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Éditorial : Le procès de la complotite gouvernementale

Samedi 19 juin 2021, s’est tenu au Palais de Justice de Moroni le procès de plusieurs opposants du régime en place arrêtés pour avoir voulu organiser une marche pacifique. Par Mahmoud Ibrahime

Il s’agit de l’ancien journaliste Abdallah Agwa, d’une enseignante Sabikia Ahmed, de l’ancien ministre de Ngazidja Youssouf Saïd Soilihi, d’un jeune qui avait manifesté seul pour la libération de l’ex-président Sambi, Zainou Ahamada, des journalistes, et autres citoyens comoriens.

Les avocats ont montré que l’infraction n’était pas fondée, car la plupart ont été arrêtés avant la réalisation de la marche pacifique. Pire l’avocat d’Abdallah Agwa a été le plus clair : « Il a été emprisonné avant jugement » et il ajoute : « Il a été enlevé, tabassé, torturé et enfermé plusieurs jours en dehors de toute légalité ». Des rumeurs évoquent aussi que le jeune Zainou aurait été torturé et que son cas a même été signalé à la Commission nationale des Droits de l’Homme et des Libertés (CNDHL). Le fait même qu’il y ait eu des tortures devrait faire annuler toute la procédure judiciaire.

D’où vient qu’un gouvernement digne de ce nom panique et se livre à des exactions à chaque fois qu’il entend que ses concitoyens veulent manifester ou se réunir même dans un lieu privé ? Comment la prévision d’une simple manifestation a pu mener à des arrestations préalables musclées, à des tortures et à l’enfermement de personnes pendant plus de six mois ? Comment l’organisation d’une manifestation pacifique déposée devant une commune peut aboutir à la qualification de complot contre l’État ? Quand cessera cette complotite du gouvernement ?

Agwa s’est contenté de demander à pouvoir aller se soigner et a l’air de ne donner aucune considération à la décision qui sera annoncée aujourd’hui. Il est conscient que son procès est politique, qu’il a été arrêté parce que son adversaire politique l’a demandé, qu’il sera libéré ou emprisonné quand ce dernier le souhaitera. Il en est ainsi de la Justice aux Comores aujourd’hui. Qu’on soit un citoyen lambda ou un ancien président de la République ou un Gouverneur élu, chacun sait que la justice n’existe pas et quand il s’agit de politique, seul l’Exécutif peut décider de libérer ou enfermer avec ou sans jugement.

Et encore, nous sommes à Ngazidja où de temps en temps, il y a des semblants de procès dans lesquels les juges trahissent leur fonction. Mais, qu’en est-il d’Anjouan où des gens sont arrêtés, malmenés pour ne pas dire torturés puis relâchés ou maintenu en prison sans jugement ? Combien sont morts et enterrés dans la clandestinité comme le fut major Bapale sans que leurs proches ne le sachent ? On peut se poser la question.

 

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