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ÉDITORIAL : Les Comores en chute libre

Depuis 2016, le régime du colonel Azali Assoumani vend au peuple comorien le rêve d’une politique saine qui conduirait les Comores vers une émergence économique. Lors de sa première campagne, en 2016, il parlait tout simplement d’émergence. Trois ans plus tard, lors de sa deuxième campagne de 2019, il ajoute « l’émergence des Comores à l’horizon 2030 ». Depuis, il ne cesse d’afficher visiblement son intention de rester au pouvoir jusqu’à cet horizon-là.

Par Abdourahim Bacari*

La jeunesse trahie

Il y a deux ans de cela, sans aucune étude faite par une institution nationale ou régionale encore moins internationale, à la sortie d’un Conseil de ministre, il fanfaronnait avec ses collaborateurs sur les Comores « pays à revenu intermédiaire ». Une grande fête était organisée à l’hôtel Ritaj pour tromper le peuple qui continue à souffrir.

Ce qui est certain, c’est que ce « revenu intermédiaire » déclaré par le régime ne concerne pas la plus grande partie du peuple. Les Comoriens se rappellent encore que la première décision qu’Azali a prise une fois de retour au pouvoir est le licenciement de plus de 2000 jeunes employés par l’État. Des jeunes responsables de familles qui ont vu leur rêve de pouvoir s’en sortir un jour brisé par ce régime en une journée. Une décision qui était contraire à son projet phare évoqué pendant la campagne de 2016 : « un jeune un emploi ».

L’émergence : une tromperie

Les Comoriens se rappellent encore que ce régime a fait doubler les taxes douanières, les impôts, les salaires du président, des ministres et des députés tout en baissant ceux des fonctionnaires dont la plus grande majorité encaisse de maigres revenus et cela de façon parfois irrégulière. Ce régime saigne le peuple comorien pour se faire de l’argent. Ce régime saigne le peuple comorien pour asseoir une véritable terreur. Une tromperie d’« émergence » dans la souffrance. Depuis six mois le pays fait face à une pénurie de produits de première nécessité. Dans les deux marchés principaux de la capitale, on ne trouve presque rien. Le peu que l’on peut y trouver coûte les yeux de la tête. La famine, oui la famine risque de frapper à la porte des Comores comme c’est le cas dans certaines provinces de Madagascar en ce moment. Le manque de gasoil qui avait paralysé le pays et son économie la semaine dernière, une économie déjà fragilisée quelque temps auparavant par des pénuries et qui n’a absolument pas les caractéristiques d’un pays émergent.

Les Comores sont en réalité dirigées par le cynisme et la mauvaise foi, incapables d’assurer sainement avec professionnalisme et expertise la gestion des biens publics. Le système de copinage favorise toujours la nomination des proches, quelles que soient leur incapacité ou les erreurs qu’ils peuvent commettre. Les Comoriens se rappellent qu’Oumamar Mgomri a été limogé de son poste de Directeur général de Comores-Télécom pour faute grave. Personne ne l’attendait à la tête d’une autre société d’État, lui qui voulait créer une société privée de télécommunication en profitant des retombées de Comores-Télécom. Mais, tout est possible dans ce pays. L’impunité et la justice à doubles vitesses rendent plus que jamais solide la tyrannie.

Un pays sans justice

La loi du plus fort règne comme si les Comores étaient une jungle qui donne droit au roi lion de faire la loi, comme bon lui semble. La justice est inexistante. Et cela depuis le jour où le chef de l’État a décidé de supprimer la Cour Constitutionnelle pour mettre en place une section de la Cour suprême qui lui est entièrement dévouée. La justice républicaine est morte. Ce régime emprisonne, torture, lynche, assassine sans qu’aucune enquête soit ouverte.

Les prisonniers politiques croupissent toujours dans les geôles inhumaines à Moroni, à Mutsamudu et dans des résidences surveillées par des militaires gérés directement par Beit-Salam.

En dehors de la politique, ces dernières années, le taux des viols de mineurs a doublé, les agressions sexuelles de tous genres montent en flèche sans que ce régime remette sa politique générale en question. Une véritable dictature qui poursuit son chemin. Une dictature qui puise ses forces dans la désorganisation de l’opposition. « Ce pays est vraiment magnifique », comme dit souvent le facebookeur Zaky Soifoine pour se moquer aussi bien des hâbleurs qui détruisent le pays que le peuple naïf qui refuse de voir la réalité des choses.

Les idées fixes d’Azali l’ont mis sur le chemin du non-retour. Il cherche une porte de sortie de crise, mais aucune issue ne lui apparait comme possible. Même le fameux dialogue qu’il souhaite organiser avec l’opposition pour pouvoir légitimer sa réélection en 2024 est encore impossible, car dans sa tête, il cherche à rouler l’opposition dans la farine une énième fois, et si possible, encore avec la complicité de la communauté internationale. Mais, cette fois tous les opposants se méfient de lui. Le discours qu’il a tenu le jour de l’Aïd Al-Adha a Mitsoudjé a démasqué sa volonté de tromper ses adversaires.

Historien et Enseignant. Auteur de L’aide française au développement (1945-2009), Coelacanthe, 2019, entre autres.

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