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Lettre à un ami « élu »

Cher ami,

Il est d’usage de présenter des félicitations à celles et à ceux qui ont la chance d’être élus représentants de la nation. J’ai vu sur le dazibao de la CENI que tu es parmi ceux à qui elle a accordé la mission du dictateur. Par respect à mes convictions, je ne peux pas te féliciter au risque de me moquer de toi, ce qui est loin de ma considération pour ce que tu voudrais devenir, un digne serviteur de la république.

Ne me dis pas, cher ami, que tu ignorais ce que l’on allait faire de toi. Tu te disais, peut-être, que chaque homme ou chaque femme a, en lui, le sens du discernement, la capacité d’autonomie de pensée et d’action et que tu n’as pas besoin que l’on t’apprenne à te mettre au service de ton pays. Tu as parfaitement raison.

Mais, permets-moi de te dire quelques contritions. Ceux qui t’ont fait croire que c’est ton heure de gloire sont ceux-là mêmes qui ont cessé de croire à la gloire du peuple. Ceux-là mêmes qui ont renoncé à la dignité démocratique et se sont mis à ras le pays pour un usurpateur d’identité républicaine et c’est pour quatre sous.

Mon cher ami

Quand on est venu te solliciter pour te présenter aux législatives 2020, connaissant l’adresse des marchands de conscience qui ont frappé à ta porte, je sais que tu as hésité parce que tu savais qu’on allait se servir de toi.

Tu savais que tu allais te faire baigner dans l’allégresse pendant quelques jours pour finir de te noyer dans l’allégeance pour toujours.

Tu savais que tu allais porter sur toi le poids d’une boulimie de pouvoir. Le pouvoir d’un homme aveuglé par la puissance d’être ou de paraître dans la légende. La légende de ceux qui n’ont rien fait pour montrer qu’ils avaient le pouvoir de ne pas vouloir faire quelque chose.  Et s’il leur arrive de pouvoir le faire, c’est pour montrer qu’ils peuvent sévir.

Ce que tu ne savais pas, c’est ce que tu vas devenir, un exécuteur de commandement pour donner quitus à une œuvre de recul de temps vers les périodes les plus sombres de notre histoire.

Cette période honteuse où l’Assemblée nationale était un guichet de faisanderie.

Cette triste période où les députés étaient considérés comme des enfants et appelés ainsi au service d’un seul homme. Un seul homme qui leur avait même enlevé la fibre de leur dignité se faisant passer pour leur père et pire, le père de la nation.

Ce que tu ne savais pas, c’est que l’histoire n’oublie jamais ceux qui ont trempé dans l’encre de son écriture.

Mon cher ami,

En agréant endosser la robe de la risée publique, porter la bague de la passivité corrosive et le glaive du despote, tu consens, ainsi,  à renoncer à ta mise à disposition de la République. La tentation a eu raison sur ta conscience. Tu as préféré la complicité avec l’oppresseur à la fidélité à ton peuple.

Ce que tu dois savoir, maintenant que tu t’estimes mis en service commandé, c’est que tu vas avoir le bon dos.

Ma foi, moi qui ai choisi la longue marche, au travers du grand jardin de la fierté profonde de mon pays, je ne pourrai jamais t’appeler monsieur le député. Je réserve cette haute élégance républicaine, cette belle élévation citoyenne à ceux qui seront élus par le peuple, suite à une élection démocratique à dynamique inclusive et compétitive, dans un État de droit.

À bon entendeur monsieur le désigné et coupable sois tu.

Ton ami.

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