{"id":9218,"date":"2023-03-20T14:42:45","date_gmt":"2023-03-20T11:42:45","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9218"},"modified":"2023-03-21T19:47:13","modified_gmt":"2023-03-21T16:47:13","slug":"8-mars-violences-conjugales-aux-comores-un-tabou-qui-tue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/8-mars-violences-conjugales-aux-comores-un-tabou-qui-tue\/","title":{"rendered":"<strong>8 mars. Violences conjugales aux Comores\u00a0: un tabou\u00a0qui tue\u00a0!<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Les violences conjugales constituent un fl\u00e9au mondial qui tue incessamment. Les femmes en sont majoritairement victimes. Les femmes comoriennes ne sont pas exempt\u00e9es de ce fl\u00e9au. Qui ne se souvient pas du f\u00e9minicide de Faouzia Ta\u00efnamor, poignard\u00e9e par son \u00e9poux en pr\u00e9sence de son enfant en bas \u00e2ge, il y a plus de dix ans \u00e0 Ngazidja&nbsp;? Il y a juste un an (mars 2022), un m\u00e9decin comorien a d\u00e9nonc\u00e9 sur les r\u00e9seaux sociaux la mort d\u2019une femme enceinte \u00e0 cause de son mari qui avait refus\u00e9 qu\u2019elle soit transfus\u00e9e. Il n\u2019existe pas de statistiques officielles sur les violences conjugales aux Comores, mais le ph\u00e9nom\u00e8ne prend de plus en plus d\u2019ampleur. Malgr\u00e9 cela, le sujet reste tabou.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Natidja HAMIDOU<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Les violences conjugales pourrissent la vie de nombreuses femmes dans le monde. Si ce n\u2019est pas par des coups et des blessures, ce sont des insultes qu\u2019elles re\u00e7oivent. Si elles ne sont pas viol\u00e9es, elles sont rabaiss\u00e9es et humili\u00e9es par leurs conjoints. C\u2019est un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9sastreux, qui est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un nombre \u00e9lev\u00e9 de f\u00e9minicides dans de nombreux pays. Celles qui survivent deviennent invalides. D\u2019autres sont traumatis\u00e9es tout au long de leur vie. Se remettre de violences conjugales qu\u2019elles soient physiques, psychologiques, verbales ou sexuelles, est une \u00e9norme bataille qui n\u00e9cessite courage, d\u00e9termination, mais surtout soutien sans failles.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des violences en hausse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les femmes comoriennes ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es par ce d\u00e9sastre. M\u00eame s\u2019il n\u2019existe pas de chiffres officiels, les violences conjugales d\u00e9truisent de nombreuses Comoriennes. \u00ab&nbsp;<em>Nous accueillons plus de femmes battues, des femmes victimes de violences psychologiques qui tuent autant que les coups, des femmes victimes de violences \u00e9conomiques notamment avec les abandons d\u2019enfants<\/em>&nbsp;\u00bb, affirme Rahamata Goulam, ancienne pr\u00e9sidente de l\u2019association Hifadhwi, une ONG qui milite contre les violences faites aux filles et aux femmes. Le communiqu\u00e9 de presse de cette association lors de la journ\u00e9e internationale des droits des femmes le 8 mars 2023, d\u00e9voile \u00ab&nbsp;<em>28 cas d\u2019agressions conjugales chez la femme. Ce sont des cas signal\u00e9s non enregistr\u00e9s (CSE)<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ancien cadi Inzoudine Mohamed Lhadji confirme \u00e9galement que ce fl\u00e9au touche de plus en plus de femmes dans le pays&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Depuis 2005 que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 cadi jusqu\u2019\u00e0 mon licenciement <\/em>[ndlr&nbsp;: 2021], <em>j\u2019ai exerc\u00e9 dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions \u00e0 Ngazidja. J\u2019ai souvent re\u00e7u plusieurs plaintes de femmes victimes de<\/em> <em>violences conjugales. Certaines \u00e9taient battues, d\u2019autres \u00e9taient insult\u00e9es et humili\u00e9es par leurs \u00e9poux. Ce n\u2019est pas qu\u2019\u00e0 Ngazidja uniquement, mais dans toutes les \u00eeles des Comores. Nous \u00e9changeons entre coll\u00e8gues cadis&nbsp;; je vous assure que \u00e7a devient inqui\u00e9tant, la mani\u00e8re dont ce probl\u00e8me prend de plus en plus d\u2019ampleur jusqu\u2019\u00e0 ce jour<\/em>&nbsp;\u00bb, indique-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Abdoulabstoi Moudjahid, avocat au barreau de Moroni, n\u2019est pas en reste&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>\u00e0 mon actif, j\u2019ai eu \u00e0 d\u00e9fendre sept cas de violences conjugales, dont un devant le juge p\u00e9nal. Les six cas restants \u00e9taient des femmes qui demandaient soit le divorce, soit la garde de l\u2019enfant et la fixation d\u2019une pension alimentaire pour cause de violence conjugale&nbsp;<\/em>\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Tabou et silence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les f\u00e9minicides aux Comores sont autant r\u00e9elles que les viols des fillettes. Cela ne date pas d\u2019aujourd\u2019hui. En 2011, une m\u00e8re de famille, \u00e0 Hahaya, a succomb\u00e9 aux coups de son mari. Ce fait divers avait \u00e9t\u00e9 relat\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque par le quotidien <em>Al-Watwan<\/em>. On s\u2019en souvient encore du fameux <em>Mowamboi,<\/em> qui avait assassin\u00e9 sadiquement et m\u00e9thodiquement sa femme. Certains f\u00e9minicides, sont connus tandis que d\u2019autres non. C\u2019est un probl\u00e8me qui est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9solu. Or, les violences conjugales constituent un tabou qui tue dans l\u2019archipel des Comores. De nombreuses victimes ou familles des victimes n\u2019osent pas d\u00e9noncer ou porter plainte contre les conjoints. \u00ab&nbsp;<em>L\u2019\u00e9pouse peut venir nous voir, mais apr\u00e8s, elle refuse d\u2019aller jusqu\u2019au bout de sa d\u00e9marche. Parfois, elle nous appelle, nous donne rendez-vous, mais, apr\u00e8s, ni vu ni connu<\/em>&nbsp;\u00bb, regrette Rahamata Goulam. Cette th\u00e8se est confirm\u00e9e par l\u2019ancien cadi Inzoudine Mohamed Lhadji. Il d\u00e9plore le silence de nombreuses femmes face aux diverses violences qu\u2019elles subissent au sein du couple&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Souvent, la femme garde le silence. Elle ne d\u00e9nonce pas. Ces femmes qui ont ce genre d\u2019attitudes croient aimer leurs conjoints, mais oublient qu\u2019elles se tuent \u00e0 petit feu, \u00e0 force de souffrir. Certaines ont peur des familles, des r\u00e9actions de leurs oncles, etc.&nbsp;<\/em>\u00bb, pr\u00e9cise ce pr\u00eacheur religieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma\u00eetre Abdoulabstoi Moudjahid souligne en effet qu\u2019\u00ab&nbsp;<em>aux Comores, les proc\u00e8s pour violence conjugale sont extr\u00eamement rares, pour ne pas dire inexistants. \u2026m\u00eame si elle ne fait presque jamais l\u2019objet d\u2019un proc\u00e8s au p\u00e9nal, la violence conjugale est \u00e9voqu\u00e9e souvent par les femmes dans les proc\u00e9dures de divorce, de garde de l\u2019enfant et d\u2019allocation des pensions alimentaires. Malheureusement, rarement, les femmes victimes de ces violences d\u00e9posent plainte, et les juges qui statuent sur des questions soulevant des violences conjugales ne font pas des signalements au parquet<\/em>&nbsp;\u00bb. Ces affirmations suscitent des interrogations sur les causes r\u00e9elles qui poussent les femmes comoriennes \u00e0 ne pas d\u00e9noncer leurs agresseurs et \u00e0 ne pas porter plainte.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hypoth\u00e8se de la crainte de la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019est pas \u00e0 \u00e9carter, surtout si on vit dans un pays o\u00f9 une femme a \u00e9t\u00e9 chass\u00e9e de chez elle, et bannie par son village parce qu\u2019elle a d\u00e9nonc\u00e9 le viol de son enfant mineur. Pourtant, la religion est claire et pr\u00e9cise sur ce sujet selon l\u2019ancien cadi&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019Islam ne tol\u00e8re aucune violence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la femme. Il est permis \u00e0 la femme de venir demander son divorce chez le cadi si elle est battue par son mari&nbsp;\u00bb, d\u00e9clare Inzoudine Mohamed Lhadji.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La corruption de la Justice<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, le communiqu\u00e9 de presse de l\u2019ONG Hifadhwi le 8 mars 2023 souligne que \u00ab&nbsp;plusieurs femmes d\u00e9clarent avoir subi ou avoir pris connaissance de violences physiques, sexuelles ou \u00e9motionnelles de la part de leurs maris ou un autre membre de la famille, mais d\u00e9cident de garder le silence par manque de confiance en l\u2019appareil judiciaire&nbsp;\u00bb. On comprend de ce fait que l\u2019institution judiciaire comorienne est remise en cause. Les victimes n\u2019ont pas confiance \u00e0 la justice. Pourtant, les lois sont fond\u00e9es et sanctionnent les diff\u00e9rentes formes de violences. Mais nul n\u2019ignore l\u2019injustice et la corruption de notre justice.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019agissant de la loi comorienne sur les violences conjugales, l\u2019avocat Moudjahid pr\u00e9cise que&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si le nouveau Code p\u00e9nal est silencieux sur les violences conjugales, ce qui constitue une r\u00e9gression par rapport \u00e0 l\u2019ancien code, il existe tout de m\u00eame des lois sp\u00e9ciales qui d\u00e9finissent et r\u00e9prime&nbsp;\u00bb. Peut-on dire par ailleurs que la nouvelle loi tend \u00e0 minimiser ou \u00e0 moins sanctionner les violences conjugales&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Ce magistrat continue son analyse en indiquant que&nbsp;\u00ab&nbsp;pour ne citer que la Loi du 22 d\u00e9cembre 2014, portant pr\u00e9vention et r\u00e9pression des violences faites aux femmes en Union des Comores (&#8220;Loi Fatahou&#8221;), son article 1er \u00e9voque deux types de violences qui caract\u00e9risent la violence conjugale. Le premier est &#8220;la violence dans le milieu familial&#8221;&#8230; Ce premier type de violence englobe aussi bien la violence conjugale que la violence dont sont victimes les femmes non mari\u00e9es au sein de la cellule familiale. Le deuxi\u00e8me type de violence est &#8220;la violence domestique&#8221;, caract\u00e9ristique de la violence conjugale, prise de fa\u00e7on restreinte. Cette violence est d\u00e9finie comme \u00e9tant toute violence physique ou sexuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La loi Fatahou a pr\u00e9vu des mesures de pr\u00e9vention et de r\u00e9pression de toute violence conjugale qui ne sont malheureusement pas mises en application par les autorit\u00e9s. Ces mesures vont de la formation du personnel judiciaire et parajudiciaire sur les probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la violence conjugale \u00e0 la d\u00e9signation d\u2019un juge d\u2019instruction charg\u00e9 de la violence domestique et sexuelle au niveau de chaque \u00eele, en passant par la reconnaissance du viol conjugal et la fixation de la majorit\u00e9 sexuelle pour les filles \u00e0 18 ans. Ces \u00e9volutions ont fait du dispositif comorien de pr\u00e9vention et de r\u00e9pression des violences faites aux femmes un des meilleurs au niveau mondial. Mais, malheureusement, cette loi n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e par nos autorit\u00e9s&nbsp;\u00bb. Ce descriptif de la loi \u00ab&nbsp;Fatahou&nbsp;\u00bb fait par ce magistrat d\u00e9montre une loi visant \u00e0 bien sanctionner p\u00e9nalement les violences faites aux femmes. Toutefois, la r\u00e9alit\u00e9 sur le terrain est autre. Comment les victimes peuvent-elles avoir le courage de d\u00e9noncer ou porter plainte contre leur agresseur, si le lendemain celui-ci est lib\u00e9r\u00e9&nbsp;? Les ONG pr\u00e9sentes au pays malgr\u00e9 leur manque de moyens luttent pour que ces violences cessent ou du moins que les victimes osent en parler.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les violences conjugales constituent un fl\u00e9au mondial qui tue incessamment. Les femmes en sont majoritairement victimes. Les femmes comoriennes ne sont pas exempt\u00e9es de ce fl\u00e9au. 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