{"id":9808,"date":"2023-10-02T11:19:11","date_gmt":"2023-10-02T08:19:11","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9808"},"modified":"2023-10-02T12:25:09","modified_gmt":"2023-10-02T09:25:09","slug":"le-girofle-une-alternative-de-revenu-a-anjouan-en-mauvaise-posture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/economie\/le-girofle-une-alternative-de-revenu-a-anjouan-en-mauvaise-posture\/","title":{"rendered":"Le girofle, une alternative de revenu \u00e0 Anjouan en mauvaise posture"},"content":{"rendered":"\n<p>Le commerce des clous de girofle permet \u00e0 de nombreuses familles de faire face aux crises \u00e9conomiques. Cette ann\u00e9e la production est moins importante et la crise risque d\u2019\u00eatre ressentie dans l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan qui produit pr\u00e8s de 70% des clous de girofle de l\u2019Union des Comores.<\/p>\n\n\n\n<p>Par Naenmati Ibrahim<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une d\u00e9cennie la r\u00e9colte du girofle atteignait les 2000 \u00e0 3000 tonnes par an selon le Fonds International de D\u00e9veloppement agricole (FIDA) Comores comme source ayant aid\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de ces donn\u00e9es chiffr\u00e9es. Le document dont sont issus ces chiffres date de 2013. Il nous apprend que 70 % de la r\u00e9colte de girofle de l\u2019Union des Comores est produite \u00e0 Anjouan. L\u2019\u00eele de Ndzouani est hiss\u00e9e comme premier producteur de clous de girofle ass\u00e9ch\u00e9s devant Moh\u00e9li qui produit 25% et Ngazidja o\u00f9 la production se limite seulement \u00e0 5%.<br>Le prix varie depuis le d\u00e9but de la d\u00e9cennie 2010-2020, car il d\u00e9pend fortement du march\u00e9 international. Les clous de girofle ass\u00e9ch\u00e9s sont utilis\u00e9s dans le monde cosm\u00e9tique et pharmaceutique. Cette variation des prix influence le comportement du producteur anjouanais, puisque le girofle reste comme une source alternative de revenus pour beaucoup de m\u00e9nages anjouanais. Alors l\u2019instabilit\u00e9 actuelle pousse certains \u00e0 s\u2019adapter tout en cherchant les moyens de fructifier leurs revenus obtenus par les ventes aupr\u00e8s des commer\u00e7ants du quartier et les acheteurs ambulants qui sillonnent l\u2019ensemble de l\u2019\u00eele durant ces p\u00e9riodes de r\u00e9colte.<\/p>\n\n\n\n<p>Des revenus pour les m\u00e9nages anjouanais<br>Durant ces derni\u00e8res ann\u00e9es, le prix de la girofle est bloqu\u00e9 entre 2600 \u00e0 2900 KMF le kilogramme. Et malheureusement les crises \u00e9conomiques n\u2019ont pas \u00e9pargn\u00e9 le pays et surtout l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan o\u00f9 les p\u00e9nuries des produits de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 sont presque semestrielles. Nous comptons la p\u00e9nurie de riz intervenue en 2022 (voir Masiwa n\u00b0427). En 2020, une hausse de 3,5% a \u00e9t\u00e9 constat\u00e9e par la Banque centrale de Comores (BCC) pour l\u2019ensemble de la r\u00e9colte nationale, pourtant la situation reste toujours critique pour les m\u00e9nages anjouanais. L&#8217;ann\u00e9e pass\u00e9e, il y a eu une surproduction. Les producteurs anjouanais \u00e9taient d\u00e9pass\u00e9s. La r\u00e9colte \u00e9tait abondante, mais il \u00e9tait devenu difficile de tout r\u00e9colter. Il fallait trouver de jeunes gens issus d\u2019autres milieux ruraux dispos\u00e9s \u00e0 venir travailler dans les r\u00e9coltes de nombreux m\u00e9nages dans les localit\u00e9s situ\u00e9es dans la cuvette au centre de l\u2019\u00eele et la r\u00e9gion de Shisiwani au nord. La production avait \u00e9t\u00e9 estim\u00e9e en 2022 \u00e0 6500 tonnes de girofle dans le pays, ce qui \u00e9tait vraiment exceptionnel.<br>Durant le r\u00e9gime du colonel Mohamed Bacar, entre 2003 et 2004, les prix avaient atteignait parfois les 5000 KMF le kilogramme de clous de girofle ass\u00e9ch\u00e9. Cette ann\u00e9e, la r\u00e9colte est moins bonne, le prix est de 3500 KMF.<br>L\u2019Anjouanais nostalgique se souvient de cette p\u00e9riode de Mohamed Bacar, car il ignorait les m\u00e9canismes du march\u00e9 o\u00f9 c&#8217;est la loi de l&#8217;offre et de la demande qui justifie le prix. Mais, cette p\u00e9riode a attribu\u00e9 une gloire \u00e0 cet ancien homme de l\u2019\u00eele chass\u00e9 du pouvoir en 2008 par les armes. Les Anjouanais pensaient qu\u2019il fixait lui-m\u00eame les prix !<br>Pour cette ann\u00e9e 2023, les girofliers n&#8217;ont rien donn\u00e9, on ne compte que quelques personnes qui ont eu la chance de r\u00e9colter un peu de ce produit phare qui fait sourire en donnant du bonheur aux familles paysannes anjouanaises.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019entretien des revenus obtenus durant les r\u00e9coltes<br>Les familles anjouanaises d\u00e9pendent aussi en partie de la diaspora install\u00e9e \u00e0 Mayotte, y compris de ceux qui y vivent clandestinement, et qui ont des revenus modestes.<br>La culture des clous de girofle est \u00e9galement un des moyens qui perfusent l\u2019\u00e9conomie des m\u00e9nages. \u00c0 travers la r\u00e9colte de ce produit, un r\u00e9seau financier informel s\u2019est install\u00e9 et permet \u00e0 une grande partie de la population de l\u2019\u00eele de tenir debout. La mutualisation des revenus permet d\u2019avancer un chantier d\u2019une maison pour le mariage d\u2019une fille de la famille, ou de financer un mariage et tout simplement permettre de vivre \u00e0 l\u2019anjouanaise, c\u2019est-\u00e0-dire participer aux c\u00e9r\u00e9monies co\u00fbteuses malgr\u00e9 la pauvret\u00e9 ambiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Une culture de rente ou une source \u00e9conomique<br>Cette culture de rente pousse les m\u00e9nages \u00e0 s\u2019organiser. Tr\u00e8s rentable selon les p\u00e9riodes, elle \u00e9tablit un tissu \u00e9conomique. C&#8217;est durant la saison du girofle que les m\u00e9nages des zones rurales s&#8217;organisent en \u00e9conomisant l&#8217;argent tir\u00e9 de leurs ventes enfin de subvenir aux besoins essentiels pour les mois qui suivent. Le girofle est devenu une v\u00e9ritable source de revenus qui permet aux familles des zones rurales \u00e0 Anjouan de faire face \u00e0 la crise \u00e9conomique qui secoue le pays depuis plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la complicit\u00e9 des autorit\u00e9s.<br>M\u00eame si le prix se d\u00e9termine par la loi du march\u00e9, aux Comores, surtout \u00e0 Anjouan, l\u2019\u00c9tat et les autorit\u00e9s de l\u2019\u00eele se disputent le prix final de l\u2019achat des clous de girofle aupr\u00e8s des cultivateurs. C\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019apr\u00e8s la fixation du prix final par les grands acheteurs mondiaux, les acheteurs locaux, les exportateurs et les autorit\u00e9s fixent un prix final. Il s\u2019agit d\u2019une entente dans laquelle chacun trouve son compte. Le petit acheteur trouve son b\u00e9n\u00e9fice, les gros aussi, les exportateurs \u00e9galement et les autorit\u00e9s r\u00e9coltes des taxes. Dans cette m\u00e9canique administrative et financi\u00e8re, c\u2019est toujours les m\u00e9nages qui sont les perdants. Ils subissent non pas la loi du march\u00e9 international, mais celle de certains commer\u00e7ants qui s\u2019enrichissent \u00e9norm\u00e9ment avec la complicit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat et des autorit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le commerce des clous de girofle n\u2019emp\u00eache pas les p\u00e9nuries et l\u2019appauvrissement<br>Durant la saison des r\u00e9coltes, plusieurs activit\u00e9s \u00e9conomiques plus au moins informelles apparaissent. Les commen\u00e7ants et les petits vendeurs sont satisfaits de leur travail. M\u00eame ceux qui ne sont pas dans le m\u00e9tier de la vente se mettent \u00e0 vendre surtout les femmes qui en profitent pour proposer des g\u00e2teaux ou faire des grillades comme les brochettes et des ailes de poulet grill\u00e9es, car il y a une circulation plus importante de l\u2019argent.<br>Malgr\u00e9 cela, l\u2019\u00c9tat est incapable de garantir les produits servant de mati\u00e8res premi\u00e8res \u00e0 ces commerces effectu\u00e9s par les m\u00e9nages afin d\u2019entretenir leurs revenus. Et certains produits sont ceux qui sont les plus demand\u00e9s, \u00e0 l\u2019instar du riz, de la farine et les ailes de poulet pour les brochettes. Quand ce n\u2019est pas de la p\u00e9nurie des produits alimentaires, c\u2019est l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 qui fait d\u00e9faut et entrave le commerce.<br>Certains profitent de l&#8217;argent qu&#8217;ils ont gagn\u00e9 pour faire la travers\u00e9e vers l&#8217;\u00eele de Mayotte. D\u2019autres encore, essentiellement les jeunes hommes, profitent pour s&#8217;acheter des motos. C&#8217;est pourquoi il y a beaucoup de jeunes anjouanais qui poss\u00e8dent des motos, mais n\u2019ont aucune activit\u00e9 \u00e9conomique r\u00e9guli\u00e8re. Ils passent leur temps \u00e0 se pavaner en couple, comme quoi la mis\u00e8re ne les emp\u00eache pas de vivre leurs romances.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le commerce des clous de girofle permet \u00e0 de nombreuses familles de faire face aux crises \u00e9conomiques. Cette ann\u00e9e la production est moins importante et la crise risque d\u2019\u00eatre ressentie dans l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan qui produit pr\u00e8s de 70% des clous de girofle de l\u2019Union des Comores. 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