{"id":9410,"date":"2023-06-04T22:00:09","date_gmt":"2023-06-04T19:00:09","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9410"},"modified":"2023-06-04T22:00:11","modified_gmt":"2023-06-04T19:00:11","slug":"29-mai-1978-la-mort-dali-soilihi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/politique\/29-mai-1978-la-mort-dali-soilihi\/","title":{"rendered":"29 mai 1978. La mort d\u2019Ali Soilihi"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le p\u00e8re de la r\u00e9volution comorienne est arr\u00eat\u00e9 par les mercenaires fran\u00e7ais le 13 mai 1978. Maintenu en prison pendant deux semaines, les partisans du conservatisme, revenu au pouvoir avec Ahmed Abdallah, d\u00e9cident sa mise \u00e0 mort. Il sera ex\u00e9cut\u00e9 par un mercenaire de Bob Denard le 29 mai. Avec lui disparaissait la possibilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9veloppement pens\u00e9 par les Comoriens.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La mort de Swalih Mtsachiwa frappe Ali, cruellement, mais il obtient du Pr\u00e9sident S. Mohamed Cheikh que des honneurs particuliers soient rendus \u00e0 son p\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La mort impr\u00e9vue, le 20 d\u00e9cembre 1975, de son protecteur, le prince S.Ibrahim le surprend et le laisse un moment, d\u00e9sempar\u00e9&nbsp;; il s\u2019interroge sur sa l\u00e9gitimit\u00e9 et va consulter les Ikoni qui acceptent de reporter sur lui, la confiance qu\u2019ils accordaient au disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa mort \u00e0 lui, s\u2019approche, \u00e0 grand pas&nbsp;: plusieurs complots sont foment\u00e9s qui visent \u00e0 le supprimer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se sait malade et doit h\u00e2ter la construction des moudiriya&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abIl avait fait venir un m\u00e9decin sp\u00e9cialiste qui a fait une biopsie et est reparti faire faire des analyses. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9 que la maladie \u2013 le cancer de la gorge \u2013 \u00e9tait avanc\u00e9e et qu\u2019il \u00e9tait condamn\u00e9. Et sa gorge effec-tivement a encore enfl\u00e9. Lebret et Chanudet en \u00e9taient inform\u00e9s. Il \u00e9tait oblig\u00e9 d\u2019utiliser de la cortisone et de s\u2019injecter de la morphine, pour att\u00e9nuer ses douleurs.<\/em><strong>\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>[J.C.Favetto, juillet 2.0000]<\/p>\n\n\n\n<p>En septembre 1977, il sait, avec certitude, qu\u2019il est condamn\u00e9 \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance. Les t\u00e9moignages de l\u2019\u00e9poque sont \u00e9loquents, \u00e0 cet \u00e9gard, qui le prouvent :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>Ali<\/em>&nbsp;est venu<em>&nbsp;nous saluer \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Mroni\/Ikoni. (C\u2019\u00e9tait le 23 septembre 1977), l\u2019air malheureux, les larmes aux yeux. Il m\u2019a laiss\u00e9 entendre qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas certain \/\/ de nous revoir et qu\u2019il comptait beaucoup sur moi, pour la suite. \/\/ Quelques jours avant notre d\u00e9part, il m\u2019avait re\u00e7u en t\u00eate \u00e0 t\u00eate, allong\u00e9 sur son lit, car il \u00e9tait un peu souffrant. Il avait jet\u00e9 un coup d\u2019\u0153il sur la liste des jeunes qui partaient poursuivre leurs \u00e9tudes \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur (liste qu\u2019il m\u2019avait r\u00e9clam\u00e9e, quelques jours&nbsp;avant ce rendez-vous) et m\u2019a dit&nbsp;:&nbsp; \u2018Tu as choisi les meilleurs que j\u2019ai form\u00e9s, pour nous quitter, \u00e0 un moment crucial de notre Histoire. Je ne vais pas avoir le temps d\u2019en former d\u2019autres.\u2019 a-t-il poursuivi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;[Youssouf Sa\u00efd Swalih, juin 2.004]<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abJ\u2019ai eu la chance d\u2019\u00eatre s\u00e9lectionn\u00e9 pour partir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger suivre une formation, dans le domaine des finances. Cela m\u2019a donn\u00e9 l\u2019occasion de serrer la main du Mwongozi, pour la derni\u00e8re fois, \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de Mroni-Ikoni. Il s\u2019\u00e9tait sp\u00e9cialement d\u00e9plac\u00e9, depuis Mwali, pour venir nous souhaiter un bon voyage. Mais cet \u00abAu revoir\u00bb devait, finalement, s\u2019av\u00e9rer un \u00abAdieu\u00bb. Ce jour-l\u00e0, nous l\u2019avons vu en larmes. C\u2019\u00e9tait \u00e0 la suite d\u2019une question que lui posait le journaliste de Radio-Komor de l\u2019\u00e9poque, \u00e0 propos de l\u2019\u00e9quipe qui allait quitter le pays, pour suivre des \u00e9tudes \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Il voulait avoir le sentiment du Guide, sur la continuit\u00e9 de la R\u00e9volution dans laquelle les jeunes jouaient le r\u00f4le d\u2019avant-garde. Dans sa r\u00e9ponse, autant que je m\u2019en souvienne, Ali a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ces jeunes sont une partie int\u00e9grante de mon propre corps et leur d\u00e9part, je le ressens comme si je perdais une partie de ma chair.&nbsp;\u00bb Il a prononc\u00e9 ces mots avec une tr\u00e8s grande \u00e9motion. Et d\u2019ajouter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous aller partir aujourd\u2019hui, certains reviendront panser les plaies des autres, mais restez toujours unis, ne vous dispersez jamais.\u00bb&nbsp;\u00bb&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[Takidine Salim mars 2.017]<\/p>\n\n\n\n<p>Il anticipe sa propre mort, le 18 mars 1978, apr\u00e8s l\u2019affaire d\u2019Ikoni o\u00f9 ses commandos, d\u00e9bord\u00e9s, ont laiss\u00e9 onze morts, derri\u00e8re eux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abJe suis revenu aux Comores, le jour des incidents d\u2019Ikoni. Je suis all\u00e9 voir Ali&nbsp;; je l\u2019ai trouv\u00e9, en train de pleurer, dans son bureau&nbsp;; il m\u2019a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu te rends compte&nbsp;! Ces cons&nbsp;! Ils sont all\u00e9s l\u00e0-bas. Ils ont tu\u00e9 des Comoriens. Je ne l\u2019admets pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb C\u2019est une justice importante \u00e0 lui rendre. Ali ne savait pas que les militaires \u00e9taient partis de Vwadjou, avec des armes et des cartouches&nbsp;<\/em>[r\u00e9elles],<em>&nbsp;pour mater Ikoni. \u00c7a a \u00e9t\u00e9 une affaire dramatique qui l\u2019a beaucoup affect\u00e9 et qui lui a fait perdre beaucoup de poids.\u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[Y.Lebret, novembre&nbsp; 2.000]<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abLes habitants \u00e9taient hostiles \u00e0 la nouvelle m\u00e9thode. Parce qu\u2019au d\u00e9but, avant de prendre une d\u00e9cision, Ali invitait au palais un \u00e9chantillon de gens auxquels il demandait leur avis. Vint un moment o\u00f9 il changea de m\u00e9thode. Il vit que ces gens-l\u00e0 constituaient un frein, alors qu\u2019il fallait aller vite. Donc, Ikoni n\u2019est plus m\u00eal\u00e9 au d\u00e9bat, les jeunes du Comit\u00e9 du village n\u2019arrangent pas les choses, la R\u00e9volution avance&nbsp;<\/em>[se durcit]<em>, on arr\u00eate par ci, on punit par l\u00e0, donc, les gens d\u2019Ikoni ont d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9agir&nbsp;: ils ont enferm\u00e9 les jeunes du Comit\u00e9, dans le ngouwou. L\u2019arm\u00e9e devait intervenir. Le commandant de l\u2019\u00e9tat-major Mohamed Ahmada dit \u00e0 Ali&nbsp;: \u00abVoil\u00e0&nbsp;! Nous devons d\u00e9barquer \u00e0 Ikoni parce que le Comit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 s\u00e9questr\u00e9.\u00bb Ali leur dit&nbsp;: \u00abSi vous allez \u00e0 Ikoni, n\u2019y allez pas avec des balles r\u00e9elles \u2013 moi, je connais les gens d\u2019Ikoni. Allez-y avec des balles \u00e0 blanc, juste pour les dissuader\u2026 Et d\u2019abord, il faut y envoyer les Mwassi, ce sont des jeunes et des militants&nbsp;! Et Ikoni, on ne peut pas le consid\u00e9rer comme un ennemi du r\u00e9gime, m\u00eame si, de temps en temps, ils manifestent leur m\u00e9conten-tement du r\u00e9gime\u2026 Vous allez essayer de discuter avec eux. Et si \u00e7a ne marche pas et si vous devez y aller vous-m\u00eames, allez-y, mais sans&nbsp;<\/em>[balles]<em>&nbsp;r\u00e9elles.\u00bb Mais le Cdt X., le commandant r\u00e9gional, lui, il se dit&nbsp;: \u2018Comment&nbsp;? Je vais aller l\u00e0-bas, sans armes&nbsp;? Moi, je connais les Ikoni, ce sont des durs qui vont nous abattre. Je ne vais pas\u2026\u2019 Il n\u2019en dit rien \u00e0 Ali, il s\u2019obstine, il part avec des armes&nbsp;<\/em>[charg\u00e9es \u00e0 balles r\u00e9elles].<em>&nbsp;Et quand ils sont l\u00e0-bas\u2026 A un moment donn\u00e9, on m\u2019a appel\u00e9. J\u2019\u00e9tais en face de l\u2019h\u00f4pital Al Maarouf. Ma femme \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Et je vois des ambulances arriver, \u00e0 toute allure, avec leur alerte sonore\u2026 \u00abQu\u2019est ce qui se passe&nbsp;?\u00bb Alors, on m\u2019appelle et Mohamed Ahmada, le Chef d\u2019\u00e9tat-major, me dit&nbsp;: \u00abAppelle Ali, s\u2019il te pla\u00eet, et dis-lui qu\u2019\u00e0 Ikoni, il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose\u2026\u00bb Ils ont eu peur d\u2019appeler eux-m\u00eames. \u00abMais, pourquoi tu ne l\u2019appelles pas toi-m\u00eame&nbsp;?\u00bb Parce que le n\u00b0 d\u2019Ali, il n\u2019y avait que moi et le Chef d\u2019\u00e9tat-major qui le connaissaient. M\u00eame que, pour communiquer avec lui, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tranger, moi, je devais aller \u00e0 la poste prendre la communication et la passer \u00e0 Ali. Il ne fallait pas qu\u2019on puisse le joindre directement, \u00e0 tout moment\u2026 A Ikoni, il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose\u2026 Il para\u00eet qu\u2019il y a eu des morts. Je suis en face de l\u2019h\u00f4pital. Je vois, c\u2019est vrai&nbsp;! Il y a beaucoup de gens qu\u2019on am\u00e8ne \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.\u00bb Ali ne dit rien, pendant un long moment\u2026 \u00ab&nbsp;Ahamada, notre r\u00e9gime est fini&nbsp;! Quand on commence \u00e0 s\u2019entre-tuer, comme \u00e7a, \u00e7a veut dire que notre effort est vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec\u2026&nbsp;\u00bb&nbsp; Et c\u2019\u00e9tait vrai. C\u2019\u00e9tait en mars 1978.\u00bb&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp; &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>[Mohamed Ahamada Tabibou, mars 2.000]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab<\/strong><em>Il y a eu des violences parce que les gens de son entourage n\u2019\u00e9taient pas bien pr\u00e9par\u00e9s. \/\/ Les violences, il y en a eu. Je me souviens qu\u2019\u00e0 Ikoni, il y a eu une fusillade \u00e0 la mosqu\u00e9e et o\u00f9 plusieurs personnes sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9es. Je me suis rendu \u00e0 l\u2019enterrement \u00e0 Ikoni, parce que j\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 un appel \u00e0 la Radio demandant des gens pour creuser les fosses. Les militaires avaient tir\u00e9 sur les gens qui \u00e9taient \u00e0 la mosqu\u00e9e, pendant la pri\u00e8re du matin. C\u2019\u00e9tait vers 05 h. On a d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le couvre-feu parce qu\u2019on ne voulait pas que les Ikoni manifestent. Il y eu couvre-feu, uniquement pour les gens d\u2019Ikoni. L\u2019origine de cette fusillade&nbsp;? Les Ikoni avaient mis les jeunes du Comit\u00e9, charg\u00e9s d\u2019appliquer les directives d\u2019Ali, dans un puits. Ils contestaient une d\u00e9cision de ce Comit\u00e9 qui avait impos\u00e9 comme dot, lors du mariage d\u2019une fille de grande famille, une chaise\u2026 Or, le p\u00e8re de cette fille avait pr\u00e9vu de la marier, selon la proc\u00e9dure du Mariage Fastueux. Cela avait fait honte \u00e0 la famille. Donc, la population avait r\u00e9agi et enferm\u00e9 le Comit\u00e9 dans un puits. Il y a eu un premier ultimatum, donn\u00e9 \u00e0 la population d\u2019Ikoni pour qu\u2019elle lib\u00e8re les jeunes&nbsp;; ils ont pass\u00e9 outre. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019Arm\u00e9e est intervenue et qu\u2019il y a eu cette fusillade. Certains Ikoni ont enfreint le couvre-feu&nbsp;; on les a arr\u00eat\u00e9s et fait marcher d\u2019Ikoni jusqu\u2019\u00e0 Mroni\u2026&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[Ahamadi Boura f\u00e9vrier 2.004]<\/p>\n\n\n\n<p>Son image en est tach\u00e9e de sang et certains de ses partisans le quittent, comme Aticki de Fou\u2019mbouni.<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00abEt \u00e0 la fin, je lui disais que \u00e7a n\u2019allait plus, que les gens \u00e9taient m\u00e9contents\u2026 Et c\u2019est comme cela que j\u2019ai constat\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait gravement malade&nbsp;; parce qu\u2019il m\u2019arrivait de parler, pendant une heure, sans \u00eatre interrompu, alors que, d\u2019habitude et auparavant, il aurait, aussit\u00f4t, r\u00e9pliqu\u00e9 \u00e0 chacune de mes phrases.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; [S. Chanudet, juillet 2.005]<\/p>\n\n\n\n<p>Il regarde sa mort en face, car elle fait, maintenant, partie de son plan final&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>\u00ab Il savait qu\u2019on allait le tuer&nbsp;; il a prononc\u00e9 un discours, disant&nbsp;: \u2018Cette ann\u00e9e, il y en a un qui va tomber&nbsp;: le Mwongozi ou la Kiyemba. \u00bb<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Ali savait qu\u2019il allait \u00e9chouer parce que je me souviens des derni\u00e8res semaines, avant notre d\u00e9part pour Ndzouani. On nous avait donn\u00e9 des consignes nous disant que, pendant 4 semaines, il ne fallait pas dormir dehors \/\/ mais rester vigilants. On pensait \u00e0 un coup d\u2019\u00c9tat imminent. Ali lui-m\u00eame avait dit \u00e0 ses proches&nbsp;: On a encore un mois dangereux&nbsp;! C\u2019est le tournant de la R\u00e9volution, comme pour atteindre le Do\u2019mba. Si nous passons ce cap, nous aurons atteint notre objectif politique. Mais si, un jour, vous apprenez que le Chef de l\u2019\u00c9tat est captur\u00e9, alors, il faudra d\u00e9poser les armes. Si au contraire, on vous dit que le Chef de l\u2019\u00c9tat a r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019enfuir, alors l\u00e0, il faudra r\u00e9sister. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>&nbsp;<\/em>[Elarif Minihadji, octobre 2.000]<\/p>\n\n\n\n<p>Ali est prisonnier, apr\u00e8s le 13 mai 1978, et attend l\u2019heure de sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il riait doucement, en secouant la t\u00eate, lui qui ne riait jamais, pendant nos r\u00e9unions. Il a refus\u00e9 de manger et n\u2019a fait que boire de l\u2019eau de coco (chidjavou) jusqu\u2019\u00e0 sa mort.\u00bb &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[Ahamada Mfwaha\u00efa, ao\u00fbt 1979]<\/p>\n\n\n\n<p>Il se rappelle, sans doute, le po\u00e8me d\u2019Alfred de Vigny \u00ab<em>La mort du loup<\/em>\u00bb qu\u2019il affectionnait,&nbsp; tout particuli\u00e8rement :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>G\u00e9mir,&nbsp;prier, pleurer, est \u00e9galement l\u00e2che.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Fais \u00e9nergiquement ta longue et lourde t\u00e2che,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans la voie o\u00f9 le sort a voulu t\u2019appeler.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Puis, apr\u00e8s, comme moi, souffre et meurs sans parler. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il ne para\u00eet pas abattu et semble se dire&nbsp;: \u00ab <em>L\u2019\u00e9chec d\u2019aujourd\u2019hui porte en lui, le succ\u00e8s de demain.<\/em>\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les commanditaires du coup&nbsp;d\u2019Etat arrivent le 21 mai 1978 et sont accueillis triomphalement dans la capitale.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se r\u00e9unissent et d\u00e9cident de mettre \u00e0 mort leur ennemi captif. Ils ont tous disparu aujourd\u2019hui. Citer leurs noms reviendrait \u00e0 faire porter le poids de cette d\u00e9cision \u00e0 leurs descendants qui n\u2019y sont pour rien. Une certitude, cependant&nbsp;: 5 personnalit\u00e9s ont refus\u00e9 de voter la mort d\u2019Ali&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00ab Mohamed Taki nous a appel\u00e9s, nous les jeunes du Hamaham\u00e9, et nous a dit<\/em>&nbsp;:&nbsp;<em>\u00ab Vous savez ce qui s\u2019est pass\u00e9&nbsp;? \u00bb \u00ab Non&nbsp;! \u00bb.&nbsp;\u00abAli Swalih a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9. \/\/ Au moment o\u00f9 la d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise, moi, Mohamed Ahmed, Rachid Mbaraka et Omar Tamou, nous avons refus\u00e9. Nous \u00e9tions 5 \u00e0 refuser mais eux, ils \u00e9taient 6 \u00e0 \u00eatre d\u2019accord.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ahmed Abdallah m\u2019a convoqu\u00e9 le soir.&nbsp;<\/em>\/[Je lui ai dit&nbsp;:]&nbsp;<em>\u00abNe tuez pas Ali Swalih&nbsp;! Parce que ses actes n\u2019\u00e9taient pas mauvais et par ce qu\u2019il ne m\u2019a pas tu\u00e9. Il m\u2019a seulement emprisonn\u00e9. Donc, emprisonnons-le. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[FoDoK B.03 135\/1062]<\/p>\n\n\n\n<p>Ali est r\u00e9veill\u00e9, dans la nuit du 29 mai 1978, vers 03 h., et poignard\u00e9 par une sorte de poin\u00e7on, mani\u00e9 par un mercenaire stipendi\u00e9, un des tueurs proches de Denard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La mort du Guide frappe aussi, ses fid\u00e8les, ses proches&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab <\/strong><em>Le Colonel B. Denard \u00e9tait accompagn\u00e9 du Commandant Ahmed Mohamed et du Ministre de l\u2019Information, Hadji Hassanali&nbsp;; ils sont venus ici, tr\u00e8s contents&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout s\u2019est bien pass\u00e9&nbsp;? Le colis a \u00e9t\u00e9 livr\u00e9, dans de bonnes conditions&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et le jour de son enterrement, ils \u00e9taient nombreux. Ils \u00e9taient l\u00e0, pour surveiller et pour v\u00e9rifier qu\u2019on l\u2019enterrait bien, \u00ab ce chien de communiste \u00bb et qu\u2019on ne les filmait pas, qu\u2019on ne photographiait pas la sc\u00e8ne. Parce que l\u00e0, on aurait vu qu\u2019il avait bien \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. Il y avait m\u00eame un agent, Lava, au moment o\u00f9 on a lav\u00e9 le corps, le matin. Il y avait peu de monde, \u00e0 l\u2019enterrement. La terreur r\u00e9gnait \u00e0 Chouwani. Il pouvait y avoir dix personnes, la famille seulement. D\u2019ailleurs, ils ne laissaient pas approcher de l\u2019endroit. \/\/ Le premier projet, diffus\u00e9 par la radio, venait du Moufti&nbsp;; on devait jeter le corps \u00e0 la mer. Je ne sais pas qui a refus\u00e9. Alors, ils ont eu peur qu\u2019on d\u00e9couvre la v\u00e9rit\u00e9.&nbsp; Ils avaient d\u00fb changer ses v\u00eatements qui \u00e9taient satur\u00e9s&nbsp;<\/em>[gorg\u00e9s]<em>&nbsp;de sang. Ils lui avaient mis d\u2019autres v\u00eatements mais ceux-ci, encore, \u00e9taient imbib\u00e9s de sang. Ils avaient enroul\u00e9 le corps dans une couverture qui \u00e9tait tach\u00e9e de sang, mais uniquement \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[Sa\u00efd Habibou dit \u00abPhilo\u00bb de Chouwani&nbsp; octobre 2.000]<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00ab<\/strong><em>Le 29 mai au matin, \u00e0 Chouwani, la grand-m\u00e8re m\u2019a donn\u00e9 du th\u00e9 que j\u2019ai refus\u00e9. L\u2019un des jeunes qui \u00e9taient l\u00e0, le fils de la cousine d\u2019Ali, fr\u00e8re de Pigeon, Swalih Mz\u00e9, a pris le th\u00e9 et est parti pour l\u2019\u00e9cole&nbsp;; il \u00e9tait en 5<sup>\u00e8me<\/sup>.&nbsp; Moi, j\u2019\u00e9tais en 6<sup>\u00e8me<\/sup>. J\u2019ai dit&nbsp;:&nbsp;\u00ab Je ne vais pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole, aujourd\u2019hui&nbsp;! \u00bb Je suis rest\u00e9 \u00e0 la maison&nbsp;; j\u2019\u00e9tais triste. Et \u00e7a a marqu\u00e9 la grand-m\u00e8re&nbsp;:&nbsp;\u00ab Cet enfant, c\u2019est vrai&nbsp;! Il a toujours \u00e9t\u00e9 attach\u00e9 \u00e0 Ali&nbsp;! \u00bb&nbsp; Et, d\u2019un coup, aux environs de 08 h, on a entendu les voisins qui pleuraient, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur,&nbsp;&#8211; \u00e0 Chouwani, pour la grande majorit\u00e9 des habitants, Ali \u00e9tait leur enfant &#8211; je suis all\u00e9 \u00e0 la porte et j\u2019ai appris qu\u2019Ali avait \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9. Nous avons mis la radio et avons appris qu\u2019Ali avait voulu s\u2019enfuir et qu\u2019on l\u2019avait abattu. Aux environs de 10 h., on a apport\u00e9 le corps et j\u2019\u00e9tais l\u00e0, avec sa m\u00e8re et sa s\u0153ur. Nous, nous avons pr\u00e9par\u00e9 un endroit et ils sont venus poser le corps, enroul\u00e9 dans une couverture jaune, et portant ses habits&nbsp;: un tee-shirt blanc, sa veste, un pantalon de couleur un peu jaune, et des souliers de couleur marron. J\u2019ai enlev\u00e9 les v\u00eatements moi-m\u00eame, mais le tee-shirt \u00e9tait plein de sang&nbsp;; j\u2019ai tent\u00e9 de laver ce tee-shirt mais je n\u2019ai pas pu, tant il y avait de sang&nbsp;; je l\u2019ai enterr\u00e9 dans la cour. La veste et le pantalon, je les ai gard\u00e9s, jusqu\u2019\u00e0 ce jour. Et m\u00eame, la couverture est encore l\u00e0.&nbsp; Je suis all\u00e9 appeler le purificateur (mhossa mwili), Hamadi Mwandz\u00e9, je l\u2019ai amen\u00e9 \u00e0 la maison&nbsp;; avec Kombo qui travaille, maintenant, \u00e0 la poste, nous avons lav\u00e9 le corps&nbsp;; il y avait Kombo, mon p\u00e8re, Souf Bourhane, Mohamed Ahamada, moi-m\u00eame\u2026 En tout, nous \u00e9tions 8. D\u2019autres \u00e9taient \u00e0 la porte\u2026 C\u2019est alors que j\u2019ai vu deux trous par lesquels le sang s\u2019\u00e9coulait, quand on soulevait le corps&nbsp;; en revanche, quand on posait le corps, le sang ne coulait pas. Il y avait deux tout petits orifices \u00e0 la poitrine, \u00e0 droite et \u00e0 gauche, mais rien dans le dos. J\u2019ai constat\u00e9 aussi, qu\u2019il y avait des points noirs, \u00e0 l\u2019orifice. Il n\u2019y avait pas beaucoup de sang dans la couverture&nbsp;; c\u2019\u00e9tait surtout le tee-shirt qui \u00e9tait satur\u00e9. B. Denard a dit \u00e0 deux mercenaires de rester, pour que personne ne vienne nous d\u00e9ranger, a-t-il dit. D\u2019ailleurs, quelqu\u2019un a tent\u00e9 d\u2019intervenir, disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est un m\u00e9cr\u00e9ant&nbsp;! Il ne faut pas laver son corps&nbsp;!&nbsp;\u00bb Les deux mercenaires l\u2019ont renvoy\u00e9. On a lav\u00e9 son corps, \u00e0 la fa\u00e7on musulmane, et on est all\u00e9 l\u2019enterrer\u2026&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[Ali Mhadji, juin 2.004]<\/p>\n\n\n\n<p>Le 12 juin 1978, le journaliste E. Ramarou r\u00e9sume&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Ali Soilih, l\u2019ancien Chef de la R\u00e9volution, devait dispara\u00eetre&nbsp;; il devait mourir parce qu\u2019il \u00e9tait trop dangereux. C\u2019\u00e9tait un dur, un intr\u00e9pide, un franc, un joueur. Il s\u2019\u00e9tait identifi\u00e9 \u00e0 la r\u00e9volution. Il avait \u00ab tout dans sa t\u00eate \u00bb. Il subjuguait, par son sourire, son \u00e9loquence, son \u00e9nergie, sa verve. Il administrait, consultait, observait. La nuit, il r\u00e9fl\u00e9chissait, \u00e9chafaudait des projets, d\u00e9vorait les livres. Il galopait, au-devant de la R\u00e9volution. Les jeunes suivaient, le peuple ne comprenait pas toujours. Ses ennemis en profitaient. Ils ont par\u00e9 au plus press\u00e9&nbsp;: qu\u2019au moins, la b\u00eate meure et, avec elle, si possible, ses id\u00e9es. Ali avait \u00e9pargn\u00e9 Ahmed Abdallah. L\u2019homme de la France l\u2019a livr\u00e9 aux bourreaux. L\u2019Histoire n\u2019oubliera pas. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le 13 mai 1991, Salim Himidi revient sur la p\u00e9riode&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab<em>La prise des leviers de commande de notre pays, par B. Denard et ses hors la loi, a largement contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9habilitation pr\u00e9coce d\u2019Ali Swalih, en tant que Leader (Mwongozi), r\u00e9dempteur, accoucheur d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 plus juste et plus solidaire. Il incombe aux responsables de prendre la juste mesure de l\u2019\u0153uvre inachev\u00e9e d\u2019Ali Swalih.\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em><br><\/em>Extrait de<em> Collectif, \u00ab&nbsp;L&#8217;\u00e9toile filante resplendit \u00e0 jamais&nbsp;\u00bb, Djahazi, 2022.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le p\u00e8re de la r\u00e9volution comorienne est arr\u00eat\u00e9 par les mercenaires fran\u00e7ais le 13 mai 1978. Maintenu en prison pendant deux semaines, les partisans du conservatisme, revenu au pouvoir avec Ahmed Abdallah, d\u00e9cident sa mise \u00e0 mort. Il sera ex\u00e9cut\u00e9 par un mercenaire de Bob Denard le 29 mai. 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