Les chiffres sont alarmants. Ils traduisent une réalité que chaque famille de Ngazidja semble désormais connaître de près : le paludisme est de retour avec une intensité inquiétante. Si rien n’est fait pour inverser rapidement la tendance, l’année 2026 pourrait devenir l’une des plus préoccupantes de ces dernières années dans la lutte contre cette maladie pourtant évitable et curable.
Par AP
Au cours du premier trimestre de l’année 2026 (janvier, février et mars), plus de 20 500 cas de paludisme ont été enregistrés dans l’Union des Comores. Parmi eux, 20 144 cas concernent Ngazidja, soit 98 % de l’ensemble des cas recensés dans le pays. Dans le même temps, 186 cas ont été signalés à Ndzuwani (0,9 %) et 213 cas à Mwali (1,1 %). Plus préoccupant. Plusieurs de ces cas recensés à Mwali et à Ndzuwani sont des cas importés, provenant soit de Ngazidja, soit de l’étranger.

Ces statistiques montrent clairement que le principal foyer de transmission se trouve aujourd’hui à Ngazidja. Si le rythme observé durant les trois premiers mois de l’année se poursuit, le pays pourrait enregistrer plusieurs dizaines de milliers de nouveaux cas avant la fin de 2026, avec des conséquences sanitaires, sociales et économiques considérables.
Une maladie qui n’épargne plus personne
Autrefois davantage associé aux jeunes enfants ou aux populations vivant dans certaines localités, le paludisme touche aujourd’hui toutes les catégories de la population. Hommes, femmes, enfants, personnes âgées, fonctionnaires, agriculteurs, commerçants, étudiants : personne n’est véritablement à l’abri.
Dans de nombreuses familles, plusieurs membres tombent malades à quelques jours d’intervalle. Les centres de santé voient affluer quotidiennement des patients souffrant de fortes fièvres, de maux de tête, de douleurs musculaires et d’une fatigue intense, symptômes caractéristiques du paludisme.
Au-delà de la souffrance humaine, cette situation affecte directement l’économie. Les absences répétées au travail, les interruptions de la scolarité, les dépenses liées aux soins et la baisse de la productivité pèsent lourdement sur les ménages et sur le développement du pays.
Pourquoi une telle recrudescence à Ngazidja ?
Lors d’une réunion organisée au Gouvernorat de Ngazidja à Mrodjou, dans le cadre du lancement de la campagne de distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (MILDs), plusieurs facteurs expliquant cette flambée ont été identifiés.
Le premier constat est préoccupant : de nombreux ménages ne dorment toujours pas sous les moustiquaires, même lorsqu’ils en possèdent. Certaines sont laissées dans leurs emballages, d’autres sont utilisées à d’autres fins dans des champs de plantations agricoles.
Le second facteur est encore plus inquiétant : certaines personnes refusent de prendre les médicaments distribués gratuitement dans le cadre des stratégies nationales de lutte contre le paludisme. Ce refus repose parfois sur des rumeurs ou la peur d’effets secondaires.
Pourtant, ces médicaments sont recommandés par les autorités sanitaires et constituent un outil essentiel pour réduire la transmission de la maladie. Refuser un traitement ne met pas seulement en danger la personne concernée ; cela favorise également la circulation du parasite au sein de la communauté.
Le paludisme n’est pas une simple fièvre passagère. Lorsqu’il n’est pas traité rapidement ou correctement, il peut évoluer vers des formes graves pouvant entraîner une anémie sévère, des complications neurologiques, des atteintes des organes vitaux, voire le décès.
Chez les enfants de moins de cinq ans et chez les femmes enceintes, les risques sont particulièrement élevés. Le paludisme peut provoquer des fausses couches, des accouchements prématurés, un faible poids à la naissance ou des complications mettant en danger la vie de la mère et de l’enfant.
Les spécialistes rappellent également qu’il est indispensable de respecter la totalité du traitement, même lorsque les symptômes disparaissent après quelques jours. Arrêter prématurément le traitement peut favoriser la persistance du parasite dans l’organisme et augmenter les risques de rechute.
Les moustiquaires : une protection simple, mais efficace
Face à cette situation préoccupante, les autorités sanitaires renforcent leurs actions de prévention. Une vaste campagne de distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action est actuellement déployée.
Cette campagne couvre neuf zones de Ngazidja, trois zones de Mwali ainsi que Pomoni, à Anjouan.
Les moustiquaires imprégnées restent aujourd’hui l’un des moyens les plus efficaces pour prévenir le paludisme. Elles constituent une barrière physique contre les moustiques tout en les éliminant grâce à l’insecticide dont elles sont imprégnées.
Dormir sous une moustiquaire n’est pas seulement une précaution pour les enfants ; toute la famille doit adopter cette habitude, car chacun peut être infecté.
Une mobilisation des autorités locales
La réunion organisée à Mrodjou a rassemblé le Gouverneur de Ngazidja, les préfets, les maires des différentes communes de l’île ainsi que les responsables du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP).
Tous les participants ont exprimé leur profonde préoccupation face à l’évolution de la situation épidémiologique. Ils ont reconnu que la lutte contre le paludisme ne peut pas reposer uniquement sur les professionnels de santé.
Les collectivités locales ont un rôle majeur à jouer dans la sensibilisation des populations, l’accompagnement des campagnes de distribution et le suivi de l’utilisation effective des moustiquaires.
Les maires et les préfets se sont engagés à soutenir activement cette campagne afin qu’elle atteigne chaque village et chaque ménage.
Parmi les propositions formulées au cours des échanges figure l’implication effective des polices municipales.
Leur proximité avec les populations pourrait faciliter les actions de sensibilisation, rappeler les bonnes pratiques sanitaires et accompagner les campagnes communautaires menées par les agents de santé.
Cette approche renforcerait la collaboration entre les autorités administratives, les collectivités locales et les communautés, condition indispensable pour obtenir des résultats durables.
Une responsabilité collective
Les autorités ont rappelé que la lutte contre le paludisme ne peut réussir sans l’engagement de chacun, que la distribution gratuite de moustiquaires et de médicaments, les traitements et les campagnes de sensibilisation ne suffisent pas, la protection dépend avant tout des comportements quotidiens des citoyens.
L’expérience de Mwali et Ndzuwani montre que ces gestes simples permettent de réduire considérablement le nombre de cas.
Les chiffres du premier trimestre 2026 doivent être considérés comme un signal d’alarme. Avec 98 % des cas enregistrés à Ngazidja, l’île se trouve au cœur d’une urgence sanitaire qui exige une réaction rapide et coordonnée.
La campagne de distribution des moustiquaires représente une occasion importante de renforcer la protection des populations. Toutefois, son succès dépendra de leur utilisation effective et de l’adhésion des habitants aux traitements proposés.














