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Interview : Me AbdoulbastoiMoudjahidi : « Nous avons voulu manifester pour dénoncer le péril dictatorial qui nous guette »

Maître Moudjahidi est l’avocat de nombreuses victimes de violences, notamment les victimes d’actes pédophiles ou d’agressions sexuelles. Il travaille depuis quelques années en étroite collaboration avec les associations de défense des enfants et des femmes. Il a été au centre de l’actualité cette semaine, au sujet d’une tentative d’évasion du dénommé Civilisé et par le fait qu’il a essayé d’organiser une manifestation politique qui a été interdite par les autorités. Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime

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Masiwa – Vous aviez déposé une demande de manifestation à Moroni pour dimanche prochain, elle a été refusée par les autorités en place. Sur quelles bases juridiques se base ce refus ?

Me AbdoulbastoiMoudjahidi –Au fait, nous avions déposé une déclaration préalable d’une manifestation sur la voie publique, conformément à l’article 96 du Code pénal comorien, et non une demande de manifestation. Cette manifestation était prévue pour la date du dimanche 7 juillet 2019, donc le lendemain de la fête nationale. Et le Préfet du Centre, par son arrêté N°19-01/PC du 03 juillet 2019, a ordonné l’interdiction de cette manifestation, au prétexte que ces dernières sont de nature à troubler l’ordre public. C’est vrai l’article 98 du Code pénal lui investit ce droit d’interdiction. Mais, ce que nous regrettons c’est que le préfet ne s’est même pas donné la peine d’expliquer les éléments l’ayant conduit à cet extrême, l’interdiction d’exercer le droit constitutionnel de se réunir et de manifester. La motivation des décisions s’impose, dès lors qu’il s’agit d’empêcher des citoyens d’exercer leurs droits fondamentaux.

Masiwa –Pourquoi vouliez-vous manifester dimanche 7 juillet ?

Me AbdoulbastoiMoudjahidi – Comme nous l’avons dit dans notre déclaration déposée à la préfecture, nous avons voulu manifester pour dénoncer le péril dictatorial qui nous guette. Les violations répétées de nos libertés publiques, l’augmentation du nombre des prisonniers politiques, la censure de la presse et la répression des minorités religieuses constituent des signaux d’alarme suffisant pour interpeller tout citoyen averti du danger que représente la nouvelle gouvernance. Et le malaise n’est plus politique. Il est devenu systémique. La mauvaise gestion des sociétés d’État, la disparition forcée de leur conseil d’administration, ainsi que le retour en force du clientélisme, de la gabegie et du népotisme plongent notre pays dans les entrailles ténébreux du royaume des titans, où seuls les plus forts survivent. Depuis, la décision anticonstitutionnelle du 12 avril 2018, notre pays traverse une période d’incertitude institutionnelle. L’instabilité politique et le chauvinisme grand-comorien sont de retour. La cohésion nationale est mise en danger. Et face à un danger pareil, on ne peut pas laisser seule la diaspora mener ce combat contre la dictature. L’ouverture d’un front intérieur est aujourd’hui plus qu’indispensable. Le raz-le-bol est général. Et en citoyens avertis, on ne peut pas rester les bras croisés. Et c’est pour toutes ces raisons que nous avons voulu manifester le dimanche prochain.

Masiwa –Estimez-vous que les droits fondamentaux du citoyen comorien sont bafoués par le gouvernement ? Que comptez-vous faire après ce refus ?

Me AbdoulbastoiMoudjahidi –Bien sûr que nos droits fondamentaux sont bafoués tous les jours. Aujourd’hui, le citoyen comorien a du mal à retrouver la sérénité d’antan, même dans son cercle privé. Tout le monde se sent espionné. L’État veut avoir un contrôle sur tout, même sur notre religion et notre façon de nous rapprocher de notre seigneur. L’État dicte tout. La parole d’Azali fait office de loi et prime sur les règles de la République. Je pense que nous traversons actuellement la période la plus sombre de notre histoire. Et si on ne fait rien pour empêcher cela, il sera trop tard. En 2020, Azali et ses complices finiront par mettre la main sur l’ensemble des institutions de la République avec le contrôle du parlement. Et ce sera fini, après la mainmise sur la presse, avec l’autre contre-pouvoir. Il suffit juste qu’il ait un homme fiable à la tête du parti qu’il compte créer pour contrôler tous les députés de la République. L’article 69 de sa constitution lui permet de brandir la menace pour mieux contrôler le parlement. Après ce refus, nous comptons saisir, dès demain, le ministre de l’Intérieur d’un recours hiérarchique. Notre démarche doit s’inscrire dans la légalité républicaine.

Masiwa –Vous étiez l’avocat de la petite fille violée par le dénommé Civilisé. A-t-il failli réussir une évasion mardi dernier ou n’étaient-ce que des rumeurs infondées ?

Me AbdoulbastoiMoudjahidi –Effectivement, je suis encore l’avocat de cette petite fille de 4 ans. Une chose est sûre, le substitut du Procureur, Mr Abdou Ismaël, nous a confirmé, lors de sa dernière conférence de presse, qu’il y a eu une tentative pour faire évader le nommé « Sivilizé ». Et je pense que les actions de dénonciation menées sur les réseaux sociaux sont pour quelque chose dans l’échec du plan d’évasion.

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