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Interview. Ahmed Nassuf : L’urbanisme est une science

Café Géo des Comores continue sa série d’entrevues sur la géographie des Comores. Aujourd’hui c’est autour de l’urbanisation qu’est consacrée notre entrevue avec Ahmed Nassuf Abdou, géographe spécialiste des activités économiques et urbanistiques.

Café Géo des Comores : L’urbanisme est-il un concept ou une science ?

Ahmed Nassuf Abdou : L’urbanisme est une science qui fait appel à d’autres sciences comme la géographie, la sociologie, l’économie, la démographie, etc…

En urbanisme , les observations ethnographiques ainsi que les entretiens individuels et collectifs sont primordiaux, avant de tirer une conclusion. En un mot, on suit une démarche scientifique. Toutefois, un géographe n’est pas un urbaniste. Je suis plutôt géographe, avec une spécialité dans les activités urbanistiques.

CGC : C’est quoi et pourquoi faut-il un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme pour qu’il y ait des conditions plus ou moins optimales dans un espace urbain ?

Ahmed Nassuf Abdou : Un schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme (SDAU) constitue un outil permettant à la fois un meilleur vivre-ensemble et une meilleure circulation (des hommes et moyens de transport) dans les espaces urbains.

C’est-à-dire une fluidité dans la circulation des hommes et des biens, et aussi la jouissance d’une vie paisible et confortable chez soi et dans l’espace urbain. C’est donc un outil qui rend la ville/village plus agréable à vivre. La lutte contre la pollution et la promotion des espaces verts afin que chacun jouit d’une vie plus saine sont prises en compte dans le SDAU.

C’est donc un outil obligatoire qui garantie des conditions plus ou moins optimales dans la mesure où ce schéma réglemente à travers la planification et l’organisation le territoire urbain d’une façon bien déterminée.

CGC : Est-il vrai que l’espace urbain de Moroni n’a pas connu de schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme ?

Non. À ma connaissance Moroni a connu des schémas directeur d’aménagement et d’urbanisme : le premier en date de 1997 et le dernier en 2017. Mais on sait que dans ce pays, dans notre pays, il y a toujours un problème de suivi , raison pour laquelle ce dernier plan est mort-né.

CGC : Quels sont les grands axes et qui sont les acteurs concernés dans sa conception pour réorganiser cet espace urbain ?

Ahmed Nassuf Abdou : Les grands axes du dernier plan directeur d’aménagement et d’urbanisme sont :

1- Planifier un espace adéquat pour les rues et les autres espaces publics avec un réseau viaire qui prévoit 30 à 35% pour les rues, 15 à 20% pour les espaces publics et 50% pour les parcelles (espaces verts y compris).

2- Avec un usage varié des terres, avec au moins 40% de la superficie allouée à une utilisation économique et 10 % pour les blocs à usage unique.

3- Pour une mixité sociale avec 20 à 50% des zones résidentielles dédiées aux logements à faible coût.

4- Enfin, une densité adéquate prévoit au moins 15 000 personnes par km². C’est-à-dire 15 personnes par hectare.

5- Ainsi, une probabilité de connectivité qui met l’accent sur les distances à parcourir à pieds et les transports en commun.

Parmi les acteurs concernés dans la conception du SDAU, il y a tout d’abord les autorités publiques ( ministère de l’aménagement et de l’urbanisme) , la population, etc…

CGC : Êtes-vous sollicité plus souvent en votre qualité de géographe ? Si oui, par qui et dans quel contexte ?

Ahmed Nassuf Abdou : Ma formation en géographie, spécialisée dans les activités humaines et économiques me permet bel et bien d’intervenir sur l’urbanisme, quoique d’une manière limitée.

D’ailleurs, j’ai beaucoup travaillé sur plusieurs questions urbaines. En revanche, je ne suis jamais sollicité. Je pense que c’est parce que dans notre pays , nombreux ont une vue limitée de la géographie. Pour eux la géographie c’est pour enseigner dans le secondaire et cela s’arrête là.

Toutefois, j’ai essayé de faire profiter de mon savoir-faire dans le service d’urbanisme de ma commune (Mbagaani) et dans la commune urbaine de Moroni. Ma première expérience, celle avec la mairie de ma commune, a été éphémère. Car l’urbanisme ne faisait pas partie du cahier de charges de la commune, à l’époque. Puis dans l’autre collaboration avec la commune urbaine de Moroni, je faisais valoir bénévolement mon expertise dans leur entreprise urbaine ; mais malheureusement leur service reléguait mon approche de géographe.

Par Salec Halidi Abderemane.

Ahmed Nassuf Abdou

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