{"id":9524,"date":"2023-07-11T14:48:13","date_gmt":"2023-07-11T11:48:13","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9524"},"modified":"2023-07-11T14:48:15","modified_gmt":"2023-07-11T11:48:15","slug":"6-juillet-1975-6-juillet-2023-quarante-huit-ans-delections","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/politique\/6-juillet-1975-6-juillet-2023-quarante-huit-ans-delections\/","title":{"rendered":"6 JUILLET 1975-6 JUILLET 2023. QUARANTE-HUIT ANS D\u2019\u00c9LECTIONS"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Bient\u00f4t un demi-si\u00e8cle que les Comores ont eu leur souverainet\u00e9. Cinquante ann\u00e9es sur lesquelles si on essaie de faire le bilan, on aurait beaucoup \u00e0 dire. Le contexte politique et social nous oblige \u00e0 parler d\u2019un seul aspect&nbsp;: les \u00e9lections.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Dans quelques mois, le peuple comorien sera appel\u00e9 \u00e0 \u00e9lire le pr\u00e9sident de l\u2019Union des Comores pour une p\u00e9riode de cinq ans. Faisons un petit clin d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019histoire pour parler de ce peuple qu\u2019on peut qualifier d\u2019\u00ab&nbsp;apprenti attentif&nbsp;\u00bb. Nous sommes en 1945, le peuple comorien devait \u00e9lire un d\u00e9put\u00e9 au Palais Bourbon. Un d\u00e9fi &nbsp;majeur, car c\u2019est la toute premi\u00e8re fois que le peuple est confront\u00e9 \u00e0 cet exercice d\u00e9mocratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Normalement, on devait assister \u00e0 des \u00e9lections libres, mais pas \u00ab&nbsp;arrang\u00e9es&nbsp;\u00bb. Une situation parrain\u00e9e par les colonisateurs. Ils \u00e9taient favorables \u00e0 Cheikh et non \u00e0 Said Ibrahim (Prince). \u00c0 cette \u00e9poque, il n\u2019y avait pas beaucoup de personnes qui se portaient candidates. La m\u00eame situation se r\u00e9p\u00e9ta en 1951. Des \u00e9lections d\u00e9mocratiques devaient se d\u00e9rouler en opposant Cheikh et Prince Said Ibrahim. Ce dernier serait sorti gagnant si la logique d\u00e9mocratique avait \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e<em> (<\/em>Mahmoud Ibrahime, <em>Sa\u00efd Mohamed Cheikh (1904-1970) parcours d\u2019un conservateur<\/em>, Komedit, 2008).<\/p>\n\n\n\n<p>La sc\u00e8ne la plus spectaculaire se situe pendant les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 1965. Les Comoriens participaient au vote. Le jour des \u00e9lections, des constats amers ont \u00e9t\u00e9 faits lors du d\u00e9pouillement des bulletins. Une seule personne a pu voter trois fois sans probl\u00e8me<\/p>\n\n\n\n<p>Pire encore, on a constat\u00e9 que le candidat De Gaule a obtenu plus de 100% des voix. Les autorit\u00e9s \u00e9taient oblig\u00e9es de rectifier ce probl\u00e8me pour pr\u00e9senter des r\u00e9sultats \u00ab&nbsp;cr\u00e9dibles&nbsp;\u00bb aux yeux du monde entier (Jean Fasquel,<em> Mayotte, les Comores et la France, <\/em>L\u2019harmattan<em>).<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une constitution taill\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 1984, le mandat du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique prend fin. Des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles devaient \u00eatre organis\u00e9es. Le pr\u00e9sident Ahmed Abdallah est candidat \u00e0 sa propre succession. Pour le battre, il faut un candidat robuste. Des noms circulaient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mohamed Taki semblait cr\u00e9dible pour affronter le \u00ab&nbsp;p\u00e8re de l\u2019ind\u00e9pendance&nbsp;\u00bb. Mais ce que les autres ignoraient, c\u2019est la Constitution. Le fameux <strong>article 16 <\/strong>de la Constitution disposait clairement que pour qu\u2019une candidature soit valid\u00e9e, le candidat devait \u00eatre parrain\u00e9 par cinq d\u00e9put\u00e9s par \u00eele. (A. Wadaane, Autopsie des Comores). Or l\u2019\u00eele de Moh\u00e9li disposait de seulement cinq d\u00e9put\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 d\u00e9clar\u00e9s en faveur du candidat pr\u00e9sident Abdallah. Cette situation a permis \u00e0 ce dernier d\u2019\u00eatre r\u00e9\u00e9lu sans encombre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 1990<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 l\u2019assassinat du pr\u00e9sident Abdallah, Said Mohamed Djohar occupe l\u2019int\u00e9rim. Il organise des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles. Elles sont cens\u00e9es \u00eatre cr\u00e9dibles et transparentes. Pour la premi\u00e8re fois, le peuple est convaincu que le gouvernement de transition instaure un syst\u00e8me politique d\u00e9mocratique. Un syst\u00e8me qui respecte la libert\u00e9 et les lois.<\/p>\n\n\n\n<p>La campagne \u00e9lectorale d\u00e9bute sans incident. Pour la premi\u00e8re fois, on peut compter huit candidats (<em>Alwatwan<\/em>, n\u00b0100 du 8 au 14 mai 1990). Cependant, un scandale \u00e9clate&nbsp;: tentative de fraude avant m\u00eame le d\u00e9roulement du premier tour. Les candidats d\u2019opposition appellent le pr\u00e9sident Djohar \u00e0 reporter le premier tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Alwatwan n\u00b098 du 22 f\u00e9vrier 1990, titre \u00c9chec des pr\u00e9sidentielles et en sous-titre on peut lire&nbsp;:<em> Les dessous d\u2019un scandale<\/em>. Les \u00e9lections sont repouss\u00e9es d\u2019une semaine.<\/p>\n\n\n\n<p>La situation montre que les autorit\u00e9s ne sont pas pr\u00eates \u00e0 tourner la page pour un syst\u00e8me politique d\u00e9mocratique. Comment parler d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9mocratique sans \u00e9lections cr\u00e9dibles et transparentes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier tour a finalement eu lieu. Mohamed Taki et Said Mohamed Djohar sont all\u00e9s au deuxi\u00e8me tour. Des fraudes et malversations ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es. Cependant, aucun candidat n\u2019a cri\u00e9 au scandale. Tout le monde a trich\u00e9. Dans la localit\u00e9 de Mwandzaza Mboini, par exemple, m\u00eame les candidas qui n\u2019ont pas envoy\u00e9 de repr\u00e9sentants ont eu des voix cons\u00e9quentes. Les bulletins ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9partis entre tous les candidats (<em>Alwatwan<\/em>, n\u00b0100). Dans la r\u00e9gion de Hamahame, plusieurs candidats n\u2019ont obtenu aucune voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Au deuxi\u00e8me tour des \u00e9lections, beaucoup pensaient que c\u2019est le candidat Taki qui devait sortir vainqueur pour plusieurs raisons. Il est sorti en t\u00eate du premier tour de ces \u00e9lections avec un score de 24,35%. Il avait le soutien des candidats d\u00e9chus comme Mohamed Ali Mbalia et Abbas Djoussouf. Cependant, cela n\u2019\u00e9tait pas suffisant pour gagner les \u00e9lections. Djohar \u00e9tant pr\u00e9sident candidat avait le soutien de son gouvernement, mais aussi de la France. Un aspect largement suffisant pour gagner les \u00e9lections, surtout quand on se retrouve en Afrique o\u00f9, le plus souvent, le parti au pouvoir ne perd pas les \u00e9lections.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, Djohar sort vainqueur des \u00e9lections avec un score de 55%. Beaucoup de fraudes et de malversations ont \u00e9t\u00e9 signal\u00e9es dans certaines villes et villages. La cr\u00e9dibilit\u00e9 d\u2019un syst\u00e8me d\u00e9mocratique repose surtout sur le d\u00e9roulement des \u00e9lections.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des \u00e9lections plus aux moins cr\u00e9dibles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aux Comores, les battus contestent toujours les r\u00e9sultats des \u00e9lections. Le plus souvent, ils ont raison. Mais, pour la premi\u00e8re fois, des candidats vaincus ont reconnu leurs d\u00e9faites aux pr\u00e9sidentielles de 1996 et de 2006. Entre les deux, il y a eu les \u00e9lections pr\u00e9sidentielles de 2002 o\u00f9 les candidats qui sont all\u00e9s en deuxi\u00e8me tour avec le Colonel Azali Assoumani ont d\u00e9cid\u00e9 de boycotter les \u00e9lections pour d\u00e9noncer les fraudes. Il s\u2019agit de Mahamoud Mdradabi et Said Ali Kemal.<\/p>\n\n\n\n<p>En 1996, le candidat Mohamed Taki Abdoulkarim est all\u00e9 au deuxi\u00e8me tour avec Abbas Djoussouf. Dans <em>Alwatwan<\/em> n\u00b0405 du 29 mars, on peut lire&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Mohamed Taki devient<\/em> chef <em>de l\u2019\u00c9tat. Pour la premi\u00e8re fois, le candidat battu reconnait sa d\u00e9faite et souhaite bonne chance<\/em>.&nbsp;\u00bb Une \u00e9tape tr\u00e8s importante pour le bon fonctionnement du pays.<\/p>\n\n\n\n<p>En 2006, suite \u00e0 la nouvelle constitution, issue du referendum de 2001, le tour revient \u00e0 l\u2019\u00eele d\u2019Anjouan. L\u2019\u00e9lection primaire s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e le 16 avril o\u00f9 les candidats Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, Mohamed Djanfari et Ibrahim Halidi sont all\u00e9s au deuxi\u00e8me tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me tour des \u00e9lections s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 le 16 mai, dans un climat plut\u00f4t tendu o\u00f9 &nbsp;un groupe de personnes a tent\u00e9 de commettre des fraudes. L\u2019un des responsables de la CNEC, Ahmed Haliba, est arr\u00eat\u00e9 en flagrant d\u00e9lit. Il \u00e9tait en possession de 393 cartes d\u2019\u00e9lecteurs. Apr\u00e8s&nbsp; une enqu\u00eate &nbsp;men\u00e9e par la Mission africaine de S\u00e9curisation des \u00c9lections (AMISEC), Ahmed Haliba a fini par d\u00e9noncer son chef, le pr\u00e9sident de la commission, Abderemane Hilali. Malgr\u00e9 ces fraudes et autres tentatives, le candidat Ahmed Abdallah Sambi est \u00e9lu pr\u00e9sident de l\u2019Union des Comores avec 58%. L\u2019opinion et le camp des perdants ont accept\u00e9 les r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>De la forfaiture<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En 2010, c\u2019est au tour de l\u2019\u00eele de Moh\u00e9li d\u2019assurer la pr\u00e9sidence tournante comme. Le parti au pouvoir avait comme slogan <em>\u00ab&nbsp;le relais qui rassure<\/em>&nbsp;\u00bb. Ce dernier veut continuer avec la m\u00eame \u00e9quipe. Pourtant, lors d\u2019un discours o\u00f9 il s\u2019adresse \u00e0 la nation, il a violemment critiqu\u00e9 son \u00e9quipe en ce terme&nbsp;<em>: je suis mal servi et trahi par mes proches<\/em>. Cette phrase montre que le pr\u00e9sident Sambi est d\u00e9\u00e7u de son \u00e9quipe. Mais lors des \u00e9lections, il a pr\u00e9sent\u00e9 cette m\u00eame \u00e9quipe pour briguer la pr\u00e9sidence. \u00c0 la t\u00eate de sa liste, il a plac\u00e9 son ancien Vice-pr\u00e9sident, un novice en politique, alors que Moh\u00e9li \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme un fief de l\u2019opposition. Le 7 novembre 2010, le premier tour des \u00e9lections s\u2019est d\u00e9roul\u00e9. Le candidat de l\u2019opposition, Mohamed Said Fazul a obtenu 22,94%. Ikililou, candidat issu de la mouvance pr\u00e9sidentielle a eu 28<em>%.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019opposition et la soci\u00e9t\u00e9 civile crient au scandale. Les r\u00e9sultats du premier tour donnent un go\u00fbt amer aux opposants du r\u00e9gime, qui pensaient arriver en t\u00eate des \u00e9lections. Le 26 novembre 2010 s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 le deuxi\u00e8me tour. Les r\u00e9sultats officiels d\u00e9clar\u00e9s par la Cour constitutionnelle donnent une large victoire au candidat de la mouvance pr\u00e9sidentielle avec 60,91% et le principal candidat de l\u2019opposition, Mohamed Said Fazul a eu 32%. L\u2019opposition rejette en bloc les r\u00e9sultats. L\u2019opinion crie au scandale. Mais comme on l\u2019a dit pr\u00e9c\u00e9demment, c\u2019est le relais qui rassure. Il fallait par tous les moyens possibles que le candidat du pouvoir sorte vainqueur.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2016, le pays perd sa cr\u00e9dibilit\u00e9 dans l\u2019organisation des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles libres et transparentes. Le tristement c\u00e9l\u00e8bre \u00ab&nbsp;104%&nbsp;\u00bb lors des \u00e9lections de 2016, et le troisi\u00e8me tour de ces m\u00eames \u00e9lections, ont d\u00e9cr\u00e9dibilis\u00e9 les instances nationales.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans quelques mois des \u00e9lections pr\u00e9sidentielles seront organis\u00e9es. Il serait sage pour que les autorit\u00e9s actuelles respectent ceux qui se d\u00e9placent pour accomplir leur devoir civique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sa\u00efd Maoulida, Doctorant en Histoire \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Antananarivo<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bient\u00f4t un demi-si\u00e8cle que les Comores ont eu leur souverainet\u00e9. Cinquante ann\u00e9es sur lesquelles si on essaie de faire le bilan, on aurait beaucoup \u00e0 dire. Le contexte politique et social nous oblige \u00e0 parler d\u2019un seul aspect&nbsp;: les \u00e9lections. 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