{"id":9431,"date":"2023-06-12T06:57:52","date_gmt":"2023-06-12T03:57:52","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9431"},"modified":"2023-06-12T06:57:53","modified_gmt":"2023-06-12T03:57:53","slug":"abdoul-malik-ahmad-sociologue-les-deplacements-commerciaux-des-femmes-comoriennes-destabilisent-les-rapports-de-domination","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/abdoul-malik-ahmad-sociologue-les-deplacements-commerciaux-des-femmes-comoriennes-destabilisent-les-rapports-de-domination\/","title":{"rendered":"Abdoul-Malik Ahmad, sociologue\u00a0: \u00ab\u00a0Les d\u00e9placements commerciaux des femmes comoriennes d\u00e9stabilisent les rapports de domination \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Masiwa &#8211; Vous avez sorti il y a quelques mois un livre intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Genre et travail au c\u0153ur de l\u2019\u00e9conomie globale\u00a0\u00bb, bas\u00e9 sur les femmes comoriennes install\u00e9es \u00e0 Marseille. Quelles sont les caract\u00e9ristiques des femmes sur lesquelles porte votre \u00e9tude\u00a0?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Propos recueillis par MiB<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoul-Malik Ahmad &#8211;<\/strong> Ce sont des femmes qui sont arriv\u00e9es \u00e0 Marseille \u00e0 partir des ann\u00e9es 1970. Dans leur large majorit\u00e9, les migrantes comoriennes sont arriv\u00e9es \u00e0 Marseille pour rejoindre un membre de la famille ou leur mari dans le cadre d\u2019un regroupement familial. Une minorit\u00e9 est arriv\u00e9e seule, le plus souvent sans papier. Ce qui ressort comme r\u00e9sultat, c\u2019est que les logiques migratoires familiales peuvent se confondre avec les d\u00e9terminants \u00e9conomiques (la migration en France comme une n\u00e9cessit\u00e9). \u00c0 leur arriv\u00e9e \u00e0 Marseille, ces femmes font l\u2019exp\u00e9rience du salariat et se retrouvent assign\u00e9es dans les m\u00e9tiers subalternes et d\u00e9valoris\u00e9es, parfois m\u00eame lorsqu\u2019elles sont dipl\u00f4m\u00e9es. C\u2019est ce qu\u2019on appelle la d\u00e9qualification. Dans l\u2019ouvrage, j\u2019analyse cette assignation des femmes racis\u00e9es comme les femmes comoriennes dans les m\u00e9tiers subalternes comme s\u2019inscrivant dans des politiques d\u2019affectation \u00e0 des m\u00e9tiers sur la base de st\u00e9r\u00e9otypes \u00e0 la fois racistes et sexistes.<br>Mais les femmes comoriennes install\u00e9es \u00e0 Marseille ne sont ni passives ni d\u00e9pourvues de ressources face aux dominations. Elles savent faire appel \u00e0 une pluralit\u00e9 de ressources face aux difficult\u00e9s du quotidien. On le voit surtout dans leur engagement dans le commerce \u00e0 la valise, l\u2019objet du livre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Qu\u2019est-ce qui vous int\u00e9resse chez ces femmes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoul-Malik Ahmad &#8211;<\/strong> Cette recherche est issue d\u2019un \u00e9tonnement empirique, de terrain&nbsp;: pourquoi les femmes comoriennes install\u00e9es en France et surtout \u00e0 Marseille sont nombreuses \u00e0 se rendre \u00e0 Duba\u00ef&nbsp;pour faire du commerce, souvent sans parler anglais ni arabe ? J\u2019ai voulu comprendre leurs motivations, les appuis familiaux, sociaux, financiers, etc. dont elles b\u00e9n\u00e9ficient, les n\u00e9gociations qui pr\u00e9c\u00e8dent leurs d\u00e9parts, etc. Ces femmes se rendent \u00e0 Istanbul, Duba\u00ef, Damas ou Alicante, Vintimille&#8230;, \u00e0 titre personnel, en groupe, en couple, ou seules, en vue d\u2019acheter des produits multiples (produits alimentaires, des v\u00eatements et des chaussures\u2026) qu\u2019elles transportent directement dans les valises et\/ou qu\u2019ils acheminent par conteneurs. De mani\u00e8re plus g\u00e9n\u00e9rique, l\u2019objet du livre est de chercher \u00e0 appr\u00e9hender dans quelle mesure les d\u00e9placements commerciaux des femmes comoriennes r\u00e9v\u00e8lent et alimentent des parcours d\u2019\u00e9mancipation, pas toujours visibles, de femmes dont une large majorit\u00e9 n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Dans vos recherches, avez-vous trouv\u00e9 des diff\u00e9rences entre les femmes vivant aux Comores et celles qui sont en situation de migrantes, particuli\u00e8rement \u00e0 Marseille&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoul-Malik Ahmad &#8211;<\/strong> La recherche ne porte pas sur ce type de comparaison. Mais ce qui ressort des parcours des femmes comoriennes install\u00e9es \u00e0 Marseille, c\u2019est que l\u2019\u00e9migration et l\u2019entr\u00e9e dans le salariat apportent \u00e0 certaines d\u2019entre elles une position centrale dans la sph\u00e8re familiale dans les deux espaces d\u2019ancrage (Comores et France). Certaines deviennent des sortes de&nbsp;\u00ab&nbsp;cheffes de famille&nbsp;\u00bb par leurs envois de fonds dans le pays d\u2019origine. Et cette position vient faciliter la l\u00e9gitimation de leurs d\u00e9placements internationaux puisqu\u2019elles sont vues comme des femmes responsables.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Comment expliquez-vous cette notion de \u00ab&nbsp;commerce \u00e0 la valise&nbsp;\u00bb que vous rattachez \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de ces femmes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoul-Malik Ahmad &#8211;<\/strong> Le commerce \u00e0 la valise est une activit\u00e9 \u00e9conomique mondialis\u00e9e. On le retrouve un peu partout o\u00f9 il y a des \u00ab&nbsp;couloirs migratoires&nbsp;\u00bb, comme le souligne tr\u00e8s justement Michel Peraldi dans la pr\u00e9face de l\u2019ouvrage, sociologue sp\u00e9cialiste de Marseille et du commerce \u00e0 la valise. On retrouve ces \u00ab&nbsp;couloirs migratoires&nbsp;\u00bb dans la zone frontali\u00e8re entre le Mexique et les Etats-Unis, la Turquie (Istanbul) et les pays euro-m\u00e9diterran\u00e9ens, Duba\u00ef, etc. Dans ces couloirs circulent des marchandises, des informations et des imaginaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le commerce \u00e0 la valise conduit de nombreuses femmes africaines, asiatiques, latino-am\u00e9ricaines et est-europ\u00e9ennes \u00e0 prendre la route et \u00e0 parcourir des milliers de kilom\u00e8tres, par avion le plus souvent, \u00e0 la recherche de produits manufactur\u00e9s (v\u00eatements, chaussures, accessoires f\u00e9minins, bijoux, de l\u2019or, etc.). Ceux-ci sont transport\u00e9s directement dans les bagages et\/ou sur soi, dissimul\u00e9s comme des objets personnels sans que l\u2019objectif commercial soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9, afin de contourner les autorit\u00e9s douani\u00e8res. Ce commerce met en \u00e9vidence l\u2019habilet\u00e9 et les tactiques de ces commer\u00e7antes lors des franchissements des fronti\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Le travail lib\u00e8re-t-il ces femmes&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoul-Malik Ahmad &#8211;<\/strong> Cette question est un des questionnements centraux de l\u2019ouvrage. Merci de la poser. La r\u00e9ponse est complexe m\u00eame si je consid\u00e8re que l\u2019insertion dans le salariat et les d\u00e9placements commerciaux des femmes comoriennes d\u00e9stabilisent et transforment (l\u00e9g\u00e8rement) les rapports de domination surtout de genre, li\u00e9s \u00e0 la tradition au sein des familles et de la communaut\u00e9 villageoise. Le travail produit une lib\u00e9ration sous contr\u00f4le si je puis m\u2019exprimer ainsi. Certaines d\u2019entre elles, une minorit\u00e9 qui voyage en solitaire, ont une \u00e9mancipation plus avanc\u00e9e que les autres qui ne peuvent se d\u00e9placer qu\u2019en groupe. Elles s\u2019affranchissent des rumeurs et soup\u00e7ons communautaires et des pressions familiales. Je d\u00e9construis plus longuement ces soup\u00e7ons dans l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Quelles sont les contraintes que ces femmes rencontrent dans l\u2019exercice de plusieurs activit\u00e9s&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoul-Malik Ahmad &#8211;<\/strong> Les contraintes sont plurielles, mais montrer comment les femmes comoriennes les contournent est ce qui m\u2019a le plus int\u00e9ress\u00e9 dans l\u2019ouvrage. On peut citer les contraintes conjugales, le mari qui refuse que sa femme voyage m\u00eame accompagn\u00e9e ou qui impose qu\u2019elle anticipe les t\u00e2ches domestiques avant de partir, les contraintes communautaires qui se manifestent \u00e0 travers des rumeurs sur ces mobilit\u00e9s f\u00e9minines vues comme transgressives. Il y a aussi les contraintes financi\u00e8res qui sont aussi centrales&nbsp;: est-ce que la tontine sera suffisante, dois-je me servir dans le salaire, etc.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; Ces femmes rencontrent-elles le succ\u00e8s dans les affaires&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abdoul-Malik Ahmad &#8211;<\/strong> Si par succ\u00e8s dans les affaires, vous entendez faire un chiffre d\u2019affaires cons\u00e9quent, la r\u00e9ponse est n\u00e9gative. Mais si on analyse le succ\u00e8s d\u2019un point de vue sociologique et pas n\u00e9cessairement comptable, je dirai oui. \u00c0 la diff\u00e9rence de l\u2019\u00e9conomiste, le sociologue fait plus attention \u00e0 la dimension symbolique (honneur, reconnaissance) et sociale (les relations) de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique. Beaucoup de ces femmes, surtout les plus \u00e2g\u00e9es sont des figures tut\u00e9laires de la sc\u00e8ne sociale comorienne \u00e0 Marseille. Ce sont des figures de r\u00e9f\u00e9rence dans la communaut\u00e9, vers qui on se tourne pour \u00eatre conseill\u00e9 quand on a des courses importantes \u00e0 faire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger comme l\u2019achat de l\u2019or des festivit\u00e9s coutumi\u00e8res, ou pour les commissionner pour acheter des marchandises sp\u00e9cifiques, etc.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Masiwa &#8211; Vous avez sorti il y a quelques mois un livre intitul\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Genre et travail au c\u0153ur de l\u2019\u00e9conomie globale\u00a0\u00bb, bas\u00e9 sur les femmes comoriennes install\u00e9es \u00e0 Marseille. Quelles sont les caract\u00e9ristiques des femmes sur lesquelles porte votre \u00e9tude\u00a0? 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