{"id":9180,"date":"2023-03-05T23:53:50","date_gmt":"2023-03-05T20:53:50","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9180"},"modified":"2023-03-05T23:53:52","modified_gmt":"2023-03-05T20:53:52","slug":"ayman-nordine-torture-jusqua-la-mort-par-des-gendarmes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/ayman-nordine-torture-jusqua-la-mort-par-des-gendarmes\/","title":{"rendered":"<strong>Ayman Nordine. Tortur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la mort par des gendarmes<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Les gendarmes du Peleton d\u2019Intervention de la Gendarmerie Nationale (PIGN) sont venus d\u00e9poser \u00e0 Vouvouni, dimanche 26 f\u00e9vrier, le corps envelopp\u00e9 dans un drap et des sacs plastiques d\u2019Aymane Nourdine, mort apr\u00e8s des heures de tortures au camp militaire de Md\u00e9, au sud de Moroni. Cette sc\u00e8ne a rappel\u00e9 aux Comoriens la p\u00e9riode sombre des mercenaires d\u2019Ahmed Abdallah qui avaient l\u2019habitude de rapporter les corps des jeunes morts pendant les \u00ab\u00a0interrogatoires\u00a0\u00bb \u00e0 leurs familles dans un sac plastique.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par MiB<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Aymane Nourdine avait 24 ans. Il laisse une femme et deux enfants. Soup\u00e7onn\u00e9 d\u2019avoir fait partie d\u2019une bande qui aurait vol\u00e9 2 kg d\u2019or \u00e0 une femme, il a \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9 par le tristement c\u00e9l\u00e8bre PIGN dans un v\u00e9hicule le dimanche 26 f\u00e9vrier. Son corps est ramen\u00e9 par les m\u00eames militaires dans son village dans la nuit et a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 le matin. Entre-temps, il est pass\u00e9 \u00e0 la Sant\u00e9 Militaire, sans doute pour constater sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un corps mutil\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les militaires ont affirm\u00e9 \u00e0 la famille que le jeune homme avait eu un malaise pendant les interrogatoires. Les photos du corps fournies par les gens de la ville au journaliste Oubeidillah Mchangama ne laissent aucun doute sur les tortures subies par Aymane Nourdine et sur la cause de sa mort. Les militaires ont \u00e9t\u00e9 si surpris par la publication de ces photos qu\u2019ils ont envisag\u00e9 d\u2019arr\u00eater le journaliste, avant de se raviser.<\/p>\n\n\n\n<p>Les stigmates que porte le corps du jeune Ayman Nourdine nous parlent. Et il faut les \u00e9couter pour percevoir la singularit\u00e9 de sa souffrance et ne pas la ranger parmi les tortures commises par l\u2019arm\u00e9e depuis l\u2019existence de l\u2019\u00c9tat comorien ou sous la colonisation. Pour ne pas banaliser ce nouveau crime de l\u2019Arm\u00e9e Nationale de D\u00e9veloppement et en faire un fait divers, une bavure de plus, un accident caus\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut imaginer les heures de souffrance pendant lesquelles des hommes en treillis, tels des esclavagistes des temps modernes ont frapp\u00e9 et frapp\u00e9 avec leurs gros ceinturons incrust\u00e9s de fer le dos, les bras, les jambes et la t\u00eate d\u2019Aymane et l\u2019ont lac\u00e9r\u00e9 de partout faisant ressortir la chair rouge sur divers endroits de sa peau d\u00e9chir\u00e9e. Il faut imaginer le sadisme particulier qui a permis \u00e0 ces militaires de faire de s\u2019amuser pendant des heures \u00e0 faire surgir le sang de partout sur le corps de ce jeune homme, jusque sous les ongles. Il faut imaginer les coups qui lui ont \u00e9t\u00e9 fatals, des coups sur la t\u00eate et qui ont probablement provoqu\u00e9 un traumatisme cr\u00e2nien. D\u2019o\u00f9 le sang qui sort par les oreilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment des hommes cens\u00e9s avoir appris \u00e0 prot\u00e9ger les citoyens ont-ils pu faire autant de d\u00e9g\u00e2ts sur un corps en \u00e0 peine une journ\u00e9e&nbsp;? C\u2019est une des questions que les Comoriens de bonne foi devront se poser apr\u00e8s la disparition de la dictature qui r\u00e8gne actuellement \u00e0 Moroni.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La d\u00e9fense du r\u00e9gime<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quel moment de son calvaire a-t-il eu la permission d\u2019appeler quelqu\u2019un&nbsp;? Est-ce que les gendarmes qui le torturaient lui ont donn\u00e9 un t\u00e9l\u00e9phone pour exaucer sa derni\u00e8re volont\u00e9&nbsp;avant de se laisser aller au repos \u00e9ternel&nbsp;? Est-ce que les m\u00e9decins de la Sant\u00e9 Militaire constatant qu\u2019ils ne pouvaient plus rien pour lui ont acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 sa volont\u00e9 de faire un dernier appel&nbsp;? Ce ne sont que des hypoth\u00e8ses pour essayer de comprendre ce t\u00e9moignage livr\u00e9 par un de ses amis \u00e0 Oubeidillah Mchangama. Aymane Nourdine l\u2019aurait appel\u00e9, mourant, et l\u2019aurait suppli\u00e9 de l\u2019aider \u00e0 r\u00e9citer sa derni\u00e8re pri\u00e8re (la shahada).<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, pour les tenants du r\u00e9gime, ceux qui deviennent de plus en plus les id\u00e9ologues du r\u00e9gime, pour qui, il faut prot\u00e9ger le syst\u00e8me et surtout celui qui est au sommet de ce syst\u00e8me, il s\u2019agit uniquement d\u2019une bavure, une d\u00e9viance dont seuls sont responsables les gendarmes qui ont donn\u00e9 les coups.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour l\u2019ancien imam Mohamed Kassim Badjrafele (ou Bajrafil), nomm\u00e9 Ambassadeur de l\u2019UNESCO l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, et qui consid\u00e8re le chef d\u2019\u00e9tat-major, le G\u00e9n\u00e9ral Youssouf Idjihadi comme son oncle, cet assassinat n\u2019est que le reflet d\u2019une violence qui monte de plus en plus dans la soci\u00e9t\u00e9 et non un crime qu\u2019on peut relier \u00e0 l\u2019arm\u00e9e ou \u00e0 l\u2019\u00c9tat. Pour Ahmed-Hachim Sa\u00efd Hassane, fils de l\u2019ancien ministre et opposant du colonel Azali, qui a d\u00e9cid\u00e9, depuis peu, de rejoindre le camp gouvernemental, le chef de l\u2019\u00c9tat n\u2019est en rien responsable de ce crime et n\u2019avait aucun int\u00e9r\u00eat \u00e0 cet assassinat. L\u2019ancien R\u00e9dacteur en Chef de l\u2019ORTC, aujourd\u2019hui Correspondant Francophonie aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, Abdoulatuf Bacar, affirme quant \u00e0 lui que \u00ab&nbsp;les enjeux sont doubles&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;ne jamais donner raison aux d\u00e9linquants&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;dire stop aux violences polici\u00e8res&nbsp;\u00bb et lorsqu\u2019un internaute l\u2019interroge sur ce terme de \u00ab&nbsp;d\u00e9linquants&nbsp;\u00bb alors qu\u2019Aymane Nourdine n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 jug\u00e9, il affirme&nbsp;qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;accus\u00e9 de vol&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un crime syst\u00e9mique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce crime est donc banalis\u00e9 et r\u00e9duit en un fait divers par les partisans du r\u00e9gime autocratique \u00e0 Moroni. Pourtant, le caract\u00e8re syst\u00e9mique des tortures a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises par les journalistes, et particuli\u00e8rement ceux de Masiwa. Il a surtout \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit dans un rapport de l\u2019ONU (mars 2020), suite \u00e0 la visite aux Comores de Nils Melzer, Rapporteur Sp\u00e9cial sur les Tortures du 12 au 15 juin 2019. Le fonctionnaire de l\u2019ONU a rapport\u00e9 que les prisonniers, particuli\u00e8rement les prisonniers politiques, sont syst\u00e9matiquement tortur\u00e9s au cours des interrogatoires. Le rapport du D\u00e9partement d\u2019\u00c9tat am\u00e9ricain (2021) reprend les m\u00eames conclusions.<\/p>\n\n\n\n<p>La mort d\u2019Aymane n\u2019est donc pas un hasard, il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par un syst\u00e8me dictatorial qui a donn\u00e9 carte blanche \u00e0 l\u2019arm\u00e9e pour pratiquer la torture afin d\u2019obtenir des informations rapidement, qu\u2019elles soient politiques ou banales. Les policiers, les gendarmes et les soldats savent que, quel que soit le crime qu\u2019ils peuvent commettre, ils ne seront jamais jug\u00e9s. Le syst\u00e8me autocratique les prot\u00e8ge. Les exemples sont l\u00e9gion&nbsp;: Ahamada Gazon abattu \u00e0 Iconi d\u2019une balle tir\u00e9e par un militaire, le commandant Faissoil Abdoussalam, le gendarme Nacer Abdourazak et un civil, Salim Nassor, ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s au camp militaire de Kandani au cours d\u2019une fusillade, le major Hakim Bapale tu\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 longuement tortur\u00e9 et enterr\u00e9 \u00e0 la h\u00e2te sans lavement et sans pri\u00e8res, de nombreux corps retrouv\u00e9s \u00e0 la Grande-Comore et \u00e0 Anjouan\u2026 Le point commun de tous ces morts, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a jamais eu d\u2019enqu\u00eates ni de condamnations. Et l\u2019on ne parle presque jamais de ceux qui sont sortis de ces tortures estropi\u00e9s physiquement ou mentalement. Le pouvoir ex\u00e9cutif a toujours couvert. Pourtant, pour chaque cas, le gouvernement et \u00e0 sa suite la pr\u00e9sidente de la Commission nationale des Droits de l\u2019Homme et des Libert\u00e9s, Sittou Raghadat Mohamed, annoncent une enqu\u00eate pour calmer les esprits.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Plusieurs enqu\u00eates seraient ouvertes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le 2 mars lors d\u2019une conf\u00e9rence de presse sur la pr\u00e9sidence de l\u2019Union africaine, le ministre de la Justice, Dja\u00e9 Ahamada a annonc\u00e9 laconiquement l\u2019ouverture de trois enqu\u00eates&nbsp;: sur le vol de l\u2019or, sur la mort d\u2019Aymane Nordine qu\u2019il a d\u00e9sign\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises comme \u00ab&nbsp;mwana wahatru&nbsp;\u00bb (\u00ab&nbsp;notre enfant&nbsp;\u00bb) et enfin une enqu\u00eate de commandement pour d\u00e9terminer les responsabilit\u00e9s au sein de l\u2019arm\u00e9e. Le porte-parole du gouvernement, Houmed Msaidi\u00e9, qui avait annonc\u00e9 l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate apr\u00e8s l\u2019assassinat de du major Hakim Bapale a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 se taire cette fois. Par contre, le charg\u00e9 de la D\u00e9fense, Youssoufa Mohamed Ali (Belou) qui avait affirm\u00e9 que la mort de Bapale \u00e9tait due \u00e0 un malaise a affirm\u00e9 cette fois que certains militaires \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 en prison et que l\u2019enqu\u00eate sera boucl\u00e9e le 10 mars et les r\u00e9sultats rendus publics.<\/p>\n\n\n\n<p>Suite \u00e0 cette conf\u00e9rence, la pr\u00e9sidente de la CNDHL a annonc\u00e9 dans un communiqu\u00e9 dat\u00e9 du 3 mars, mais rendu public le 4 qu\u2019avant de se prononcer sur le meurtre d\u2019Aymane Nourdine, elle allait mener une enqu\u00eate. Il est \u00e0 noter qu\u2019apr\u00e8s la mort du major Bapale, elle avait dit la m\u00eame chose et jusqu\u2019aujourd\u2019hui, la CNDHL n\u2019a toujours pas d\u00e9nonc\u00e9 ce meurtre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est difficile de ne pas dire que l\u2019\u00c9tat, que le chef de l\u2019\u00c9tat, pr\u00e9sident en exercice de l\u2019Union Africaine, que le gouvernement, que l\u2019arm\u00e9e et la Justice ne sont pas responsables de la torture dans un camp militaire d\u2019un jeune homme de 24 ans et de sa mort suite \u00e0 ces violentes tortures. Le caract\u00e8re syst\u00e9mique des tortures et l\u2019inaction ou plut\u00f4t le blocage de toute enqu\u00eate et le maintien dans l\u2019arm\u00e9e des tortionnaires est d\u2019abord de la responsabilit\u00e9 du chef de l\u2019\u00c9tat, ancien militaire, conscient qu\u2019il ne doit son maintien au pouvoir qu\u2019au soutien de l\u2019arm\u00e9e qui depuis 2018 r\u00e9prime les manifestations et couvre les fraudes \u00e9lectorales au vu et au su de tous.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les gendarmes du Peleton d\u2019Intervention de la Gendarmerie Nationale (PIGN) sont venus d\u00e9poser \u00e0 Vouvouni, dimanche 26 f\u00e9vrier, le corps envelopp\u00e9 dans un drap et des sacs plastiques d\u2019Aymane Nourdine, mort apr\u00e8s des heures de tortures au camp militaire de Md\u00e9, au sud de Moroni. 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