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Introduction du shikomori dans l’enseignement et lutte contre la fraude aux examens

Le 8 juin dernier, les fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale avaient convié la presse pour aborder deux sujets principaux : l’introduction de la langue nationale dans l’enseignement et l’organisation des examens, avec en corollaire, la lutte contre la fraude. Par Hachim Mohamed

Les failles du système scolaire sont maintenant criantes. Il est urgent de rénover le système éducatif en redéfinissant les objectifs, les structures et les programmes.

L’abandon des langues maternelles pendant des années au profit de la langue de l’ancien colonisateur sera bientôt un mauvais souvenir dans le système éducatif, plus précisément dans les établissements primaires des iles Comores selon Ben Saïd Chebanni et Abdou Abdallah Ali.

Un serpent de mer

« Ce qui va se faire dans l’enseignement de langues s’inscrit dans la continuité du comité des travaux linguistiques et scientifiques créé sous le règne de l’ex-président Mohamed Abdallah Ahmed Sambi en 2009 et sous Ikililou Dhoinine en 2013. Les travaux préalables ont déjà démarré. Toutefois, comme tout œuvre académique, ces activités de longue haleine, complexes qu’on ne va pas épuiser ici impliquent une collaboration constante entre linguistes, grammairiens, lexicographes et historiens », a fait savoir le Directeur général de l’alphabétisation et de la promotion des langues Ben Saïd Chebanni qui s’est aussi  arrêté sur un aspect de taille, le calendrier.

« A l’heure où l’on parle, les travaux se poursuivent, même si on ne peut dire quand est-ce ils seront achevés »

A en croire certaines indiscrétions à ce sujet, comme un serpent de mer, ce projet revient chaque année au moment de la discussion de la promotion de la langue nationale, sans jamais se concrétiser.

Les discussions achoppent sur les conditions de sa faisabilité qui ressemblent par certains côtés à celles de l’aventurisme d’un pays où le suivi pédagogique des professeurs est déficient et les habiletés requises ne sont pas enseignées pour effectuer ce changement de paradigme.

Limiter le déracinement

« J’ai ri quand j’ai lu dans le journal Al-watwan que ce sont les enseignants qui ont été formés au temps du feu président Ali Soilih Mtsachiwa qui vont assurer les cours. Si un Djaffar El-Maceli, un Damir et un Chamanga vont former des jeunes enseignants, ça peut être jouable, mais pas autrement », a affirmé Abdillah Mohamed Soilihi, professeur de français, rencontré à Moroni.

En écoutant les conférenciers, on ne pouvait s’empêcher de penser que le même jour le Recteur signait avec le Président du Conseil Général de Mayotte un accord mettant en œuvre une loi votée il y a quelques mois qui prévoit l’introduction progressive du shimaore et du malgache dans les écoles de Mayotte. On s’interroge aussi sur la capacité du ministère de l’Éducation à former en si peu de temps tant d’enseignants avant la prochaine rentrée. D’où l’incrédulité de certains.

Dans un pays où les enseignants sont unanimes à constater la baisse des résultats aux examens, où les manuels sont complètement périmés, nos spécialistes sur la problématique reconnaissent que la langue maternelle doit être suffisamment maîtrisée, particulièrement à l’écrit, avant qu’on enseigne une langue seconde.

« Dans un contexte de déracinement et de déculturation, nous devons, sous peine de désastres pédagogiques, recentrer l’école autour de ses véritables finalités, car le shikomori recule comme langue d’usage à la maison et le français en tant que langue de travail ne progresse pas non plus»,  a soutenu le Directeur général de l’alphabétisation et de la promotion des langues Ben Saïd Chebanni.

C’est vrai qu’aucun système social ne saurait évoluer indépendamment de son environnement et le contexte sociohistorique qui le produit.

De faux dossiers pour passer les examens

Les conférenciers ont aussi abordé la question de la fraude aux examens, une question qui les préoccupe. Le Directeur Général de l’enseignement supérieur, Abdou Abdallah Ali dénonce « l’existence d’une opération de fraude à grande échelle » dans la constitution des dossiers d’examens nationaux. Pour lutter contre ce fléau national aux examens et renforcer les contrôles, le ministère de l’Éducation nationale a décidé de faire la chasse aux fraudeurs.

Avec les examens nationaux de fin d’année en ligne de mire, le ministère de l’Éducation nationale a décidé de faire la chasse aux élèves fraudeurs. Des spécialistes ont rapidement démasqué ces imposteurs en révélant les manœuvres de leur falsification.

« Dans la constitution de dossiers de candidats, désormais nous avons une politique de tolérance zéro et chaque cas de fraude présumée fait l’objet d’une enquête, car il y a de plus en plus de falsification de documents de passage en classe supérieure. Sur un effectif global de 43334 candidats répertoriés sur l’ensemble du territoire national, 261 dossiers ont été rejetés. Sans l’attestation de réussite de la 6e qui est obligatoire pour passer le bac et sans relevé de notes qui justifie le passage en 4e, les élèves ne seront pas autorisés à passer les examens du BEPC et du BAC », affirme le Directeur Général de l’ENS Abdou Abdallah Ali.

S’agissant du baccalauréat, la direction de l’Enseignement supérieur a procédé à une véritable refonte de son mode d’interrogation pour les élèves qui sont admis au second tour. Désormais, le français n’est plus obligatoire parmi les matières à l’oral.

Une rentrée en septembre

C’est pour le Directeur General de l’ENS une urgence, car pour lui « la fraude et la négligence sont criminelles et peuvent rayer un pays de la carte, selon un intellectuel sud-africain que je paraphrase. Il n’y pas que les bombes. La contrefaçon de diplômes suffit. Elle est un vrai fléau national qui est plus « meurtrier » que les armes ».

Au cours de cette conférence, le ministère a appris à la presse que les examens de l’entrée en sixième, le BEPC et le baccalauréat débuteront officiellement à partir du mois de septembre.

Sur un effectif global de 43 334 candidats répertoriés sur l’ensemble du territoire national par l’Office national des examens et concours, il y a 21608 candidats à Ngazidja, 3782 à Mwali et 17944 à Anjouan.

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