{"id":9585,"date":"2023-07-31T16:09:39","date_gmt":"2023-07-31T13:09:39","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9585"},"modified":"2023-07-31T16:09:40","modified_gmt":"2023-07-31T13:09:40","slug":"aux-origines-du-grand-mariage-anda","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/aux-origines-du-grand-mariage-anda\/","title":{"rendered":"Aux origines du grand mariage-anda"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le anda-na-mila est, selon certains analystes, le socle de la soci\u00e9t\u00e9 comorienne, car intrins\u00e8quement li\u00e9 au mode de vie national. C\u2019est une pratique intimement attach\u00e9e aux activit\u00e9s quotidiennes des Comoriens. Le anda-na-mila est un comportement civique avant d\u2019\u00eatre une manifestation culturelle et sociale.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Azhar de Youssouf, juriste, historien et mus\u00e9ographe<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Son champ d\u2019action s\u2019\u00e9tend sur tous les domaines : social, culturel, scientifique, religieux et politique. C\u2019est l\u2019alfa et l\u2019om\u00e9ga de la mani\u00e8re de vivre proprement comorienne. C\u2019est l\u2019un des symboles nationaux au c\u00f4t\u00e9 du drapeau et de l\u2019hymne national, de la devise, du passeport et de l\u2019islam. Donc, c\u2019est une pratique sacr\u00e9e compte tenu de son caract\u00e8re obligatoire pour l\u2019affirmation de soi dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A quand remonte le anda-na-mila ou grand-mariage ? Que veut-dire d\u2019abord anda-na-mila ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le anda-na-mila est une notion abstraite dont le sens primitif tire ses racines dans la langue arabe. \u00ab al-anda \u00bb est ce qui est r\u00e9p\u00e9titif, coutumier dans une communaut\u00e9 donn\u00e9e. C\u2019est une pratique qui, ayant gagn\u00e9 de l\u2019\u00e2ge dans une soci\u00e9t\u00e9 humaine, fini par se g\u00e9n\u00e9raliser et de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, s\u2019enracine dans la conscience populaire jusqu\u2019\u00e0 devenir normal aux yeux de la majorit\u00e9. En ce qui concerne le \u00ab mila \u00bb, c\u2019est ce qui est relatif \u00e0 la g\u00e9n\u00e9tique, au sang, \u00e0 la famille et \u00e0 l\u2019histoire. Selon Ahamada Soilihi, natif de Mdjoiezi Hambou et l\u2019un des porte-parole \u00e9m\u00e9rites du anda-na-mila en Grande-Comore \u00ab on fait alors le anda et on raconte le mila \u00bb. Autrement dit, le anda est li\u00e9 aux actes par exemple : pr\u00e9parer \u00e0 manger, abattre du cheptel, distribuer de l\u2019argent \u00e0 la communaut\u00e9 villageoise ou regionale. Tandis que le mila est apparent\u00e9 au verbe, aux chants (ce sont des fleurs qu\u2019on jette sur une personne pour louer ses origines ou son ascendance prestigieuse. On loue la gloire des grands-parents). Ce sont des incantations qu\u2019on formule \u00e0 l\u2019endroit, le plus souvent, des marier pendant les festivit\u00e9s li\u00e9es aux mariages.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, une personne peut appartenir au \u00ab mila \u00bb sans pour autant faire le anda et vice versa : Si par exemple on est issu d\u2019une famille de lettr\u00e9s, de charifs ou descendant de hautes personnalit\u00e9s respectables ; l\u00e0 on est consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant une personne de \u00ab mila \u00bb c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab bonne kabila, kabaila \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, on attire l\u2019attention des gens, on suscite la curiosit\u00e9 sentimentale de la plupart des jeunes filles de la localit\u00e9. Chacune d\u2019elles souhaiterait se marier avec lui dans l\u2019espoir d\u2019engendrer un enfant qui viendra h\u00e9riter de ce prestige social. Par contre, le commun des mortels qui ne disposerait pas ou bien qui ne b\u00e9n\u00e9ficierait pas d\u2019un quelconque prestige social dans la localit\u00e9, chercherait \u00e0 s\u2019en payer \u00e0 travers le \u00ab anda \u00bb ; ce dernier demeure une tribune sur laquelle il pourra \u00e9ventuellement se pr\u00e9valoir pour se frayer un chemin et pouvoir s\u2019affirmer dans la soci\u00e9t\u00e9. N\u2019ayant pas de place ni \u00e0 la mosqu\u00e9e ni \u00e0 la place publique, l\u2019homme ordinaire inventa le \u00ab&nbsp; anda\u00bb pour avoir&nbsp; la voie au chapitre. Il invitera l\u2019homme du \u00ab mila \u00bb dans la pause de la premi\u00e8re pierre de la maison de sa fille ou au mariage de cette derni\u00e8re pour donner de l\u2019\u00e9toffe \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e8nement. La pr\u00e9sence de l\u2019homme du \u00ab mila \u00bb fera engranger des points \u00e0 sa manifestation culturelle ou sociale. Il tentera d\u2019\u00e9gorger un b\u0153uf pour en donner une dimension protocolaire et festive. Il tentera aussi d\u2019organiser un grand festin et distribuer beaucoup d\u2019argent, l\u2019essentiel pour lui est qu\u2019on en parle dans le village. Il fait le \u00ab anda \u00bb car on l\u2019a bien soulign\u00e9 ce dernier se raconte ; ce sont des actes qu\u2019on accomplit. Et puisqu\u2019on raconte le \u00ab mila \u00bb, le faiseur de anda croit qu\u2019en tuant des b\u0153ufs et en pr\u00e9parant des grands festins et en distribuant l\u2019argent, les gens vont en parler comme ce fut le cas dans le \u00ab mila \u00bb ! Dans la plupart des cas, les gens qui ont de l\u2019estime, c\u2019est \u00e0 dire, ceux qui ont la voix au chapitre, ils ne se cassent pas la t\u00eate avec des c\u00e9r\u00e9monies grandioses. Ce sont encore une fois ceux qui se retrouvent au bas de l\u2019\u00e9chelle qui se cassent la t\u00eate pour placer la barre plus haute dans leurs prestations coutumi\u00e8res. Donc, le anda est une invention des sans voix pour acqu\u00e9rir la voix.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A l\u2019origine, trois \u00e9v\u00e8nements majeurs ont caract\u00e9ris\u00e9 le anda&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\">\n<li><strong>&nbsp;Poso<\/strong> &nbsp;<\/li>\n<\/ol>\n\n\n\n<p>Poso veut dire huposa, fian\u00e7ailles. Demandez la main d\u2019une fille en envoyant chez elle une d\u00e9l\u00e9gation est une pratique r\u00e9cente. Auparavent, les parents des futurs mari\u00e9s se rencontraient et d\u00e9cidaient eux-m\u00eames des modalit\u00e9s du mariage de leurs prog\u00e9nitures sans fanfares ni youyou. D\u2019ailleurs, on ne demandait pas l\u2019avis des futurs mari\u00e9s ! Trois raisons expliquent cela : premi\u00e8rement, ce sont les parents des \u00e9poux qui finan\u00e7aient enti\u00e8rement le mariage. Le mari recevait la dote de son p\u00e8re et la femme attendait patiemment la construction de sa maison nuptiale. Deuxiement, la femme \u00e9tait rest\u00e9e casani\u00e8re durant toute sa vie (moina zidakani), aucun homme n\u2019avait acc\u00e8s \u00e0 son portait physique n\u2019en parlons pas la possibilit\u00e9 de pouvoir lui en parler.Troisi\u00e8ment, le mariage \u00e9tait n\u00e9goci\u00e9 en tenant compte du rang&nbsp; et du prestige social&nbsp; des futures belles-familles. Ce sont des n\u00e9gociations secr\u00e8tes (<strong>ndola ya siri<\/strong>) men\u00e9es tambour battant par les repr\u00e9sentants des deux familles. Apr\u00e8s ces n\u00e9gociations ou souvent bien avant, chaque famille ou parfois les deux \u00e0 la fois vont consulter leurs marabouts respectifs pour voir si l\u2019avenir de cette union est radieuse, (<strong>hunadjimia<\/strong>).C\u2019est un conseiller en&nbsp; astrologie (<strong>mdrema bao ou moilimou dounia<\/strong>) qui avait la charge de pr\u00e9dire l\u2019avenir du mariage. Chaque famille comorienne, avait son <strong><em>moilimou<\/em><\/strong> \u00e0 elle ! C\u2019\u00e9tait de coutume dans les familles traditionnelles comoriennes de se confier \u00e0 un moilimou avant d\u2019entreprendre tout projet familial : construction d\u2019une maison, mariage d\u2019un enfant, circoncision, voyage. Le moilimou jouait ainsi donc le r\u00f4le d\u2019un notaire et cela semblait normal dans cette soci\u00e9t\u00e9 fortement marqu\u00e9e par la culture et la civilisation islamique ! Finalement quand les deux parents se mettent d\u2019accord de l\u2019union de leurs enfants, aucun membre de la famille du futur \u00e9poux ne doit manger quelque chose dans la maison de la fianc\u00e9e ou dans les maisons environnantes <strong>(doroso<\/strong>) au risque de porter pr\u00e9judice aux fian\u00e7ailles.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong><em>Mdrema wadaho<\/em><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le premier acte officialisant le Poso (fian\u00e7ailles) c\u2019est le <strong><em>mdrema wadaho<\/em><\/strong>. Mdrema veut dire, cultures et daho, maison. Cependant, le mdrema est l\u2019acte consistant \u00e0 cultiver le champ de la future mari\u00e9e par <em>wowanamdji<\/em> (enfants du village). C\u2019est une vrai mobilisation sociale \u00e0 la fois de la classe sociale des wanamdji et de la future belle-famille. Pendant que les hommes labour\u00e8rent, les femmes se chargeaient de la semence. Ce jour-l\u00e0, la famille de la fianc\u00e9e se charge de pr\u00e9parer un repas somptueux en l\u2019honneur des wanamdji. Ce repas est g\u00e9n\u00e9ralement amen\u00e9 au champ o\u00f9 a eu lieu le travail. Nous estimons que le mdrema wadaho constitue donc le premier acte du anda.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><strong><em>Mawaha<\/em><\/strong><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me acte mat\u00e9riel officialisant les fian\u00e7ailles est le mawaha. Huwaha veut dire construire. Apr\u00e8s la r\u00e9alisation du mdrema wadaho, les wanamdji vont se charger aussi de la construction de la maison des futurs \u00e9poux. Ce sont eux qui se chargent de couper les arbres&nbsp; et de la confection des <em>wuhandza, magaba et mitsepve<\/em> ainsi que la construction proprement dite de l\u2019\u00e9difice.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9v\u00e8nement mobilise toute la communaut\u00e9 villageoise et n\u00e9cessite en m\u00eame temps la pr\u00e9paration d\u2019un festin, d\u2019o\u00f9 l\u2019expression \u00ab <strong>ngupiho ye mawaha<\/strong> \u00bb. Cet acte est la premi\u00e8re prestation coutumi\u00e8re r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019homme dans sa communaut\u00e9. Les \u00e9v\u00e8nements coutumiers (<strong>mdrema wadaho et mawaha<\/strong>) concernent uniquement l\u2019ain\u00e9 de chaque famille. La fille ain\u00e9e doit absolument se marier avec l\u2019ain\u00e9 de l\u2019autre famille et leur anda suffisait pour assoir le prestige social de leurs parents. Nul besoin pour ces derniers de r\u00e9aliser un autre anda pour le reste de leurs enfants. R\u00e9aliser le anda consiste donc \u00e0 envoyer un repr\u00e9sentant de la famille sur la sc\u00e8ne social. L\u2019homme qui le r\u00e9alise agit et d\u00e9fend les int\u00e9r\u00eats des siens dans les instances coutumi\u00e8res. Plus besoin d\u2019y envoyer plusieurs repr\u00e9sentants d\u2019une m\u00eame famille. Ce serait contraire aux r\u00e8gles protocolaires et au respect de la hi\u00e9rarchie. L\u2019ain\u00e9 ne peut pas s\u2019assoir dans la m\u00eame assembl\u00e9e que son jeune fr\u00e8re au risque de lui faire de l\u2019ombre. Aujourd\u2019hui, le anda original a perdu son sens social, englu\u00e9 dans la course des folies des grandeurs et des d\u00e9penses ostentatoires, les Comoriens devraient marquer une pause et penser \u00e0 sa r\u00e9forme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le anda-na-mila est, selon certains analystes, le socle de la soci\u00e9t\u00e9 comorienne, car intrins\u00e8quement li\u00e9 au mode de vie national. C\u2019est une pratique intimement attach\u00e9e aux activit\u00e9s quotidiennes des Comoriens. Le anda-na-mila est un comportement civique avant d\u2019\u00eatre une manifestation culturelle et sociale. 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