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lundi 26 octobre 2026 | Édition n° 601 | Moroni, Union des Comores
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CRC contre CRC. Les aveux des silences

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Le jugement de Mahamoud Salim Hafi, membre fondateur de la Convention pour le Renouveau des Comores (CRC), qui a accusé les instances dirigeantes de son parti de corruption et de blanchiment d’argent n’a pas permis de faire la lumière sur cette affaire. Il a préféré garder le silence.

Par MiB

Y a-t-il une stratégie du parti CRC, en très haut lieu d’imposer une chape de silence à tous ses membres sur l’affaire de corruption et de blanchiment d’argent entre 2023 et 2025, dénoncée par l’ancien ministre, membre fondateur du parti, Mahamoud Salim Hafi, dans l’émission « Face à Face » de FCBK FM le 17 septembre 2026 ?

Ce jeudi 22 octobre, au Palais de Justice de Moroni, Mahamoud Salim Hafi devait confronter ses preuves à celles des dirigeants de son parti, à savoir le Secrétaire national, Youssouf Mohamed dit Belou et celle qui est chargée des Finances du parti, Najda Said Abdallah.

Pas de réponses

Les deux dirigeants mis en cause avaient porté plainte pour diffamation. Le 22 septembre dernier, Mahamoud Salim Hafi a comparu et, par l’intermédiaire de son avocat, Me Kaambi Mze, avait demandé et obtenu un renvoi pour mieux préparer sa défense.

Le public s’attendait donc à ce que l’ancien ministre revienne avec les preuves qu’il avait exhibées durant l’émission politique avec Oubeidi Mchangama. Or, il est venu au tribunal avec comme seule arme le silence. Il n’a pas apporté les relevés de compte qu’il prétendait détenir. Il a affirmé assumer les accusations qu’il a portées contre les dirigeants de son parti, mais à presque toutes les questions posées par la partie civile, il a répondu par un « Je n’ai pas de réponse ». Mahamoud Salim Hafi est même allé jusqu’à demander à ceux qu’il accuse d’apporter eux-mêmes les preuves de leur culpabilité, comme s’est moqué l’un des avocats de la partie civile, Me Idrisse Mze Mouigni, à la sortie du tribunal. Quant au nouvel avocat de Mahamoud Salim Hafi, il s’est refusé à tout commentaire à l’issue du procès, comme son client qui, cette fois, ne s’est pas attardé devant le Palais de Justice.

Ceux qui s’attendaient donc à un déballage dans cette guerre « CRC contre CRC » n’ont eu que le silence, qui préserve donc les intérêts des cadres du parti, qui pourraient donc se retrouver devant un juge sans complaisance, si un jour ils perdent le pouvoir.

Au silence de l’accusateur répondait l’absence des accusés. En effet, comme lors de la première comparution, Youssouf Mohamed dit Belou et Najda Saïd Abdallah n’ont pas daigné se présenter devant le Tribunal et ni l’avocat de la défense, ni le juge, ni le Procureur n’ont eu besoin ni de les convoquer pendant l’enquête ni de les entendre pendant le jugement. Ainsi va la justice comorienne. D’ailleurs, depuis six semaines que cette affaire a été révélée, les deux dirigeants du parti qui ont été mis en cause n’ont fait aucun commentaire public, comme s’il se soumettait à une consigne venue de plus haut ou de celui qui tient véritablement le parti, c’est-à-dire Nour el Fath Azali, fils du Président d’honneur.

Absence des plaignants

Et, ce qui est surprenant, c’est qu’à la sortie du Tribunal, Me Idrisse Mze Mouigni a encore une fois justifié l’absence de ses clients au procès, leur silence stratégique, par le fait qu’ils étaient représentés devant le juge, non pas par lui-même, mais par le Procureur. Ils n’avaient donc pas besoin de se rendre au Palais de Justice. Curieuse conception de la Justice pour un avocat qui est censé avoir une certaine expérience du fonctionnement de la Justice. Pour lui, toute personne qui porte plainte n’a pas besoin de se rendre au Tribunal, car elle est déjà représentée par le ministère public. À se demander pourquoi celui qui porte plainte a besoin de payer un avocat.

Le silence semble également avoir paralysé tous les cadres de la CRC, aucun d’eux n’ose commenter l’affaire depuis plus d’un mois, et c’est incompréhensible de la part d’un parti qui a la quasi-totalité des députés à l’Assemblée et la quasi-totalité des maires, qui occupe tous les postes au gouvernement et dont le véritable chef, Nour El Fath Azali a une armée de communicants qui font, en permanence, des vidéos à sa gloire. Aucun ne parle de l’affaire, aucun ne nie ni n’explique que Mahamoud Salim Hafi ment, ce qui est déjà une forme d’aveu.

Le seul cadre de la CRC qui parle, Hamadi Abdou dit Mrimdu, un membre fondateur, proche de Hamada Madi dit Boléro, demandait avant le 22 octobre le retrait de la plainte pour éviter le déballage qui pourrait précipiter le parti dans un précipice. Même si la plainte n’a pas été retirée, il semble que le silence adopté des deux côtés se conforme à cette idée : ne surtout pas se mettre à laver le linge sale du parti dans un tribunal.

Le procès est mis en délibéré pour le 26 novembre, soit dans un mois. Il est bien entendu que l’une ou l’autre partie pourra faire appel de la décision. Cela, c’est si le parti n’a pas pu trouver une certaine entente en interne, une entente qui peut facilement être imposée à la justice dans les conditions que nous connaissons actuellement, y compris l’acceptation d’une légère peine pour Mahamoud Salim Hafi, contre une cure de silence déjà entamée avec cette audience du 22 octobre.

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