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Le couvre-feu a-t-il un objectif mercantile ?

Quelques minutes avant le début officiel du couvre-feu, ce 24 janvier, Moroni était entièrement gardé par les hommes en treillis, créant déjà une ambiance de peur. Depuis ce jour, les compatriotes se font interpeler, agresser, insulter et embarquer sans aucune humanité. Les témoignages qui nous parviennent de ces exactions sont nombreux, à la Grande-Comore comme à Anjouan.  Par Hachim Mohamed 

« À 19 heures 50, je suis monté dans une voiture à l’arrêt de taxis de Caltex. Un pick-up de policiers s’y est arrêté. Ces forces de l’ordre ont immobilisé le taxi et ont sorti de force ses occupants qui sont ensuite jetés comme des sacs de riz sur l’arrière du véhicule. L’agression était d’un niveau tel que la chute a tordu mon bras gauche. Et les gens qui ont été dans le même périmètre de Caltex ont subi le même sort, notamment une dame d’un certain âge », a relaté un jeune étudiant Hanam Yacoub, qui rentrait sur Zilimadjou.

Cette violence a continué à la gendarmerie.

« Nous étions comme des animaux parqués dans un enclos (…) personne n’avait le droit de bouger et celui qui n’acceptait pas de se tenir à carreau se faisait tabasser », a précisé un jeune homme d’Irougoundjani qui avait passé la nuit dans cet enclos.

« À 21 heures, je suis à Hadoudja chez moi avec mes enfants qui regardent la télévision. Par effraction, les militaires sont entrés à la maison. La manière dont ils se mettent à plusieurs pour terroriser est immonde. Ces hommes de tenue m’ont fait sortir de force de chez moi pendant que j‘étais en train de manger. Ils m’ont giflé sans raison… explication. Sur ces entrefaites, un jeune homme qu’on a trouvé dehors a passé un mauvais quart d’heure avec ces militaires via un passage à tabac », a raconté Daoud au micro de RCM13 le 2 février.

Depuis la première vague de la pandémie, la vision répressive et policière du gouvernement semble être la seule réponse apportée à un climat social et sanitaire dégradé. Daoud de Hadoudja, victime d’une agression gratuite chez lui, s’est demandé ce que signifiaient ces forces de l’ordre pour la population comorienne.

« À mon sens, il faudra au président Azali Assoumani réexpliquer son discours à ces policiers et militaires, car franchement ce qui s’est passé est tout sauf couvre-feu…»

C’est vrai que c’est tellement facile d’enlever des gens, de les séquestrer un bon moment pour obtenir qu’ils payent eux ou leurs familles une amende. Mais, où va tout cet argent ?

« Dans la soirée du 24 janvier, nous étions une soixantaine d’individus. Le lendemain au réveil, pour humer l’air de la liberté, il faut passer à la caisse et débourser 25000 fr. En faisant le calcul, l’État a encaissé au bas mot 1.250.000. Dans notre groupe, seuls ceux qui connaissent quelqu’un à la gendarmerie n’ont pas payé », a conclu le jeune étudiant Hanam.

Pour les effractions, les passages à tabac, les intimidations, le couvre-feu, l’ile d’Ajnouan n’est pas en reste.

« Cette armée a voulu nous tuer dans nos maisons. Personnellement, on m’avait asphyxié dans ma chambre », peste Samirou Soulaimana qui était chez lui à Mirontsy quand les forces de l’ordre ont tiré dans la nuit du 30 janvier 2021 sur une video Youtube.

Au vu de ce constat d’ensemble, force est de reconnaitre que cette situation d’injustice est scandaleuse, car le devoir des hommes en tenue est de prévenir les actes de violence commis contre la population, mais  pas  de les perpétrer.

Encore une fois, il est temps que les êtres humains passent avant l’argent et que cessent les violations éhontées et systématiques des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

 

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