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L’Eïd-el-fitr. Les Comoriens dans le monde

À l’occasion de l’Aïd el fitr, Masiwa se fait le porte-voix des Comoriens à travers le monde. De l’Océan Indien, d’Europe ou encore des États-Unis, laissez-leur vous raconter leur ramadan d’hier et d’aujourd’hui. Propos recueillis par Nawal Msaïdié

 

Saoudat Ali, Chartres                                                                                                  

« Dans mes plus beaux souvenirs, le jour de l’aïd chez moi à Moroni, c’est la préparation des gâteaux (surtout les pizzas et cakes de maman Saoudat), la décoration refaite à la maison, passer une nuit blanche la veille pour tout préparer, les nouveaux habits, la plus belle coiffure.

En ayant mon foyer, j’ai maintenu certaines de ces traditions : changer la décoration de chez moi, faire les gâteaux afin d’avoir une table garnie, acheter de nouveaux habits, changer de coiffure. J’ai rajouté quelques habitudes comme prendre le temps de faire du henné afin de marquer l’occasion, prévoir des cadeaux pour ma famille et mes proches surtout les enfants afin de leur donner le meilleur des souvenirs pour cette journée festive.

On va à la mosquée le matin, ensuite on enchaîne avec un bon petit déjeuner sous la forme d’un brunch bien copieux, et on finit avec l’ouverture des cadeaux.

Le plaisir de voir leurs yeux briller à l’ouverture des cadeaux, il n’y a rien de mieux ».

 

Toihir Ngazi, Pamandzi                                                                                                             

« À Mayotte, à cause de la Covid19, cette année encore, nous allons recevoir famille et amis sur la terrasse en petit nombre. De même, quand nous avions l’habitude de faire le tour de plus de 20 maisons, cette année, ce sera certainement 2 fois moins.

Les places dans les mosquées seront très chères, car limitées en nombre. Le stade de Labattoir en Petite Terre est retenu pour accueillir le plus grand nombre possible de fidèles dans le respect des gestes barrières. Le kofia au stade, à défaut d’une casquette, ne sera pas de trop contre les insolations, car nous serons en plein soleil à 7h du matin. »

 

Ahmed Abdallah Mgueni, banlieue de Philadelphie                                                            

« Nous vivons depuis sept ans aux États-Unis. Pour nous, la fête a commencé depuis quelques jours puisque ma femme se prépare depuis un moment. Dans notre famille c’est notre grande fête vu que nous ne fêtons pas les autres célébrations comme Noël; du coup on met le paquet sur l’Aïd pour montrer aux enfants que c’est la célébration la plus importante de notre culture. Cela fait une semaine que Madame prépare des pâtisseries traditionnelles (sambusa, badjia et autres), surtout que cette année notre aîné a jeûné le mois entier. Ce matin, nous nous sommes levés, nous sommes allés prier puis nous sommes partis faire des photos. Ensuite, nous sommes allés dans une famille comorienne ; là nous avons mangé des plats traditionnels et échangé. Hors temps Covid, les Comoriens des États-Unis se réunissent quelque part surtout pour que les enfants se voient et apprennent les valeurs de cette fête ».

 

Myriam Zaïdou, Majicavo                                                                                                

« Le jour de l’Aïd reste pour moi un jour particulier marqué par des rituels que j’espère revivre chaque année.

J’ai passé presque toutes les fêtes de l’Aïd à la Réunion. La veille, Maman commençait à faire à manger et se levait aux aurores pour continuer. Pendant que Papa et mon frère se préparaient pour aller à la mosquée, elle préparait des vermicelles pour le petit déjeuner qu’on prendrait tous ensemble à leur retour.

L’odeur des vermicelles grillés, une véritable madeleine de Proust !

Mes parents insistaient, et à juste titre, pour que nous portions nos habits traditionnels ce jour-là. Donc kandu pour les hommes, gauni pour les femmes.

On s’active pour mettre la table, une jolie table recouverte d’une belle nappe typique de Madagascar, avec la belle porcelaine.

Gâteaux traditionnels et contemporains, thé, jus, et surtout… les vermicelles sont posés sur la table. Les hommes rentrent de la mosquée, on s’embrasse chaleureusement, des sourires, des regards pétillants. On est en famille, on est beaux, on est heureux. On s’attable devant un solide et savoureux petit déjeuner et pendant le repas, Papa et mon frère nous racontent le discours de l’Imam lors de la prière.

Une fois terminé, ils partent faire le tour des connaissances pour donner la main de l’aïd pendant que Maman et moi restons à la maison accueillir ceux qui passeront faire la même chose.

À leur retour, il est midi et le traditionnel pilao fera sa grande entrée pour le déjeuner.

Le pilao de ma Maman, ses épices, son odeur qui me ramènent directement vers l’enfance et ses traditions… une deuxième madeleine de Proust ! »

 

Djamal Eldine, Bordeaux                                                                                                              

« Il est 6 heures à Miringoni. On nous réveille, on prend nos savons et brosses à dents, direction la rivière. L’eau est un peu, voire trop froide, mais il faut quand même plonger. D’autres enfants accompagnés d’adultes commencent à pleurer, ils ne veulent pas se baigner ; qu’on les jette à l’eau de force. Après le bain, on retourne à la maison, on se dépêche pour mettre nos boubous, bonnets et nos belles chaussures. D’autres mettent les vêtements que leurs parents ont pris le soin de leur acheter ou qu’ils ont eu la chance de choisir eux-mêmes. On se prépare pour aller à la mosquée. On attend les amis ou on va les chercher pour aller à la mosquée en groupe. Arrivés à la mosquée, on cherche la meilleure place ou la place disponible. Il arrive qu’on prie même sur les bords de la mosquée. On attend impatiemment que l’imam termine, il arrive que certains fassent des blagues pour déclencher les fous rires de la bande, alors, les regards menaçants et les mises en garde commencent. Une fois la prière terminée, on se regroupe et on établit notre plan de visite. D’habitude, on commence par la maison de celui où il y a le plus de gâteaux même si c’est au fond du village. Ensuite, on commence notre tournée, maison par maison jusqu’à ce qu’on ait fini les maisons de chacun d’entre nous. À chaque visite, chacun essaye de manger le plus de gâteaux possible. Les visites terminées, ceux qui étaient en boubous vont vite se changer et mettre leurs plus beaux habits. Pendant ce temps, le reste du groupe attend chez l’un de nous. Une fois reformé, le groupe reprend sa tournée, mais cette fois il n’y a pas de plan, on rentre dans chaque maison qu’on trouve et au final chacun a rendu visite à ses grands-parents, tantes, oncles… en gros chacun a rendu visite à sa famille sous le regard envoûté par les gâteaux, sambusa, jus, boissons, friandises, etc.

Une fois cette grande tournée terminée, souvent on se rendait dans les villages alentour pour aller se balader et si au détour d’une rue quelqu’un avait de la famille, on rentrait leur donner la main de l’Aïd. Vers midi, on se mettait en conciliabule pour savoir où trouver le meilleur plat de midi. Souvent, c’est le jour où on égorgeait le plus beau poulet de la basse-cour pour faire le meilleur des pilao. Ensuite, notre tournée reprenait de plus belle jusqu’à la prière de l’asr. Il arrivait que certains de nos camarades nous faussent compagnie, car ils devaient accompagner leurs parents pour aller rendre visite à la famille située dans les villages lointains. Une fois notre tournée terminée, on se préparait pour participer ou assister aux différentes activités organisées dans le village : les finales de foot par exemple ou simplement aller dans une maison où il y a de la musique pour danser en attendant le soir. Parfois, une kermesse, une pièce théâtre ou un simple concours de danse pouvaient être organisés ».

 

Dini Nassur, Lyon                                                                                                          

« Dans les années 1970, à Simbusa ya Badjini, l’Aïd introduisait une journée de fête dans le village. Une fête pour les enfants qui attendaient beaucoup, surtout des parents, car c’était l’occasion de recevoir de beaux habits. Il fallait que les parents se déplacent jusqu’à Moroni pour les acheter.

Les enfants avaient hâte que l’Aïd arrive non pas pour la prière, mais pour le port de nouveaux habits. Il y avait aussi le festin parce que le matin on découvrait les gâteaux, le cai et beaucoup de choses. Après la prière c’était le grand régal et on passait d’une maison à l’autre pour donner la main de l’Aïd.  La fête aussi c’était pour voir les beaux habits des parents : les dragla, djuba, bushuti.

La fête était également pour les morts, après la prière tout le monde se dirigeait vers le cimetière et on faisait des prières collectives et des chansons religieuses ; on honorait les morts et leur donnait aussi la main de l’Aïd. Après être sorti de la mosquée, chacun devait donner la main à sa famille maternelle, doha nduza mdru, on se rendait chez ses soeurs, sa mère, ses cousines avant d’aller chez la famille de sa femme et enfin, on allait voir sa femme et ses enfants. À la fin, on faisait le tour des maisons du quartier, de la famille élargie et si par hasard on n’allait pas dans telle ou telle famille elle venait vous demander des comptes, car ça n’arrivait qu’une fois par an et il ne fallait pas rater l’occasion. On se rendait aussi dans les villages voisins ; pour nous les enfants, c’était pour montrer comme on était beau et manger des friandises ».

L’Aïd-el-Fitr est l’une des célébrations majeures de notre communauté : moment de partage et de transmission, c’est surtout le moment de créations de souvenirs indélébiles.

Nous remercions tous ceux qui ont partagé ces moments précieux avec nous et qui s’attachent à véhiculer notre culture partout dans le monde.

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