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Le Lycée Saïd Mohamed Cheikh ne « chante pas l’indépendance du 6 juillet » !

Le lycée Saïd Mohamed Cheikh (LSMC) de Moroni, premier établissement du secondaire depuis la colonisation est un symbole. Il a formé la plupart des intellectuels et cadres en place dans les administrations. Saïd Mohamed Cheikh, le premier président du Consei de Gouvernement, avait d’ailleurs utilisé son image pour dissuader les Comoriens de se lancer dans une indépendance qui était pour lui prématurée. Il avait dit en substance : ce lycée, vous ne seriez pas capables de le gérer pendant quelques jours sous l’indépendance. Par Hachim Mohamed.

A l’occasion du 46e juillet de sa célébration, le pays dresse un bilan plus que mitigé, surtout quand les regards se tournent vers le lycée Saïd Mohamed Cheikh qui est l’une des institutions les plus anciennes des Comores.

Une importante détérioration des bâtiments.

Construit durant les années cinquante, d’abord collège, puis lycée à partir de 1964, l’établissement qui porte le nom du premier médecin comorien et qui fut également le premier président du Conseil de Gouvernement des Comores pendant la période de l’Autonomie interne, ne ressemble plus à rien. Que de misères, morales et physiques traversent l’esprit en visitant ce lycée Saïd Mohamed Cheikh qui a vu la formation des cadres, des élites intellectuelles et politiques du pays.

Murs lézardés, silhouettes interlopes, tables-bancs et tableaux vétustes, risque réel d’affaissement de certains toits sur les élèves, attirent l’œil.

Au rez-de-chaussée et au premier étage des trois premiers bâtiments qui accrochent le regard, les intérieurs de quelques salles de classe sans fenêtres jonchent des détritus jetés sur le plancher et la plupart des locaux de cet ancien établissement sont délabrés, ravagés par le temps et l’humidité.

Voilà une institution de l’Union des Comores qui n’a pas encore « chanté l’indépendance », 46 ans après. Les autorités comoriennes n’ont pas consenti les efforts nécessaires pour rénover cet établissement qui, aujourd’hui, doit en outre faire face à la « concurrence » des lycées privés qui prolifèrent un peu partout dans l’archipel.

Projet de réhabilitation du lycée Saïd Mohamed Cheikh 

Le LSMC est à genoux, soumis aux diktats de l’immobilisme. Mais, le proviseur du lycée Mohamed Ali Abdallah, se montre volontaire. Il annonce un projet de réhabilitation du lycée. Selon lui, c’est déjà acquis via l’Agence française de développement et la participation du ministère de l’Éducation nationale.

« Sans pouvoir décliner un calendrier, quatre établissements du pays seront prochainement réhabilités. Il y a le lycée Saïd Mohamed Cheikh à Ngazidja, le lycée de Mutsamudu et celui de Domoni à Ndzuani et le lycée de Fomboni à Mwali. », affirme le proviseur.

Ces projets sont soutenus par le Prepec (projet de l’Union européenne) qui autant que faire se peut dote le lycée en manuels didactiques, d’autres livres et des outils pédagogiques. C’est une manière de favoriser l’accès des élèves à la documentation nécessaire à leur scolarité par la rénovation et l’équipement de la bibliothèque du lycée. Dans cette dynamique de la poursuite des objectifs spécifiques du projet de réhabilitation du LSMC, il y a eu au lycée la mise en place de laboratoires d’expérimentation dans le dessein d’améliorer les conditions d’apprentissage des sciences (physique, chimie et SVT).

La direction régionale de l’enseignement et le ministère de l’Éducation nationale a lancé également un programme de formation des encadreurs pédagogiques en plus de la dotation d’un département d’informatique pour les élèves. De plus, depuis trois ans se poursuivent des formations pour les agents administratifs sur le management des établissements scolaires, le renforcement des capacités des enseignants et leur formation en docimologie qui est une science de la notation.

Tous ces dispositifs ont donné lieu à des « premiers résultats chiffrés positifs et encourageants », selon le proviseur du lycée, Mohamed Ali Abdallah. « Pour les examens nationaux, auparavant nos résultats au baccalauréat étaient catastrophiques, à hauteur de 12% des effectifs. Maintenant nous sommes passés à 25% et espérons que pour cette année nous aurons 50% », a expliqué le sourire en coin le proviseur avant de déplorer dans la foulée la manière dont le gouvernement gère l’établissement.

Pas de subvention gouvernementale

« Vous savez qu’en vue de l’achat et de l’installation de l’équipement nécessaire aux activités de l’école, le lycée ne bénéficie pas de subvention gouvernementale ? Sans ce don d’argent accordé par l’État comorien, il est pratiquement impossible d’entretenir l’établissement », nous a-t-il révélé.

En tout état de cause, apparemment les choses s’arrangent dans l’établissement. Un exemple nous est donné : il n’y avait pas depuis dix ans dans le lycée un local où l’on peut se changer, se mettre en tenue et laisser ses vêtements, ainsi que des toilettes, le lycée en a un actuellement.

Mais, tout reste difficile, voire impossible, sans partenaires extérieurs. Même pour placer des élèves du lycée dans des entreprises comoriennes comme l’IMRAB (agence de contrôle des aliments), l’ASECNA entre autres, les ressources pour les déplacements en bus proviennent notamment de dons de l’ambassade de France, via son service culturel (SCAC).

Dans ces conditions, la fameuse phrase de Saïd Mohamed Cheikh sur l’indépendance sonne comme une prémonition.

 

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