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ÉDITORIAL : Comores. Appel à de nouveaux investisseurs

À propos de l’investissement aux Comores, le gouvernement a une nouvelle stratégie qui s’appelle « méthode Coué ». À force de nier la réalité, il finira même par faire entrer le pays au G7 sans s’en rendre compte. Par MiB

La semaine dernière, l’ANPI était en France, en compagnie de la Chambre de commerce avec comme objectif premier de convaincre les Franco-Comoriens de venir investir au pays. L’opération s’est poursuivie à l’expo de Dubaï, cette fois pour attirer des investisseurs étrangers.

Depuis 2016 et la victoire électorale d’Azali Assoumani, on ne compte pas le nombre d’investisseurs annoncés par le gouvernement à coups de communication tarifée, de selfies et de poses de premières pierres. Ces grands investisseurs étrangers qui devaient mettre fin au chômage et permettre au pays d’atteindre l’émergence en 2029 sont tous repartis. Quelle est donc cette « aire d’investissement » que les grands investisseurs fuient et où les ressortissants vivant à l’extérieur hésitent à y déposer leurs économies ?

Franchement, quel grand patron, honnête, qui n’a pas l’intention de blanchir de l’argent viendrait investir ses sous aux Comores dans la situation actuelle ? Quelle garantie le gouvernement pourrait lui donner ? Quel Comorien qui n’est pas proche du pouvoir, qui n’est pas assuré de gagner tous les appels d’offres dans son domaine ou de sortir ses conteneurs gratuitement de la douane viendrait jouer les économies de plusieurs années à la roulotte comorienne ?

Quelles règles pourraient rassurer un investisseur dans ce pays gangréné par la corruption et où le peu de mécanismes de lutte contre la corruption qui existait a été détruit depuis 2016, sans être remplacé ?

Quel investisseur honnête viendrait investir dans un pays où la concurrence est faussée par les proches du pouvoir ? Où la fiscalité ruine les entreprises et où un entrepreneur peut se retrouver en prison pour avoir reporté la hausse générale des taxes sur les prix qu’il pratique ? Faites d’abord en sorte que les entreprises qui sont sur place ne mettent pas la clef sous la porte avant de croire que vous allez persuader d’autres à venir jeter leur argent à la douane comorienne pour vous permettre d’effectuer tous les mois des voyages qui ne rapportent rien à la population. Assainissez l’environnement économique, avant tout.

Depuis 2018, toute manifestation est interdite, l’opposition est harcelée, surveillée, les institutions démocratiques sont confisquées par un seul clan, la justice ne fonctionne pas. Une centaine de prisonniers politiques croupissent dans les prisons comoriennes. Le pays est en attente d’un Dialogue qui, s’il a lieu, doit réinstaurer un fonctionnement démocratique.

Et vous pensez avoir créé une « aire d’investissement » sur lequel de grands patrons et des Franco-Comoriens vont se précipiter ? Heureusement que dans huit ans, nous serons dans l’émergence et que vous n’aurez pas besoin de vous investir autant.

 

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