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Journée Maoré. Interview Saïd Ahmed Saïd Mohamed Guigui (extrait) « Il faut qu’on forme les militants de demain »

15 novembre 2021
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Journée Maoré. Interview Saïd Ahmed Saïd Mohamed Guigui (extrait)  « Il faut qu’on forme les militants de demain »
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Le 12 novembre, c’est la journée Maoré aux Comores. Une journée fériée qui marque l’entrée officielle des quatre îles de l’archipel au sein de l’ONU, en 1975, en tant qu’État dont les frontières sont ainsi garanties par la communauté internationale.  Par Propos recueillis par Ben Amir Saadi pour 00269 – Le média des Comoriens du monde

C’est également une journée de revendications et de réflexions sur la situation de l’île de Mayotte dont la communauté internationale reconnaît l’appartenance aux Comores, mais que la France a inscrite dans sa Constitution comme étant un territoire français qui ne peut être cédé qu’avec la volonté de ses habitants.

Saïd Ahmed Saïd Mohamed dit Guigui, l’un des fils de Saïd Mohamed Djaffar qui prononça le discours du 12 novembre 1975 devant l’Assemblée Générale de l’ONU, nous apporte dans cette interview quelques éclaircissements sur l’état du combat pour l’unité et l’intégrité dont il est un des porte-drapeaux depuis de nombreuses années.

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Ben Amir Saadi – Aujourd’hui, on commémore le 12 novembre 1975, une date très importante pour les Comores, et pourtant très peu fêtée par les Comoriens, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette date exactement ?

Saïd Ahmed Saïd Mohamed – Le 12 novembre 1975, c’est la date où les Comores ont officiellement déclaré aux yeux du monde qu’ils étaient une nation formée de quatre îles, notamment à la tribune des Nations Unies. Cette date-là comme beaucoup de dates de l’histoire comorienne n’est jamais commémorée à hauteur de ce qu’elle devrait être. Je pense qu’il y va de la conscience politique des Comoriens (…) On dirait qu’avec le temps, ces événements perdent de leur acuité. Ainsi, il en va de la question du référendum (NDLR : Consultation) lui-même. À 95%, dire que les Comores ont voté pour être indépendantes. On s’est laissé prendre le dessus par la France qui a relu l’histoire à sa manière et aujourd’hui une frange de la population comorienne accepte cette révision.

Ben Amir Saadi – Votre père, son excellence feu Saïd Mohamed Djaffar, le deuxième président de l’Union des Comores est moins connu que d’autres présidents de son époque alors qu’il a joué un rôle très important dans l’accession à l’indépendance. Qui était Monsieur Saïd Mohamed Djaffar ?

Saïd Ahmed Saïd Mohamed – Saïd Mohamed Djaffar était un féodal éclairé puisqu’il est issu de la famille des sultans et pourtant très tôt dans ses engagements, il a pris des positions politiques. Il s’est engagé même avec la gauche française. C’était un ami de Mitterrand avant même qu’il ne soit président. Il s’est engagé aussi dans des mouvements politiques comoriens comme le RDPC (Rassemblement démocratique du Peuple comorien) qui se situait sur la gauche de la scène politique comorienne. Après il est devenu sénateur, et il a continué la politique, mais l’image que j’ai de lui c’est cette image de quelqu’un d’engagé pour l’unité nationale, pour la souveraineté du pays. Il s’est retiré de la politique parce que ses amis avaient tendance à lâcher prise, il a préféré se retirer que de lâcher prise.

Ben Amir Saadi – C’est lui qui a tenu ce discours fort qui parle de l’intégrité, de l’unité nationale et de ces paroles non tenues par la France…

Saïd Ahmed Saïd Mohamed – C’est lui, mais, et là je vais faire appel à son humilité, il ne se trouvait pas seul à porter cette parole. Il représentait à ce moment-là un mouvement qui aux Comores résistait contre les tentatives de la France de diviser le pays. On se rappelle qu’Ahmed Abdallah quand il a été déchu c’est parce qu’il n’était pas en accord avec la politique française puisqu’il a fait la Déclaration unilatérale d’indépendance et qu’à cette époque-là il y avait de fortes tensions entre la France et les Comores. Mais, lui, il était porté à la fois par les mouvements intérieurs qui voulaient l’indépendance dans l’intégrité territoriale et le soutien des forces internationales, des pays, des mouvements, non-alignés, pays africains, l’OUA et tous les autres. C’était peut-être, pour lui, l’histoire qui l’a mis là. Il a été porté là par l’histoire et il a assumé ce rôle que lui a donné l’histoire.

Ben Amir Saadi – Pensez-vous que le combat est déjà perdu ou n’est pas encore livré ?

Saïd Ahmed Saïd Mohamed – Je dirais qu’on a perdu des batailles comme disait de Gaulle, mais on n’a pas perdu la guerre. Il faut qu’on forme les militants de demain. Il y a des choses qu’on a pu acquérir quand même, ne serait-ce que cette notion que la France nous a volé notre intégrité territoriale, que ce que fait la France aux Comores, c’est un crime, que les morts du visa Balladur, c’est un crime, que diviser un pays alors qu’elle, elle se bat pour son intégrité c’est un crime de la part de la France. Mais, si ces batailles n’avaient pas été livrées peut-être qu’on ne le comprendrait pas aujourd’hui.

Ben Amir Saadi – À l’heure où Mayotte est devenue le 101e département français, avez-vous encore un espoir d’un retour de l’île au Lagon au sein de l’Union des Comores ?

Saïd Ahmed Saïd Mohamed – Certes, mais en même temps, Mayotte ne reviendra pas sans coup férir dans l’Union des Comores puisque ce que veut la France, ce qu’a toujours voulu la France c’est rendre impossible ce retour. Mais, on a vu avec d’autres pays, d’autres peuples que la persévérance a fait que la justice triomphe de la violence, parce que notre combat est juste, on triomphera du combat perdu d’avance par la France de vouloir désintégrer les Comores. Parce que, quoiqu’elle puisse faire, la France ne pourra jamais sortir Mayotte de l’ensemble comorien et transplanter l’île en France. Donc, ce n’est pas un combat perdu. Il faut qu’on trouve les voies et je pense qu’il y a des possibilités et il faudra les exploiter pour l’unité nationale et pour le retour de Mayotte.

en Amir Saadi – Ne pensez-vous pas que les gouvernants comoriens ont tout autant la responsabilité de la situation actuelle ?

Saïd Ahmed Saïd Mohamed – C’est une évidence. Sans avoir de suppôts intérieurs, la France n’aurait pas toutes ces facilités à diviser le pays, à s’accaparer directement d’une partie de la nation comorienne et indirectement de l’autre partie. Oui, il y va de la faiblesse de nos dirigeants.

Il y en a qui ont baissé les bras depuis longtemps en attendant que les dirigeants fassent des choses à leur place… Je ne pense pas que ce soit un rejet de Mayotte, mais c’est plus un découragement et à ceux-là il faut redonner espoir et force pour qu’ils reprennent le combat pour l’unité nationale, en sachant que les Comoriens sont dans les quatre îles.

 

 

 

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