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De quel peuple sont-ils les élus ?

Que signifie encore de consulter le peuple lorsque l’expression de celui n’est pas pris en compte, quand le pouvoir agit dans l’inconstitutionnalité et qu’il légitime la fraude électorale ? Par Juz’r

Depuis le référendum constitutionnel contesté de juillet 2017, les élections qui ont suivi ont été entachées de nombreuses irrégularités documentées par divers rapports des observateurs nationaux et internationaux et qualifiées de mascarades par l’opposition. Si le pouvoir s’est toujours défendu de s’être livré à un bourrage des urnes pour faire élire ses candidats, ce n’est pas le cas pour Azali Assoumani.  En clôture de la campagne de son parti pour les dernières législatives, l’homme fort du régime est passé aux aveux. Dans une surprenante interprétation d’un verset du Coran, l’Imam qui dirige le pays a officiellement légitimé la fraude électorale en la qualifiant de principe coranique. Selon lui, c’est donc se conformer à une volonté divine que de tricher. En poussant la logique jusqu’au bout,  les rapports des observateurs comoriens et internationaux constatant les irrégularités des scrutins organisés par le régime depuis juillet 2017 et les dénonciations de fraude soulevées par les partis d’opposition sont contraires à la religion islamique. Ni plus ni moins.

Aveu de fraudes électorales

C’est donc par une fraude révélée et assumée que le pouvoir a fait passer son référendum, élu le président de l’Union, fait élire les gouverneurs et assuré une majorité d’élus du parti présidentiel à la dernière législative. Autant dire que celui qui contestera les résultats des urnes des prochaines municipales, doit craindre les foudres de Dieu puisqu’il ira contre sa volonté. Fin de la plaisanterie ! Reprenons nos esprits pour poser la seule question qui vaille : de quel peuple sont ces élus ?

Le désaveu des Comoriens à l’égard de la série de scrutins organisée depuis 2017 marque à l’évidence une rupture entre le peuple et la bande qui a pris les rênes du pays. Il met en cause sa légitimité, en même temps qu’il questionne le sens du pouvoir qu’elle exerce non seulement contre le peuple qui la conteste à chaque scrutin, mais surtout hors de toute procédure légale. L’Assemblée nationale qui se profile n’est par conséquent pas représentative d’un peuple absent des urnes et qui depuis trois ans, se trouve ailleurs. L’usurpation de l’expression populaire issue des urnes à laquelle se livre le régime en place par la normalisation d’une culture de la fraude électorale systématique et revendiquée ébranle l’édifice démocratique voulu en 2001 comme gage de l’unité nationale et le socle de la cohésion sociale.

À ce rapt-là, seul le non-recours aux armes interdit de parler de putsch bien que tout y concourt, depuis la décision unilatérale d’Azali Assoumani de s’exonérer de la légalité que lui conférait son élection de 2016 en sabordant la constitution qui lui a permis, grâce au génie de la tournante, de retrouver démocratiquement le pouvoir, quinze ans après son premier mandat en 2002. Troquant l’uniforme militaire de 1999 pour le costume-cravate, Azali parvient tout autant à façonner le champ politique pour confisquer tout moyen légal d’expression et embastiller ses opposants. À la différence du précédent coup reposant sur l’armée, celui-ci s’appuie sur une deuxième béquille qui est le parti unique qu’est devenu la CRC qui fait main basse sur la prochaine assemblée de l’Union, ne laissant que quelques strapontins à son allié orange de la mouvance présidentielle.

Le faux prétexte de l’interposition

Ce dernier épisode électoral clôt la trajectoire machiavélique d’un homme qui depuis le coup d’État de 1999, s’est préparé à éliminer de son passage tous ceux qui pouvaient entraver son dessein politique, celui de régner seul. Fin stratège, il faut le concéder, le chef militaire qu’est devenu Azali sous la présidence de Taki Abdoulkarim, après tant d’années de frustrations durant le règne des mercenaires,  réussit en 1999, le coup de force qui le projette au-devant de la scène politique en interrompant la transition constitutionnelle de la vacance du pouvoir ouverte après la mort suspecte en 1998 du chef d’État qu’il servait en qualité de chef d’état-major de l’armée.  Sous le faux prétexte d’empêcher un génocide contre les Anjouanais en Grande-Comore (cf son livre Quand j’étais président), le colonel Azali est devenu l’un des belligérants de la crise anjouanaise et parviendra à obtenir de son frère d’armes à la tête de la rébellion séparatiste, une issue à l’impasse. L’Accord qu’il conclut avec Abderemane Abeid en 2001, le propulse en 2002 comme premier président de l’Union des Comores qui est issue au terme d’une élection à laquelle il sera seul candidat après avoir réussi à refroidir les ambitions de ses potentiels concurrents. Après quatre années de crocs-en-jambe pour neutraliser les exécutifs insulaires, son bilan politique lui vaut quelques huées à la fin du mandat qui laisseront des traces. Il tente d’obtenir une rallonge, mais finit par céder à la pression de Tambou Mbéki, le président sud-africain en charge à l’époque du dossier comorien sous l’égide de l’Union africaine.  Il a fallu un extraordinaire déploiement des forces africaines pour rendre possible l’alternance politique prévue par l’Accord de 2001 et permettre la tournante anjouanaise. Dans sa retraite obligée, l’unique sortie politique d’Azali est celle de 2010 lorsqu’il fallait contrecarrer la prolongation du mandat que préparait le président Sambi.  Guettant son retour après la tournante mohélienne, Azali dépêcha son bras droit Hamada Boléro au service du régime mohélien avec pour missions de couper Ikililou de l’influence de Sambi (son mentor) et l’empêcher de prendre toute initiative d’organiser les assises du bilan du nouvel ensemble comorien à l’agenda du premier cycle de la tournante.

Après dix années de traversée du désert, Azali devait prendre le pouvoir quitte à s’allier avec le diable. Ce qu’il fit en obtenant le soutien de Sambi, son adversaire juré qui paie un lourd tribut de sa naïveté.  En dépit de tous ces calculs et manœuvres, Azali sauve in extremis son élection grâce au mouvement « NaraWaze », un sursaut citoyen décidé pour sauver l’alternance démocratique contre toute fraude électorale. Bénéficiaire de la vitalité démocratique qui a permis un cycle de quinze ans de stabilité et d’alternance politique apaisée depuis 2001, illustrée par ce mouvement « NaraWaze », Azali, élu, sera le fossoyeur de cette dynamique. De la même manière qu’il démolit l’architecture institutionnelle à laquelle il doit son destin politique. Avait-il l’intention de revenir sur l’Accord dont il se targuait d’être le principal artisan ?  Pour quel résultat ?

 

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