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Ramadan, La spéculation des marchands et la frénésie de la consommation

Dans la pratique de la foi musulmane, le Ramadan est un temps d’arrêt, de répit, de retrouvailles, d’introspection et surtout un moment d’intense spiritualité qui n’a pas son pareil dans la vie courante de nos compatriotes et qui confirme l’éternelle permanence spirituelle de l’islam dans ce pays. Par Hachim Mohamed

En Union des Comores comme sous d’autres cieux, malheureusement la flambée des prix alimentaires, comme le pouvoir d’achat des ménages, est devenue un thème récurrent des discours quand le mois de Ramadan pointe le bout de son nez.

Portés par l’exigence d’un bon iftar, repas du soir, les ménages semblent pris d’une frénésie d’achats et de consommation et les marchands ont envie de luxe et de confort quatre étoiles via les recettes venant de leurs dépenses.

L’indice du prix à la consommation

« Tu sais au pays ce qui se passe est terrible ! On ne trouve rien au marché quand on est à deux ou trois jours du Ramadan. Les marchands retirent des étals ces denrées prisées comme les tubercules, les légumes, les céréales. On ne revoit ces produits en quantité que lorsque le jeûne a commencé. Et à quel prix ? » Un ancien de la douane se laisse aller en réflexions sous couvert d’anonymat.

L’indice des prix à la consommation permet en cette période de la fringale de dépenses de déterminer un ensemble constant de biens et de services que consomme une grande partie de la population.

« Vous savez qu’avec la frénésie spéculative qui s’empare de l’économie, il y a un écart trop important qui existe entre les prix pratiqués en cette période et le niveau du pouvoir d’achat des consommateurs. Pour un ménage de deux ou trois enfants, il faut un budget de 250000 FC à 300000 FC pour joindre les deux bouts », poursuit le douanier avant de donner d’autres détails consternants.

« Le covid-19 a mis sur les carreaux pas mal de nos compatriotes qui ont perdu leur emploi. Et les personnes qui sont mis au chômage technique perçoivent 40% de leur salaire. Vous vous rendez compte ! Pour 40000 FC de salaire, il faut dépenser au marché au bas mot 5000 FC par jour pour se taper un bon iftar. »

En cette période de crise sanitaire, force est de constater que la médaille a son revers : pendant que les prix poursuivaient leur folle envolée, l’indice de solvabilité des ménages n’a cessé de se dégrader.

« Le chômage ne cesse d’augmenter et une paupérisation accélérée affecte la plupart des couches sociales. Au point qu’il y a des ménages dans lesquels les habitudes d’achat et de consommation ne changent pas pendant le mois béni. Ne pouvant se payer le luxe de mets prisés pendant la rupture du jeune, ces compatriotes continuent à manger du riz et de la sauce quand ils ont fini de rompre le jeune avec le thé », a dévoilé l’ancien douanier.

Pas de mdezo cette année

S’agissant de la manière de faire face à cette situation où des ménages pour différentes raisons, n’accèdent pas aux droits et services auxquels ils peuvent prétendre de la part du gouvernement, le moral de nos compatriotes est tellement dans les chaussettes que cette année covid-19 oblige il n’y pas eu de mdezo qui est un moment précédant le mois béni où les Comoriens ont coutume de se détendre entre amis ou en famille, principalement lors de barbecues souvent en bord de mer.

En tout état de cause, autant la solvabilité des ménages est l’un des facteurs clés du maintien du marché, autant la prise en compte du comportement de consommation de la population, de ses habitudes alimentaires et de ses modes d’approvisionnement est un autre élément clé.

Mais toujours est-il que chaque salarié n’a droit au marché qu’à un prix raisonnable, en fonction de son statut social.

Le laxisme des autorités

« Chez moi, j’ai deux enfants, un neveu et ma belle-sœur. Un ménage de six personnes. Je dépense au minimum 75000 FC par jour. Vous savez la vie est tellement chère que 50000 FC sont déjà sortis de ma poche quand j’ai acheté un carton de cuisse de poulet, un sac de sucre, un carton d’huiles et un sac de farine. Pour gérer tout le mois, il me faut boucler un budget de 300000 FC », explique un autre fonctionnaire de l’État, Ismael Hassane.

Si l’inquiétude de la population ne cesse d’augmenter, c’est lié au fait que l’Union des Comores n’est pas un pays où en matière de commerce le niveau de vie des habitants est suffisant pour que les produits proposés puissent être achetés.

L’un des indices le plus inquiétant est sans nul doute le laxisme réglementaire des autorités qui se traduit par le non-contrôle des activités commerciales et l’absence de lutte contre la spéculation sur certains produits très prisés pour la rupture du jeûne.

« Face à toute hausse du prix de denrée de base, les préfectures, les mairies, la police et la gendarmerie se doivent d’intervenir dans la grille de vente en la ramenant à un niveau de pouvoir d’achat de la plupart de la population de façon à lui permettre de faire ses emplettes durant le mois béni.

La Sonelec doit aussi régler le problème de l’électricité dans les villages où les gens ne peuvent stocker les produits dans les frigos faute de courant », a regretté au micro de RTMC & ACMC Radio le 5 avril 2021 Ahamada de Duniani-Mbude.

Encore une fois, au pays, la frénésie spéculative et la fringale des achats et de consommation restent un sujet qui revient toujours dans l’actualité tous les ans et une fois le Ramadan terminé, on n’en parle plus.

 

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