{"id":9727,"date":"2023-09-11T21:19:31","date_gmt":"2023-09-11T18:19:31","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9727"},"modified":"2023-09-11T21:41:42","modified_gmt":"2023-09-11T18:41:42","slug":"swauti-ya-umati-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/swauti-ya-umati-4\/","title":{"rendered":"Swauti\u00a0Ya\u00a0Umati 4"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Graines de voyelles r\u00e9volt\u00e9es<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sem\u00e9e dans des temps de tumulte et de d\u00e9sespoir, elle a germ\u00e9 et grandi. Elle a fleuri au fil des ann\u00e9es pour devenir un symbole de r\u00e9silience et de d\u00e9termination. Elle incarne encore aujourd&#8217;hui, dans la m\u00e9moire de chacun de nous, l&#8217;id\u00e9e que le changement est possible, que les id\u00e9aux peuvent perdurer, et que la jeunesse peut \u00eatre la force motrice du progr\u00e8s. En luttant chaque jour, \u00e0 en p\u00e9rir, Aboubacar Sa\u00efd Salim fut l&#8217;une de ces graines qui nous inspirent.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Khaled Simba<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;histoire de notre patrie est tiss\u00e9e de fils d&#8217;acier forg\u00e9s dans la r\u00e9sistance, de mots qui r\u00e9sonnent comme des hymnes \u00e0 la libert\u00e9, et de r\u00e9voltes silencieuses qui ont finalement trouv\u00e9 leur voix. Il y a eu, entre autres, celle de Abdou Bakari Boina du MOLINACO cr\u00e9\u00e9e en 1962, puis celle du Lyc\u00e9e Sa\u00efd Mohamed Cheikh avec la r\u00e9volte des lyc\u00e9ens en mars 1968. Cette derni\u00e8re a \u00e9t\u00e9 tellement forte qu&#8217;elle r\u00e9sonne encore 55 ans apr\u00e8s, dans les oreilles de milliers de jeunes Comoriens. &#8220;Swauti Ya Umati&#8221; en est l&#8217;illustration.<\/p>\n\n\n\n<p>Affronter le colon, prendre le maquis, sensibiliser la population fut donc le premier combat de ces jeunes hommes et femmes. Une r\u00e9volte de lyc\u00e9ens qui a donn\u00e9 fruit par la force de l&#8217;histoire \u00e0 une classe d&#8217;hommes emplis de libert\u00e9 avec un patriotisme chevill\u00e9 au corps. Des hommes voulant redonner le pouvoir du peuple au peuple et pr\u00eats \u00e0 y perdre des plumes pour offrir ne serait-ce qu&#8217;un brin d&#8217;espoir aux Comoriens. La singularit\u00e9 d&#8217;Aboubacar Sa\u00efd Salim parmi cette nouvelle classe nous a fortement marqu\u00e9e. Non parce qu&#8217;il portait la note plus haut que les autres, mais plut\u00f4t par sa plume ac\u00e9r\u00e9e et son efficacit\u00e9 \u00e0 imprimer dans la conscience collective cette vision qu&#8217;il partageait avec ses amis : une graine de r\u00e9volt\u00e9s, conscients de repr\u00e9senter l&#8217;avenir de nos quatre pierres, pr\u00eats \u00e0 tout donner dans la d\u00e9fense de l&#8217;int\u00e9r\u00eat commun.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;aventure a ainsi continu\u00e9 avec l&#8217;ASEC, devenue une prolongation de la r\u00e9volte lyc\u00e9enne. La plupart des soixante-huitards l&#8217;ont rejointe lors de leurs \u00e9tudes en France, l&#8217;esprit de la lutte arcbout\u00e9 en eux. Fundi Aboubacar et ses amis, Mustwafa Said Cheikh en t\u00eate de pont, ont continu\u00e9 le travail de conscientisation de la population \u00e0 commencer par les \u00e9tudiants. L&#8217;ASEC, &#8220;un machin du minist\u00e8re fran\u00e7ais des colonies&#8221; (d&#8217;apr\u00e8s les fragments d&#8217;exp\u00e9rience d&#8217;Idriss Mohamed) qui \u00e9tait fortement li\u00e9e \u00e0 l&#8217;Office fran\u00e7ais de Coop\u00e9ration et d&#8217;Accueil Universitaire (OCAU), a rejoint la cause de l&#8217;ind\u00e9pendance et la lutte contre l&#8217;imp\u00e9rialisme. Une premi\u00e8re victoire.<\/p>\n\n\n\n<p>La cause \u00e9tait d\u00e9sormais port\u00e9e, aussi, par de jeunes r\u00e9volutionnaires soucieux de l&#8217;avenir du pays avec un positionnement politique bien tranch\u00e9. Ils se sont dot\u00e9s d&#8217;une organisation millim\u00e9tr\u00e9e, partant des cercles de base au Congr\u00e8s qui ent\u00e9rinait les grandes d\u00e9cisions en passant par les bureaux de section dans les grandes villes estudiantines. Elle forma des \u00e9tudiants, pour la plupart, conscients des enjeux, ouverts au monde et tr\u00e8s au fait de la th\u00e9orie r\u00e9volutionnaire et de ce qu&#8217;elle impliquait pour leur combat.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1975, l&#8217;ind\u00e9pendance fut proclam\u00e9e et la bataille pour Mayotte Comorienne commen\u00e7a et certains membres de l\u2019ASEC furent pendant longtemps les visages du comit\u00e9 maorais chantre du combat, m\u00eame si aujourd&#8217;hui, le Comit\u00e9 n&#8217;est plus que l&#8217;image de lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>En janvier 1976, Fundi devient le nouveau SG de l&#8217;association. Dans le BE, il apporta une approche nouvelle s&#8217;opposant aux habitudes des politiques comoriens. Il n&#8217;\u00e9tait plus question de faire du client\u00e9lisme ou de continuer avec la f\u00e9odalit\u00e9, mais de s&#8217;int\u00e9grer \u00e0 la population, de l&#8217;analyser et de la comprendre pour lui apporter les r\u00e9ponses ad\u00e9quates.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette p\u00e9riode de forte agitation, il fallait surtout faire face au r\u00e9gime dictatorial d&#8217;Ali Soilihi. Il fallait contrer les th\u00e8ses et les agissements d&#8217;Ali Soilihi via \u00ab&nbsp;Usoni&nbsp;\u00bb, le journal de l&#8217;association. Une d\u00e9nonciation qui a commenc\u00e9 durant la lutte pour l&#8217;ind\u00e9pendance quand \u00ab&nbsp;Usoni&nbsp;\u00bb d\u00e9non\u00e7ait les violences du MRANDA. Fundi \u00e9crivit des po\u00e8mes devenus des chansons contre ce dernier. L&#8217;un de ces po\u00e8mes disait par exemple : <em>\u00ab&nbsp;Ridji Tsaychiye, Ritsike Mtsachiwa.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait \u00e9galement d\u00e9noncer les actes du r\u00e9gime, lutter contre les partisans de la dictature en France qui voulaient r\u00e9cup\u00e9rer l&#8217;association des travailleurs comoriens, et aider \u00e0 l&#8217;organisation souterraine des jeunes du Msomo Wa Nyumeni.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la chute de Mtsachiwa, le mot d&#8217;ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 aux membres de l&#8217;ASEC de rentrer au pays. Le combat pour l&#8217;unit\u00e9 et le progr\u00e8s social devait s&#8217;enraciner. Une p\u00e9riode difficile, mais non suicidaire malgr\u00e9 la pr\u00e9sence des mercenaires. Une nouvelle organisation a \u00e9t\u00e9 mise en place avec l&#8217;appui des jeunes du Msomo Wa Nyumeni. Une feuille de propagande a \u00e9t\u00e9 mise en place : &#8220;Swauti Ya Umati.&#8221;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette feuille a pris \u00e9cho et est devenue rapidement probl\u00e9matique pour le r\u00e9gime et les mercenaires. S\u2019est impos\u00e9e l\u2019organisation en une branche clandestine charg\u00e9e d&#8217;infiltrer le pouvoir et une autre semi-clandestine qui attirait les foudres du r\u00e9gime. Fundi Aboubacar, qui \u00e9tait rentr\u00e9 avec les premiers camarades, a int\u00e9gr\u00e9 la branche semi-clandestine et s&#8217;est ainsi expos\u00e9, pour le bien de la cause, avec ses autres camarades, \u00e0 des brimades r\u00e9guli\u00e8res et \u00e0 des passages \u00e0 tabac. Une situation qui a dur\u00e9 de 1979 \u00e0 1985.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 l&#8217;animosit\u00e9 du pouvoir en place, la nouvelle organisation a r\u00e9ussi \u00e0 se pr\u00e9senter aux l\u00e9gislatives de 1982 et a obtenu 15% des voix un peu partout. Ce qui a montr\u00e9 la force de la feuille de propagande et ouvert la voie \u00e0 un nouveau chapitre pour le mouvement r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Front d\u00e9mocratique a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9, \u00ab&nbsp;Swauti Ya Umati&nbsp;\u00bb a disparu au profit du journal mensuel \u00ab&nbsp;Ushe&nbsp;\u00bb. Le FD est devenu le principal parti d&#8217;opposition, intensifiant ses actions contre le r\u00e9gime des mercenaires. Ses dirigeants et membres semi-clandestins ont continu\u00e9 de subir les foudres du pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le num\u00e9ro 68 de la revue Kashkazi, on peut lire ces paroles rapport\u00e9es et pleines de paradoxes d&#8217;Ahmed Abdallah Abderemane : \u00ab Nos enfants ne sont pas nos enfants. Ce sont les ennemis de la nation d&#8217;aujourd&#8217;hui et de demain. \u00bb La sentence a \u00e9t\u00e9 dite et le FD est devenu la b\u00eate noire \u00e0 \u00e9liminer.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces trentenaires qui ne vivaient que pour la patrie depuis leur jeune \u00e2ge sont devenus la cible du r\u00e9gime Abdallah qui a tout mis en place pour contrer leur offensive.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur sort a \u00e9t\u00e9 scell\u00e9 en mars 1985 apr\u00e8s une r\u00e9volte rat\u00e9e \u00e0 Itsundzu. Une r\u00e9volte des militaires de la GP qui a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e par le r\u00e9gime comme une tentative de putsch organis\u00e9 par le FD. Il aura suffi d&#8217;un tra\u00eetre du nom de Said Nafiun Zarkashi pour que tous les responsables et les militants du FD soient mis aux arr\u00eats et y restent pendant de nombreuses ann\u00e9es. Ils ont v\u00e9cu donc dans ces ge\u00f4les sous la torture de leurs tortionnaires, tant\u00f4t des fr\u00e8res comoriens, tant\u00f4t des mercenaires. Des tortures qu\u2019Aboubacar Sa\u00efd Salim et les autres ont v\u00e9cues dans leur chair pour avoir esp\u00e9r\u00e9 un avenir radieux pour les Comores.<\/p>\n\n\n\n<p>Ahmed Abdallah \u00e9liminait ainsi ses opposants les plus f\u00e9roces et mettait un coup qui a des cons\u00e9quences encore aujourd\u2019hui, \u00e0 la classe politique comorienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9pisode a \u00e9t\u00e9 fatal pour le FD qui ne s&#8217;est jamais relev\u00e9. Pire, il a \u00e9t\u00e9 fatal pour les Comores qui n&#8217;ont plus connu depuis ces ann\u00e9es de mouvement patriotique. Il a sonn\u00e9 la fin de l&#8217;espoir que beaucoup de Comoriens avaient per\u00e7u en ces jeunes r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion, dans le parcours de Fundi Aboubacar Sa\u00efd Salim et de ses amis, nous trouvons une source d&#8217;inspiration in\u00e9puisable pour les g\u00e9n\u00e9rations futures. Ces jeunes r\u00e9volutionnaires ont incarn\u00e9 le patriotisme et la d\u00e9termination, montrant que le changement est possible, m\u00eame face \u00e0 l&#8217;adversit\u00e9 la plus redoutable. Leur engagement en faveur de l\u2019ind\u00e9pendance et du progr\u00e8s social a laiss\u00e9 une empreinte ind\u00e9l\u00e9bile dans l&#8217;histoire politique des Comores. Malgr\u00e9 les \u00e9preuves et les sacrifices, ils ont pers\u00e9v\u00e9r\u00e9, rappelant \u00e0 tous que la jeunesse peut \u00eatre la force motrice du progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que nous nous tournons vers l&#8217;avenir, gardons \u00e0 l&#8217;esprit que cet h\u00e9ritage ne doit pas \u00eatre rel\u00e9gu\u00e9 dans nos placards. Le sacrifice de ces hommes ne doit pas \u00eatre vain. N\u2019oublions pas que certains parmi eux ont pay\u00e9 de leur vie pour nous, que d&#8217;autres ont encore des s\u00e9quelles physiques et psychologiques. N\u2019oublions surtout pas que c\u2019est la France et ses affid\u00e9s comoriens qui ont bris\u00e9 leur \u00e9lan. N\u2019oublions pas, mais allons de l\u2019avant. Des mouvements tels qu&#8217;Ukombozi et d&#8217;autres se donnent la mission de revivifier cet esprit patriotique du FD, du MOLINACO et de tous ces mouvements qui nous ont permis d\u2019esp\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette graine plant\u00e9e par la jeunesse comorienne en mars 1968 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9e par Ahmed Abdallah et les mercenaires, mais s\u2019enracine en beaucoup d\u2019entre nous. Et certes des erreurs ont \u00e9t\u00e9 commises par nos ain\u00e9es, mais leur conscience et leur pugnacit\u00e9 nous obligent tous \u00e0 \u00eatre ces voyelles sans qui les consonnes auront du mal \u00e0 exister.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant, soyons int\u00e8gres, soyons citoyens, soyons Comoriens, et le meilleur suivra.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Graines de voyelles r\u00e9volt\u00e9es Sem\u00e9e dans des temps de tumulte et de d\u00e9sespoir, elle a germ\u00e9 et grandi. Elle a fleuri au fil des ann\u00e9es pour devenir un symbole de r\u00e9silience et de d\u00e9termination. 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