{"id":9723,"date":"2023-09-11T21:07:30","date_gmt":"2023-09-11T18:07:30","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9723"},"modified":"2023-09-12T18:19:32","modified_gmt":"2023-09-12T15:19:32","slug":"aboubacar-said-salim-poete-et-romancieraboubacar-said-salim","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/aboubacar-said-salim-poete-et-romancieraboubacar-said-salim\/","title":{"rendered":"Aboubacar Sa\u00efd Salim. Po\u00e8te et romancier"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Aboubacar Sa\u00efd Salim \u00e9tait \u00e0 la fois un po\u00e8te et un romancier. Il touche d\u2019abord ses compatriotes par son style, une ma\u00eetrise parfaite du fran\u00e7ais, des images po\u00e9tiques originales, mais aussi par le fait qu\u2019il a enracin\u00e9 ses \u00e9crits dans la r\u00e9flexion sur l\u2019histoire et la soci\u00e9t\u00e9 comorienne. Son c\u00f4t\u00e9 militant qui ne se d\u00e9partit jamais de son activit\u00e9 d\u2019artiste.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par MiB<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il est des textes et des auteurs qui vous marquent \u00e0 jamais. C\u2019est souvent li\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque et aux circonstances dans lesquelles vous les d\u00e9couvrez.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en pleine guerre contre le s\u00e9paratisme \u00e0 Anjouan que soudain, nous v\u00eemes d\u00e9filer dans ce qui \u00e9tait alors le seul r\u00e9seau social comorien (Habari), un po\u00e8me d\u2019Aboubacar Sa\u00efd Salim, d\u00e9dicac\u00e9 \u00e0 un autre \u00e9crivain, Mohamed Toihiri. Il m\u2019a imm\u00e9diatement subjugu\u00e9, d\u2019abord par sa composition, sa musicalit\u00e9 et puis son message qui cadrait parfaitement avec nos pr\u00e9occupations du moment, et particuli\u00e8rement l\u2019unit\u00e9 du pays, menac\u00e9e alors par les s\u00e9paratistes anjouanais.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le po\u00e8me commen\u00e7ait ainsi&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Est-ce bien toi Mutsa&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ces cris de haine<\/em><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p><em>Ces roquettes qui guettent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ces drapeaux \u00e9tranges<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Hiss\u00e9s au rebours de l\u2019histoire&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Est-ce bien toi mon amour<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Qui par jasmin \u00e9touffes<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par ton \u00abchiromani\u00bb \u00e9trangles<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par tes yeux assassines<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Celui qui t\u2019aimait et que tu aimais&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il se terminait par une note positive&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab&nbsp;Tu m\u2019as d\u00e9\u00e7u Mutsa, mais<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Un soir on se retrouvera<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Au clair de lune comme jadis<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Et je te pardonnerai et tu me pardonneras<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les comptes r\u00e9gl\u00e9s et la balance \u00e9quilibr\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><strong>Le triptyque sur Mutsamudu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire \u00e9tait simple. Un amant d\u00e9couvrait avec stup\u00e9faction que la femme qu\u2019il aimait et qui l\u2019aimait \u00e9tait devenue une guerri\u00e8re, pleine de haine, capable de tuer. C\u2019\u00e9tait la m\u00e9taphore de cette guerre que l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan menait contre les autres \u00eeles, une guerre qui avait fini par devenir une guerre civile opposant jusqu\u2019aux membres de la m\u00eame famille. Mais, pour le po\u00e8te, il ne pouvait pas en \u00eatre ainsi trop longtemps. Sa certitude que la paix s\u2019\u00e9tablirait avec sa belle et que la haine allait se dissiper \u00e9tait clam\u00e9e par ce futur de l\u2019indicatif&nbsp;: \u00ab&nbsp;un soir on se retrouvera\u2026 je te pardonnerai et tu me pardonneras&nbsp;\u00bb. Un futur qui \u00e9tait un espoir pour ceux qui refusaient la guerre au nom de deux mill\u00e9naires de vie commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Aboubacar Sa\u00efd Salim qui a \u00e9t\u00e9 pendant un moment professeur de fran\u00e7ais \u00e0 Anjouan connait bien l\u2019\u00eele, il y a li\u00e9 de solides amiti\u00e9s et il ne pouvait se r\u00e9soudre \u00e0 accepter que la haine s\u2019installe dans cette \u00eele, puis dans tout le pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le po\u00e8me pr\u00e9c\u00e9dent sur ses amours avec Mutsa, po\u00e8me dont il pr\u00e9cise qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit en 1998, apr\u00e8s le fiasco de la tentative de d\u00e9barquement de septembre 1997, le po\u00e8te constatant les d\u00e9g\u00e2ts subis par la ville s\u2019\u00e9criait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mutsa, ma martyre, reviens tout contre moi,<\/p>\n\n\n\n<p>Et je te jure de t\u2019aimer plus qu\u2019avant,<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien plus tard que j\u2019ai d\u00e9couvert qu\u2019il y avait un po\u00e8me originel, un po\u00e8me avant le po\u00e8me, celui qui expliquait cette surprise du po\u00e8te de voir son amante transform\u00e9e en guerri\u00e8re. Ce po\u00e8me \u00e9tait compos\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re, avec ces vers libres et par la m\u00eame musique. Il chantait la beaut\u00e9 et la douceur de Mutsamudu, la ville chef-lieu d\u2019Anjouan, d\u00e9sign\u00e9 par ce diminutif \u00ab&nbsp;Mutsa&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La po\u00e9sie d\u2019Aboubacar Sa\u00efd Salim r\u00e9concilie le lecteur avec la po\u00e9sie francophone des Comores, souvent trop classique, p\u00e2le copie de la po\u00e9sie fran\u00e7aise du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, celle qu\u2019on apprend sur les bancs de l\u2019\u00e9cole et qu\u2019on imite facilement, que ce soit celle de Baudelaire, de Rimbaud ou d\u2019Hugo. Aboubacar Sa\u00efd Salim n\u2019oblige pas ses vers de rimer quitte \u00e0 en tordre ainsi le sens et cr\u00e9er une cacophonie. Sa po\u00e9sie n\u2019est pas une collection de mots rares et incompris du grand public ni des \u00e9nigmes dont il faudrait d\u2019abord chercher et trouver la clef. Au contraire, Aboubacar lissait les mots et les laissait libres d\u2019\u00e9voluer sur la page ou dans les airs, au rythme de la musique. Il s\u2019adressait \u00e0 tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019Aboubacar Sa\u00efd Salim nous a contact\u00e9 pour une publication de ses po\u00e8mes aux \u00e9ditions C\u0153lacanthe, nous avons imm\u00e9diatement pens\u00e9 \u00e0 ce merveilleux triptyque sur Mutsamudu. Et nous en avons \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s de l\u2019\u00e9diter en 2014.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un romancier de l\u2019histoire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Bien avant la publication de \u00ab&nbsp;Mutsa, mon amour&nbsp;\u00bb, Aboubacar Sa\u00efd Salim avait publi\u00e9 son premier roman&nbsp;: \u00ab&nbsp;Et la graine&nbsp;\u00bb. C\u2019\u00e9tait \u00e9galement en plein s\u00e9paratisme, en 1998. C\u2019est un roman qui se base sur un \u00e9v\u00e9nement historique&nbsp;: la r\u00e9volte des \u00e9l\u00e8ves du lyc\u00e9e de Moroni en 1968, apr\u00e8s les insultes prof\u00e9r\u00e9es par un journaliste m\u00e9tropolitain de l\u2019ORTF. L\u2019auteur y m\u00eale l\u2019histoire qu\u2019il a v\u00e9cue aux premi\u00e8res loges et la fiction. Tout cela avec beaucoup d\u2019humour.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes le talent de l\u2019\u00e9crivain ne se perd pas dans ce roman, mais \u00e0 un temps o\u00f9 il n\u2019y avait aucun t\u00e9moignage sur cet \u00e9v\u00e9nement et uniquement les rapports de l\u2019administration coloniale, il fut tr\u00e8s utile \u00e0 l\u2019historien pour appr\u00e9hender la perception des \u00e9v\u00e9nements du c\u00f4t\u00e9 des colonis\u00e9s, particuli\u00e8rement du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves en gr\u00e8ve. Il n\u2019y avait rien de mieux pour comprendre l\u2019\u00e9veil des consciences au sein d\u2019une jeunesse qui en avait assez des humiliations quotidiennes des tenants de la colonisation et de leurs alli\u00e9s comoriens. En terminant le roman, il \u00e9tait facile de comprendre que pour Aboubacar Sa\u00efd Salim, la graine qui a \u00e9t\u00e9 plant\u00e9e en 1968 par les \u00e9l\u00e8ves des quatre \u00eeles en 1968 allait donner sept ans plus tard l\u2019ind\u00e9pendance unilat\u00e9rale des Comores.<\/p>\n\n\n\n<p>En compl\u00e9ment des archives coloniales, nous avons donc proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 des analyses sur ce roman pour comprendre l\u2019histoire. Il nous a livr\u00e9 des faits et nous permis d\u2019\u00e9tablir des \u00e9l\u00e9ments historiques. Il permet \u00e9galement de comprendre un peu plus la figure paternelle de Sa\u00efd Mohamed Cheikh pris entre l\u2019\u00c9tat colonial et les aspirations de la jeunesse comorienne impatiente de recouvrer sa libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman \u00ab&nbsp;Et la graine&nbsp;\u00bb continuait une s\u00e9rie de romans historiques sur les Comores, s\u00e9rie qui avait \u00e9t\u00e9 sans doute inaugur\u00e9e par Hortense Dufour en 1984 (\u00ab&nbsp;Le Tournis&nbsp;\u00bb, Grasset) et poursuivie par Mohamed Toihiri en 1985 (\u00ab&nbsp;La R\u00e9publique des Imberbes&nbsp;\u00bb, L\u2019Harmattan). Aboubacar Sa\u00efd Salim devait lui-m\u00eame revenir au roman historique en 2004 avec \u00ab&nbsp;Le bal des mercenaires&nbsp;\u00bb (Kom\u00c9dit) qui a pour cadre la p\u00e9riode sombre des mercenaires fran\u00e7ais aux Comores.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on dit, le meilleur hommage qu\u2019on puisse rendre aux auteurs qui nous quittent est de continuer \u00e0 lire et \u00e0 parler de leurs \u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Aboubacar Sa\u00efd Salim \u00e9tait \u00e0 la fois un po\u00e8te et un romancier. Il touche d\u2019abord ses compatriotes par son style, une ma\u00eetrise parfaite du fran\u00e7ais, des images po\u00e9tiques originales, mais aussi par le fait qu\u2019il a enracin\u00e9 ses \u00e9crits dans la r\u00e9flexion sur l\u2019histoire et la soci\u00e9t\u00e9 comorienne. 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