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Dahari et le reboisement

Hugh Doulton, codirecteur de Dahari : « Le reboisement est une condition de réhabilitation d’un écosystème menacé »

L’ONG Dahari intervient à Anjouan depuis 2013 dans l’environnement et le développement durable. Elle connaît une certaine réussite dans les projets qu’elle entreprend en faveur des populations. Masiwa s’est intéressé à leurs activités de reboisement et aux interactions qui en découlent en interrogeant l’un des dirigeants, Hugh Doulton.

Propos recueillis par Salec Abderemane Halidi

Masiwa – Dans quelle région menez-vous des opérations de reboisement ?

Hugh Doulton – Depuis 2008, nous intervenons dans le paysage forestier de Moya. Il s’agit d’une mission qui consiste à façonner des paysages durables et productifs avec les communautés locales par le biais des actions d’un reboisement. L’activité est murement conçue derrière une approche plus holistique. Pour ce faire, nous mettons en place des projets d’aménagement des bassins versants. Nous recensons des bassins versants dégradés, des sources d’eau et des rivières à partir de plusieurs critères. Nous les choisissons d’un côté, dans leurs potentialités à fournir une eau utilisable. Mais aussi, dans la mise en place d’un périmètre d’irrigation pour une fin agricole. D’un autre côté, nous les sélectionnons par leur importance à l’endroit de la biodiversité. Par exemple, nous intervenons dans un écosystème où se localise la chauvesouris de Livingstone. Une espèce endémique des Comores, dont le reboisement contribue à réhabiliter son habitat. Le reboisement est une condition de réhabilitation d’un écosystème menacé.

À travers ces différents critères, un comité de gestion de l’eau se réunit. Les membres de ce dernier sont des agriculteurs locaux et volontaires. Ils travaillent de concert avec nous, dans l’élaboration d’une cartographie. Cette dernière permet d’identifier la zone cible voire prioritaire au profit du reboisement.

Masiwa – Comment choisissez-vous les arbres à replanter dans l’écosystème en réhabilitation ?

Hugh Doulton – Nous avons une équipe technique qui prend le soin d’effectuer une sélection. Il s’agit d’une approche visuelle d’une sélection participative des arbres. Cela se fait au sein d’un groupement agricole lors d’une série d’ateliers. Les objectifs dans ces derniers sont divers : il y a la préparation de la campagne de reboisement, de l’identification des besoins en arbre, de semer et d’élever les pépinières. Il s’agit en d’autres termes d’encourager les échanges de savoir et de conscientisation dans la valeur de la diversité des arbres. Et de leurs multiples fonctions dans l’espace reboisé.

Cette approche de sélection des arbres permet également d’impliquer en amont les agriculteurs, dans le choix des espèces à replanter. Cela renforce d’avantage et facilite l’appropriation par ceux-ci des arbres après la plantation.

Après la sélection des arbres, la production des plants est confiée au comité de gestion de l’eau et à des pépiniéristes privées.  Toujours de concert avec Dahari, un accompagnement technique est assuré pour une production de qualité des plants, mais aussi, pour renforcer les capacités dans un apprentissage de techniques de multiplication des plants fruitiers, forestiers et à croissance rapide.

 Masiwa – Y a-t-il un suivi- de vos actions de reboisement ?

Hugh Doulton – Pour suivre et évaluer nos actions de reboisement, nous le faisons de concert toujours avec le comité, en suivant une approche méthodologique. Il s’agit d’un suivi/évaluation numérique grâce à des logiciels dédiés. Dans cette approche, les données de reboisement sont collectées par les techniciens en présence des agriculteurs. Nous travaillons à partir de tablettes et de smartphones. Les données de la collecte sont acheminées directement dans une base de données en ligne.  Ensuite, elles sont directement contrôlées par notre responsable du suivi et de l’évaluation.

D’une part, le suivi se fait dans un échantillonnage des arbres plantés dans l’espace sélectionné, qui peut être une parcelle ou une zone forestière. Nous le faisons deux fois par an et par plantation, une année après. D’autre part, l’évaluation quant à elle, s’effectue durant toute l’année dans la parcelle et dans la zone définie par la cartographie. Cet échantillonnage sera constitué d’une sélection aléatoire de 20 % des planteurs et défini en fonction du nombre total de planteurs sélectionnés.

Nous effectuons également un suivi cartographique des parcelles et des zones reboisées. C’est une mise à disposition d’un outil pour géolocaliser toutes celles reboisées et évaluer la superficie de chacune d’elles.

À la fin de chaque campagne de reboisement, nous procédons à des restitutions de résultats. Nous le faisons dans chaque village bénéficiaire. Cela nous permet d’évaluer l’aspect positif à retenir et négatif à améliorer pour l’activité.

Cette approche participative dans son ensemble, assure la pérennisation des arbres. Car c’est facile de planter des arbres, mais le plus difficile est de s’assurer qu’ils grandissent.

Masiwa – Dahari est-elle la seule ONG qui opère dans ce domaine du reboisement aux Comores ?

Hugh Doulton – Dans nos actions de reboisement, nous collaborons étroitement avec le Centre Mondial pour l’agroforesterie (ICRAF). Ce dernier, parmi tant d’autres, est pour nous un partenaire technique. Depuis Nairobi où il siège, le Centre dispose d’une approche de contribution au développement et au renforcement des capacités de nos techniciens. Les actions sont financées par l’Initiative Darwin du gouvernement britannique et par le Critical Ecosystem Partnership Fund (CEPF).

Depuis 2017, un projet nommé FYDAFE est porté par l’ONG Initiative Développement. Nous avons un partenariat qui consiste à renforcer la durabilité de la filière de l’huile essentielle de l’Ylang-Ylang. Nous sommes dans ce projet pour développer un programme de reboisement appelé « Mwiri Wangu », ce qui signifie « Mon arbre » en français. Le projet fait bénéficier une partie du nord d’Anjouan, plus précisément dans le village de Jimilime. Nous mobilisons les agriculteurs autour des activités liées à la plantation des arbres.

Masiwa – Quels résultats avez obtenus avec cette activité de reboisement ?

Hugh Doulton – En termes de résultats, plus de 50 000 arbres d’une variété de dix espèces de forestiers, de fruitiers et à croissance rapide ont été plantés dans le bassin versant de Moya et de celui de Jimilimé cette année. Cinquante mille (50 000) boutures de Gliricidia se sont également ajoutées à cette plantation et contribuent à l’aménagement de ces paysages forestiers pour 2020 et 2021.

Nous avons mis en place cinq comités de gestion d’eau autour de cinq villages dans la forêt de Moya. Ces comités sont en mesure aujourd’hui de produire des arbres pour le reboisement de la forêt.

Nous comptabilisons une augmentation du taux de survie dans la pépinière de 69 % à 90 % depuis 2016. Un taux de survie de 72 % pour un échantillonnage de 7659 plants suivis dans les parcelles en 2021. C’est un taux très satisfaisant par rapport à qu’on observe au niveau international. Quatre cent cinquante hectares de sous-bassins des versants sont en cours d’aménagement. Tout cela s’est fait à partir des actions de reboisement et d’embocagement que nous effectuons dans ce paysage forestier de Moya. Des outils de sélections participatifs des arbres sont mis à disposition. D’autres outils numériques pour la collecte des données en ligne le sont aussi. Ils permettent d’avoir les données en temps réel et de pouvoir les analyser facilement.  Un premier guide technique d’agroforesterie pour la sélection et la gestion des arbres aux Comores est produit. Vingt techniciens de différentes institutions d’Anjouan sont formés pour son utilisation. Un guide de suivi-évaluation des actions de reboisement est produit également.

En un mot, nous avons mis en place un système participatif pour reboiser d’une manière pérenne la forêt de Moya et nous espérons étendre sur d’autres zones clés, qui incluent les trois îles, en collaboration avec divers partenaires.

DAHARI, une ONG pour l’environnement et le développement durable

Dahari se traduit en français par « durable ». C’est le nom d’une organisation non gouvernementale (ONG) comorienne créée en 2013, à la suite d’une projection pour le Projet Engagement Communautaire pour le Développement Durable (ECDD) en 2008. La recherche écologique, la conservation de la biodiversité et l’usage raisonné des ressources forment le socle de l’ONG, devenue l’une des structures les plus actives pour la promotion et la gestion des ressources naturelles terrestres et marines et de l’agroécologie aux Comores.

Implantée à Anjouan depuis sa création, elle est arrivée à Ngazidja depuis janvier 2019. L’ONG Dahari a construit dans divers espaces de Ndzouwani, une relation pérenne entre l’homme et la nature. Il y va du développement rural, dont les enjeux sont l’agriculture et l’élevage, passant à l’agroforesterie jusqu’à la gestion des ressources naturelles terrestres et marines (halieutiques) dans l’objectif de conservation de la biodiversité. Dahari accorde un soutien à la recherche écologique et un accompagnement dans l’écotourisme. L’ONG est dirigée par Misbahou Mohamed et Hugh Doulton, cofondateurs et codirecteurs. Ils sont à la tête d’une soixantaine d’employés. Pour un budget annuel de 810 000 euros depuis 2020 dans le but de mener à bien ses nobles missions constituant une des meilleures réponses au contexte national et international actuel par rapport aux Objectifs du développement durable.

 

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