : le gouvernement agit sans tenir compte des principes énoncés dans la Constitution et en déployant une violence inouïe.

La fuite en avant en exhibant la répression comme unique solution aux problèmes du pays est aussi un aveu de l’impuissance du gouvernement à mettre fin aux nombreuses pénuries, à la hausse du chômage, à la dérive de l’éducation… Jusqu’à quand ?

 

Je couvrais la manifestation du 3 septembre 2021 pour Masiwa.

J’ai été arrêté, molesté, jeté en cellule de garde-à-vue pendant 24 heures à la gendarmerie nationale et libéré sans avoir été auditionné par un juge.

Lorsque je suis arrivé à la place de l’indépendance, je me suis rendu compte qu’il régnait une atmosphère électrique, une certaine confusion, je me suis retiré de la zone pour me placer devant une maison du quartier Djumwamdji pour écrire avec mon téléphone.

Les gendarmes me sont tombés dessus comme un essaim d’abeilles. « Avance ! » a lancé l’un d’eux. J’ai été immédiatement empoigné par le col par une main robuste qui me dirigea vers le pickup.

« À la Derrick Chauvin »

« Je suis journaliste. Qu-est-ce j’ai fait de mal ? Pourquoi cette violence ? », disais-je en me débattant. Sur la route qui va jusqu’au CNDRS d’autres personnes subissaient la même chose que moi.

« C’est vous justement qu’on cherche pour vos publications dans les réseau sociaux », m’a « recadré » un militaire. Je suppose qu’il parlait des journalistes en général, vu que j’écris très peu dans les réseaux.

Je fus allongé dans le pick-up. Par moment, j’ai essayé de me redresser mais on m’a plaqué au plancher et un des gendarmes a posé son genou sur mon coup à la « Derrick Chauvin », j’étouffais, mais il restait inflexible. L’autre homme transporté dans le même pick-up avait tenté de résister à bord de pickup mais il a reçu un très violent coup au visage, sans doute asséné avec le poing.

Longues 24 heures de garde à vue

Arrivé à la gendarmerie nationale, on nous fit descendre des pick-up. « Mettez-vous contre le mur et posez sur le plancher tout ce que vous avez sur vous : téléphone portable, argent, etc. », a ordonné un gendarme sur un ton agressif.

On me fit entrer dans une cellule où il y avait 28 personnes. Pas d’ampoule électrique. La seule source de lumière étaient deux longues lucarnes en haut du mur à droite et à gauche.

 Après une heure de garde-à-vue, quelques compagnons de cellule ont tambouriné la porte et réclamé de pouvoir faire leurs besoins, personne n’est venu.

« Je veux aller aux toilettes », a demandé l’un d’eux.

– Débrouillez-vous les Mabedja. Vous voulez foutre la merde dans notre pays », a répliqué un militaire.

Finalement c’est une femme gendarme qui a eu pitié de nous. Du haut de la lucarne, d’où elle nous regardait, elle a lancé une bouteille en plastique vide.

Quand la nuit tomba, on a eu droit à une dizaine de bouteilles en plus de celles qui avaient été envoyées remplies d’eau avec les repas par les parents de détenus.

 

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