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Saïd Ahmed Saïd Abdillah : « Azali n’a apporté que malheurs et misères »

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Le gouvernement du colonel Azali est-il encore en fonctionnement ? La question est légitime au vu des désertions enregistrées ces derniers mois et de l’incapacité du chef de l’État à mettre en place un nouveau gouvernement.

Depuis plus de 5 mois deux ministres essentiels du gouvernement (Moustadroine Abdou, Abdallah Saïd Sarouma), qui ont été tous les deux Vice-Présidents, et une secrétaire d’État (Chamina Mohamed) ont tous les trois démissionné pour rejoindre le parlement godillot du colonel Azali.

Moustadroine Abdou dit le “Miraculé” depuis le jour où il est passé au travers de 17 balles qui ont criblé sa voiture (version du gouvernement), malgré son incompétence notoire était le « ministre premier » (une sorte de Premier ministre qui ne dit pas son nom). Il était chargé de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Environnement. C’est dire son importance dans un pays où 70 à 80% des habitants sont des agriculteurs.

Abdallah Saïd Sarouma (deuxième ministre au niveau protocolaire) était chargé de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme, des Affaires foncières et des Transports maritimes. L’importance de ces quatre secteurs aux Comores n’est pas à démontrer. D’ailleurs l’État comorien a demandé récemment l’aide de la Banque mondiale dans le domaine de l’Aménagement du territoire et de l’Urbanisme et des experts ont été envoyés en mars dernier pour étudier la situation sur place, des moyens financiers ont été débloqués.

La Secrétaire d’État occupe un poste tout aussi essentiel puisqu’auprès du ministre de l’Économie, elle s’occupait du Tourisme et de l’Artisanat, un secteur qui subit actuellement les conséquences de la crise de la covid19 au niveau international.

Malgré l’importance de ces postes ministériels, ces deux ministres et la secrétaire d’État n’ont toujours pas été remplacés alors que le 18 juin dernier ils étaient bien présents à l’Assemblée nationale pour la séance inaugurale et que même le ministre premier est devenu le Président de cette Assemblée.

Il faut ajouter à cela que depuis la semaine dernière, les Comores n’ont plus de ministre des Affaires étrangères après la démission “spectaculaire” de Souef Elamine qui a déjà rejoint sa famille à Paris.

Pourquoi ce blocage ? Pourquoi le chef de l’État, le colonel Azali Assoumani ne parvient toujours pas à faire un nouveau gouvernement ? C’est une question qui reste sans réponse, mais il est possible d’émettre des hypothèses.

Il y avait à l’origine une volonté de changer de gouvernement après les législatives et les municipale et une volonté de se débarrasser de l’encombrant ministre de l’Intérieur, Mohamed Daoudou dit Kiki dont les méthodes ont révélé le caractère dictatorial du régime en place. Un récent rapport de l’ONU a pointé du doigt l’usage disproportionné de la force pour empêcher des manifestations de l’opposition, dont les leaders ont pratiquement tous fui le pays quand ils ne sont pas en prison ou en résidence surveillée. Ce rapport a également indiqué que de nombreux Comoriens ont été torturés lors d’interrogatoires dans les gendarmeries et même dans une prison au sein même du ministère de l’Intérieur, une prison qui n’a bien sûr aucune existence légale. La nouvelle communication de la présidence a, entre autres, pour mission de cacher tout cela, de jeter un voile blanc sur des pratiques qui ne peuvent pas disparaître vu le caractère du régime.

Le ministre de l’Intérieur est également perçu comme un obstacle par le chef de l’État et son parti, la CRC, mais aussi par certains caciques du gouvernement. Cette inimitié envers Mohamed Daoud a été renforcée par le fait qu’il est le seul au sein de la Mouvance présidentielle, suivi par les dirigeants du FNJ, à refuser constamment une fusion de tous les partis au sein de la CRC. Non seulement il a le courage de s’opposer au suicide de son parti, Orange, mais il est allé aux élections législatives et municipales avec ses propres candidats qui ont eu de relatifs bons résultats, notamment en arrachant la mairie de la capitale, Moroni et celle de Mutsamudu, chef-lieu d’Anjouan.

Avant même ces élections, Mohamed Daoud, autrefois si bavard était devenu soudainement silencieux. Il a été prié de ne plus parler. Sans doute le résultat de la nouvelle politique de communication venant de Beit-Salam. Il faut absolument éviter les gaffes qui ont été commises lors de l’annonce de certains pseudo complots qui ont permis d’enfermer des opposants.

Certains diront que le chef de l’État n’a tout simplement pas envie de faire un nouveau gouvernement, qu’il se plait dans cette situation avec l’absence de trois grands ministres et une Secrétaire d’État. Il faudrait alors admettre que ce même chef d’État nous dit qu’il n’a pas besoin de ministres, qu’il peut tout faire seul, avec l’aide de ses proches. Mais, c’est presque une reconnaissance du caractère dictatorial du régime.

MiB

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