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Interview. Hamada Madi : lutte contre le covid19 « l’appui de la COI est concret »

Face aux interrogations qui surgissent dans certains milieux comoriens sur l’aide de la COI que l’on ne voit pas encore, alors que le chef de l’État l’a annoncé, le Secrétaire général de la Commission de l’océan Indien, Hamada Madi, fait ici le point sur ce qui a déjà été livré et ce qui est en cours.

Masiwa – Quelle est votre analyse des diverses situations des pays de la COI face au Coronavirus ?

Hamada Madi – De manière générale, la pandémie, bien qu’elle ait pris pied en Indianocéanie, a, jusqu’ici pu être contenue. Certes, la situation est différente d’un pays à l’autre, mais partout il y a une volonté politique forte d’agir, de faire face.

Je note surtout que la solidarité entre nos États, à travers le réseau SEGA One Health de la COI, est au rendez-vous. L’information circule. Des soutiens sont apportés, tant au niveau bilatéral que multilatéral. Et la COI joue, ici, un rôle moteur avec le soutien de l’Agence française de développement.

 

Masiwa – Et par pays, quelle est la situation ?

Hamada Madi – Je ne vais pas entrer dans un décompte statistique qui évolue chaque jour. Cela dit, je note trois grandes réalités. Premièrement, il y a les Comores et Madagascar où de nouveaux cas sont apparus ces derniers jours. A Madagascar, malgré une légère hausse récente des cas, la confiance est de mise au regard des capacités locales de diagnostic et de riposte d’autant que des équipements additionnels arrivent. Aux Comores, les capacités se renforcent et la COI entend soutenir pleinement les autorités et la population. Deuxièmement, il y a La Réunion où il reste encore quelques cas actifs, mais où le déconfinement progressif a débuté. Enfin, il y a Maurice et les Seychelles où il n’y a plus aucun cas actif à ce jour, mais où les autorités restent le qui-vive et prévoient un déconfinement dans les prochains jours.  .

 

Masiwa – Le président Rajoelina a présenté un remède préventif et curatif, notamment à plusieurs chefs d’État et de gouvernement d’Afrique. Y a-t-il eu des discussions à ce propos au sein de la COI ?

Hamada Madi – L’Union des Comores, qui occupe la présidence du Conseil de la COI, a félicité le gouvernement de Madagascar pour les recherches sur le Covid Organics. Tout récemment, le président de la République de Madagascar a d’ailleurs fait don au gouvernement de l’Union des Comores de Covid Organics et d’autres matériels. C’est un bel exemple de solidarité régionale.

 

Masiwa – La COI s’est engagée à apporter une aide matérielle conséquente à ses membres. Comment cela a -t-il été possible ?

Hamada Madi – Il faut d’abord que je rappelle une chose : la santé ne fait pas partie des missions initiales de la COI. Et pourtant tout le monde pense que la COI a toujours agi pour la santé et qu’elle doit donc être en première ligne ! C’est la crise du chikungunya en 2006 qui a tout changé. La COI est apparu, à juste titre, comme un acteur indispensable à une action concertée en santé publique. C’est ainsi que la COI a noué un partenariat solide avec l’Agence française de développement (AFD) qui finance depuis 2009 les projets RSIE (ndlr : projet régional de surveillance et d’investigation des épidémies). La COI a ainsi mis en place un dispositif régional efficace de partage de l’information, de coopération effective, de mobilisation des expertises et d’intervention qui lie santé humaine, animale et environnementale : c’est notre réseau de surveillance des épidémies et de gestion des alertes connu comme le réseau SEGA One Health. C’est le bras santé de la COI et de ses États membres. Il réunit 250 professionnels de santé humaine et animale et est coordonné par notre Unité de veille sanitaire basée au Secrétariat général à Maurice.

Donc concrètement, la COI est allée au-delà de ses missions premières pour intervenir en santé. Et avec raison, comme on l’a vu dans la lutte contre la fièvre aphteuse, la rage, la peste ou la prévention contre zika et Ebola ces dernières années.

La COI et son réseau SEGA One Health étaient en alerte dès l’apparition de la maladie en Chine. En février, aux Comores, les experts de nos États membres ont présenté l’état de préparation face au risque de Covid-19. Deux semaines plus tard, nous arrêtions un plan d’urgence de 500 000 € qui a été complété il y a quelques semaines d’un plan de riposte conséquent de 4 millions €. Je tiens ici à souligner l’appui, la réactivité et l’esprit de partenariat de l’AFD qui finance notre action en santé publique. C’est grâce à elle et à son initiative « Santé en commun » que la COI peut répondre au mieux aux besoins matériels, d’expertises ou de formation de ses États.

 

Masiwa – En ce qui concerne les Comores, l’aide matérielle de la COI est attendue depuis maintenant un mois et les Comoriens se demandent si cette aide viendra un jour. Où en est cette aide de la COI ?

Hamada Madi – Dans ces périodes de crise et d’inquiétude, il est normal qu’on veuille tout, tout de suite. Je le comprends. Cela dit, la COI est réactive. Je rappelle que la COI est une organisation intergouvernementale qui travaille pour ses États membres. Il nous faut, pour une telle action, consulter, identifier et confirmer les besoins, définir les capacités budgétaires, et respecter tout un ensemble de procédures longues. Et alors, me direz-vous : eh bien, notre UVS, nos services du Secrétariat général et nos partenaires de l’AFD ont réussi un tour de force en menant les consultations et procédures en un temps record, soit quelques semaines contre plusieurs mois en temps normal !

Alors oui, il reste du matériel à acheter et acheminer, ce qui n’est pas facile à cause de la forte demande, de la disponibilité fluctuante des équipements ou des problèmes de connexions aériennes, entre autres. Cela étant, je tiens à rappeler que la COI intervient déjà aux Comores et depuis le début de la crise. Nous soutenons activement les actions de sensibilisation dans les médias et les réseaux sociaux. A travers notre Officier permanent de liaison, la COI vient de remettre une caméra thermique, douze thermomètres infrarouges et des smartphones au ministère de la Santé. Cet équipement qui coûte plus de 30 000 € sera installé à l’aéroport international pour contrôler la température des arrivants. Et nous avons aussi mis à disposition du ministère de la Santé l’un de nos experts épidémiologistes qui soutiendra les activités de surveillance et de riposte face aux épidémies que ce soit le Covid-19 ou d’autres comme la dengue.

 

Masiwa – Quel est le matériel destiné aux Comores ? 

Hamada Madi – Le matériel pour les Comores vise à répondre aux besoins de surveillance, de diagnostic et de prise en charge. Tout cela a déjà été annoncé et, bien sûr, les commandes sont passées. Les livraisons interviendront dès que possible, en fonction des capacités des fournisseurs et des possibilités d’acheminement.

Comme je l’ai dit, il y a le matériel qui a été remis il y a quelques jours au ministère de la Santé. Il y a aussi une ambulance qui est en cours d’acquisition.   À cela s’ajouteront dans les meilleurs délais, des matériels de protection individuelle, des consommables médicaux, des équipements de diagnostic dont une plateforme RT-PCR, trois Genexperts et plus de 3000 tests rapides de diagnostic. La COI équipera aussi quatre centres de prise en charge sur tout le territoire national avec notamment 12 respirateurs, des appareils de réanimation, une trentaine de d’appareils de suivi automatisé des patients et plus de 80 lits d’hôpital dont une vingtaine de lits de réanimation (ndlr : voir infographie).

J’entends les critiques, les doutes. L’heure est à l’action. On jugera la COI sur ses résultats et non sur la quantité de remise de matériels en fanfare. Je le redis : l’appui de la COI est concret. C’est un processus en cours et nous faisons le maximum pour aller vite.

 

Masiwa – N’était-il pas plus facile de donner l’argent aux États et les laisser répondre eux-mêmes à leurs besoins immédiats ?

La coopération régionale ne fonctionne pas ainsi ! Je vais tenter d’expliquer brièvement : la COI négocie des financements auprès des bailleurs internationaux. Pour cela, nous présentons des projets, des plans d’action concrets qui sont validés par nos États et qui, donc, répondent à leurs besoins. Ces financements sont gérés par la COI au nom de ses États membres, c’est elle qui est redevable vis-à-vis du bailleur. C’est une action multilatérale, qui profite à la région dans son ensemble. Elle est complémentaire des partenariats bilatéraux et des appuis directs que reçoivent les États membres. La COI répond donc à un ensemble de besoins des États. Dans le cas du Covid-19, la COI a élaboré un premier plan d’urgence et ensuite un plan de riposte pour un total de 4,5 millions €. Nous avons travaillé avec les États membres, avec les ministères de la Santé pour identifier les besoins et y répondre de manière mutualisée.

Propos recueillis par Mahmoud Ibrahime

 

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