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MABEDJA : feu de paille ou nouvel élan patriotique !

Vendredi 3 septembre 2021 : Moroni en état de siège. La place de l’indépendance quadrillée. Les ronds-points sous contrôle. L’armée, surtout des jeunes recrues, en ordre de bataille. Tout ce branle-bas de combat, pourquoi ? Un simple appel à une marche pacifique des Mabedja pour la défense des droits sociaux et des libertés fondamentales.

Interdite et sous la menace de ce déploiement armé, la marche s’est transformée en de multiples manifestations dans les rues de Moroni. Un jeu de cache-cache entre des groupes de jeunes déterminés à en découdre et les détachements de l’AND et du PIGN. Des nombreuses arrestations, au moins 38 personnes croupissent depuis vendredi à la gendarmerie.

5 jeunes de la diaspora comorienne en France du mouvement Mabedja ont réveillé le pays. Une explosion de colère d’une population poussée à bout par la terreur, par l’absence de perspective autre que de se jeter à la mer quitte à en mourir, par la faim produite par les pénuries qui frappent durement les « en-bas-de-en-bas ». Les jeunes Mabedja ouvrent courageusement une brèche dans le dispositif répressif du régime Azali, une bouffée d’oxygène qui nourrit l’optimisme du cœur dans un contexte pessimiste.

Cinq jeunes de la diaspora qui sèment la panique au sommet de l’État Azali. Le pouvoir semble déboussolé. La détermination de la jeunesse effraie un régime qui ne compte que sur la force pour régner et durer. Il perd pied et frappe à tort et à travers. Il arrête à tour de bras qui est suspecté de sympathie envers les Mabedja.

Un pouvoir qui se ridiculise avec des chefs d’inculpation inqualifiables : « complicité d’attroupement, trouble à l’ordre public, participation à un groupe criminel en vue de commettre des attentats » ! Pas moins, les MABEDJA traités de terroristes !? Le parquet semble être tombé bien bas.

Un pouvoir qui se ridiculise en expulsant de simples reporters sous de fallacieux prétextes. Comment obtenir une accréditation du CNPA à partir de la France ? D’autant plus que le visa est délivré sur place !

En tout cas, un fait majeur fera date : les Mabedja ont montré la voie. La peur ne joue plus comme avant. On peut protester hors des sentiers battus des conférences de presse rituelles. On peut mener des combats en dehors des présidentielles. Les jeunes savent qu’ils peuvent revendiquer leurs droits à une vie décente et au respect de leurs droits légitimes. Cela faisait si longtemps que l’on n’a pas assisté à des protestations de cette envergure ! Une force sociale qui arpente l’île de Ngazidja pour populariser ses points de vue, qui parvient à organiser au vu et au su du pouvoir des rassemblements préparant une action d’envergure. Une force sociale dont la pratique trouve un écho retentissant sur tout le pays.

Quelle suite à cette action vivifiante des Mabedja ? Un courant d’air frais qui est passé ou l’inauguration d’une renaissance, d’une nouvelle perspective pour le peuple ?

Car depuis la décrépitude du Front démocratique, consommé à la fin du XX° siècle, le pays ne dispose plus de repères. Le combat pour abattre le système actuel, un système architecturé autour de l’impérialisme français et ses suppôts locaux connaît un reflux incontestable.

C’est que sans organisations conséquentes, le peuple ne peut peser sur son destin. Et nous le vivons cruellement. Plus de parti menant un travail de conscientisation, d’éducation. Les conditions de vie des citoyens semblent loin de leurs préoccupations. Même les pénuries à grande échelle qui affament les miséreux n’ont pas ému les innombrables partis qui encombrent la scène politique nationale. Plus de syndicat de lutte. Même la Confédération des Travailleurs comoriens a abandonné le terrain syndical. Alors que les conditions de vie se détériorent, l’on n’assiste plus à des mouvements revendicatifs. Les grèves syndicales sont devenues une denrée rarissime !

On ne peut donc que saluer et appeler à soutenir des initiatives comme celle de Ukombozi, un groupe en cours de constitution et dont le credo est d’appeler à construire patiemment une alternative solide aux pouvoirs néocoloniaux. Sa thèse principale : élaborer collectivement un vrai programme politique qui loin des promesses mirifiques, cristallisera une analyse profonde de la situation du pays pour dessiner des orientations fécondes. Voir à ce propos leur plateforme ukombozi.net.

L’éveil pointe son nez, aux forces comoriennes de progrès de développer le processus de lutte active initiée par les Mabedja

Idriss (04/09/2021)

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