{"id":9086,"date":"2023-02-06T19:17:28","date_gmt":"2023-02-06T16:17:28","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=9086"},"modified":"2023-02-06T19:17:29","modified_gmt":"2023-02-06T16:17:29","slug":"bonheur-ou-imbecilite-collective","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/bonheur-ou-imbecilite-collective\/","title":{"rendered":"<strong>Bonheur ou imb\u00e9cilit\u00e9 collective ?<\/strong>"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Pour mesurer le degr\u00e9 de satisfaction \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la qualit\u00e9 de vie, les Nations Unies utilisent l\u2019\u00e9chelle de Cantril qui mesure 9 des conditions de vie objectives: logement, revenu, emploi, \u00e9ducation, sant\u00e9, environnement, gouvernance, s\u00e9curit\u00e9, et conciliation travail-famille. \u00c0 ce niveau, les Qu\u00e9b\u00e9cois se placent au deuxi\u00e8me rang, tout juste derri\u00e8re les Danois, parmi les gens les plus heureux de la plan\u00e8te (Etats-Unis, 16<sup>e<\/sup>).<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Ben (Qu\u00e9bec)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019en est-il des Comoriens ? Quel est notre degr\u00e9 de satisfaction vis-\u00e0-vis de la vie que nous menons aux Comores? Quel est notre rang dans ce classement international ?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;\u00c9tonnamment, malgr\u00e9 que tout va mal, dans tous les domaines confondus, je constate \u00e0 chacune de mes vacances au pays, que les gens sont heureux, je dirais m\u00eame, tr\u00e8s heureux : pas d\u2019eau, pas d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, pas de route, un syst\u00e8me de sant\u00e9 quasi inexistant; l\u2019\u00e9ducation est \u00e0 terre; aucune couverture sociale pour les d\u00e9munis; ch\u00f4mage explosif; chert\u00e9 de la vie avec un pouvoir d\u2019achat m\u00e9diocre; pollution urbaine et littorale; bidonvilisation de la capitale, administration publique corrompue; d\u00e9linquance juv\u00e9nile expansive qui n\u2019\u00e9pargne aucune couche sociale; \u00e9talage ostentatoire des richesses mal acquises; une justice inefficace, le retour de la malnutrition; population musel\u00e9e au service du r\u00e9gime en place; effritement et porosit\u00e9 du tissu social envahi par un Islam wahhabite et la pornographie, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, comment expliquer ce ph\u00e9nom\u00e8ne paradoxal de voir des gens \u00e9panouis dans un oc\u00e9an de mis\u00e8res et d\u2019avenir hypoth\u00e9qu\u00e9 ? La r\u00e9ponse, diront certains esprits cyniques, c\u2019est les mashuhuli ! Cet opium des Comoriens et, les milliards d\u00e9vers\u00e9s par les Jeviens durant leur s\u00e9jour \u00e9ph\u00e9m\u00e8re dans les \u00eeles seraient la pilule magique, ce qui rend tout un pays heureux. Ce n\u2019est pas si s\u00fbr ! Je pense que les Comoriens sont tout simplement, pour reprendre l\u2019expression du Georges Brassens, des \u00ab imb\u00e9ciles heureux \u00bb. Des gens qui croient b\u00e9atement que tout va bien quand, en fait, tout va mal. Ce qui nous place probablement dans ce classement, d\u00e9trompez-moi, \u00e0 la queue du peloton.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019ai dit que nous, les Comoriens, sommes des imb\u00e9ciles heureux, n\u2019oublions pas que, moi-m\u00eame, j\u2019en fais partie g\u00e9n\u00e9tiquement et culturellement (Itsandra M\u2019djini\/Itsinkoudi) et que directement ou indirectement je participe \u00e0 cet \u00e9tat de fait.<\/p>\n\n\n\n<p>Je voudrais aussi rappeler, avant de poursuivre, que le regard que je pose sur les Comores d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019est pas celui d\u2019un vacancier qui cherche \u00e0 se d\u00e9fouler, frustr\u00e9 de ne pas avoir pu faire le tour de Ngazidja avec ses enfants parce que, des routes praticables, il n\u2019y en a pas. Je m\u2019exprime en connaissance de cause puisque je connais l\u2019administration comorienne pour y avoir travaill\u00e9 16 ann\u00e9es durant pour le syst\u00e8me de sant\u00e9 avant d\u2019\u00e9migrer \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans. Cette maturit\u00e9 doubl\u00e9e d\u2019une exp\u00e9rience de vie active comorienne me permet donc de nuancer et de relativiser sur ce que je vois au fil des ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de moi l\u2019id\u00e9e de comparer les Comores avec le Canada; je suis davantage interpell\u00e9 par l\u2019\u00e9tat dans lequel se trouve aujourd\u2019hui notre pays, par rapport \u00e0 ce qu\u2019il \u00e9tait il y a 10, 20, voire 30 ans alors que nous avions vaincu le colonialisme et ses mercenaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, l\u2019id\u00e9e selon laquelle plus on est riche, plus on est heureux n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e, car le bonheur est multifactoriel; sa composante subjective est difficilement mesurable parce qu\u2019elle d\u00e9pend de l\u2019affect de chaque individu et celui-ci l\u2019emporte parfois sur les biens mat\u00e9riels qui nous pr\u00e9occupent. J\u2019en suis conscient !<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, lorsqu\u2019un pays est prosp\u00e8re, on parle d\u2019une richesse collective. Par exemple, lors de la trag\u00e9die du crash de l\u2019avion de la compagnie Yemenia, tout le monde \u00e9tait concern\u00e9 de pr\u00e8s ou de loin; la sensibilit\u00e9 collective s\u2019est manifest\u00e9e pour donner un autre sens \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e8nement. Individuellement, c\u2019\u00e9tait la perte d\u2019un proche, en revanche, au niveau collectif, on avait \u00e0 g\u00e9rer une trag\u00e9die nationale. On peut donc conclure que la collectivit\u00e9, la masse, comme l\u2019individu, a une m\u00e9moire qui lui permet de se poser des questions existentielles et de s\u2019adapter aux circonstances de la vie quotidienne pour en retirer le maximum de satisfaction collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Si nous sommes d\u2019avis que le bonheur collectif, la douleur collective, la richesse collective, et j\u2019en passe et le meilleur, existent dans une soci\u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9, la folie collective ou l\u2019imb\u00e9cilit\u00e9 collective n\u2019existe-t-elle pas aussi en tant que comportement soci\u00e9tal ?<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Je crois sinc\u00e8rement qu\u2019un pays qui se respecte doit \u00eatre fier de son succ\u00e8s, mais aussi, il doit en assumer son \u00e9chec. Or, j\u2019ai nettement l\u2019impression que chez nous, le mot \u00e9chec est tabou d\u2019o\u00f9 cette folie collective d\u2019acc\u00e9der \u00e0 la nouvelle bourgeoisie par le truchement d\u2019un bon anda, d\u2019un bon lobbying et d\u2019un poste politique o\u00f9 tout r\u00eave sera permis, peut-importe le prix \u00e0 payer. L\u00e0 o\u00f9 le b\u00e2t blesse, dans notre pays, l\u2019\u00e9chec personnel doit \u00eatre \u00e9touff\u00e9 par n\u2019importe quel moyen quitte \u00e0 vendre son \u00e2me au diable, alors que l\u2019\u00e9chec collectif n\u2019\u00e9meut personne.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reconnais qu\u2019individuellement cela n\u2019a pas de sens de se faire traiter d\u2019idiot alors que nous sommes bard\u00e9s de dipl\u00f4mes de tr\u00e8s haut niveau; individuellement, je le reconnais et je le r\u00e9p\u00e8te, nous avons r\u00e9ussi, et m\u00eame tr\u00e8s bien r\u00e9ussi, dirais-je, mais, collectivement, avouons-le, regardez autour de vous, ne soyez pas hypocrites&nbsp;: c\u2019est la mis\u00e8re, le chaos.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment en sommes-nous arriv\u00e9s l\u00e0 ? La r\u00e9ponse est \u00e0 la fois simple et complexe. Simple parce que nous avons fait un choix de privil\u00e9gier l\u2019int\u00e9r\u00eat individuel au d\u00e9triment des enjeux collectifs; avec le temps, nous avons fini par tuer la m\u00e9moire collective qui nous prot\u00e9geait de la malhonn\u00eatet\u00e9, de l\u2019abus, de l\u2019impunit\u00e9, des sans-c\u0153urs pour la remplacer par un app\u00e9tit gargantuesque pour les biens mat\u00e9riels que nous ne produisons m\u00eame pas; nous avons mis de c\u00f4t\u00e9 les valeurs communes qui jadis nous rendaient forts et unis comme le respect, le don, la gratuit\u00e9, la tol\u00e9rance, le partage des biens communs, la peur d\u2019\u00eatre jug\u00e9 n\u00e9gativement et la honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Complexe dans la mesure o\u00f9 ceux qui devraient pr\u00eacher par l\u2019exemple ont d\u2019autres soucis que le bien-\u00eatre de la collectivit\u00e9. Et, comme l\u2019homme est le produit de son milieu, nos jeunes, c\u2019est-\u00e0-dire la rel\u00e8ve de demain, \u00e9duqu\u00e9es depuis ces 30 derni\u00e8res ann\u00e9es sur la base des coups d\u2019\u00c9tat, de mkarakara, de la corruption, des magouilles, du droit de cuissage, de l\u2019impunit\u00e9, du clanisme, du n\u00e9potisme, de l\u2019avidit\u00e9 pour le d\u00e9tournement de fonds, des changements de constitution tous azimuts, d\u2019assassinats cibl\u00e9s, de p\u00e9dophilie, de valorisation du paraitre, etc., n\u2019ont appris qu\u2019une chose&nbsp;: entretenir le mal, c\u2019est-\u00e0-dire, l\u2019imb\u00e9cilit\u00e9 collective en m\u00e9langeant droit et devoir et en valorisant le faux-semblant.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, parce que parler c\u2019est facile, tout le monde parle, tout le monde sait comment r\u00e9gler les probl\u00e8mes des Comores, mais comme vous l\u2019avez remarqu\u00e9, en ce qui me concerne, je ne juge personne, je ne fais que constater ce que sont devenues nos \u00eeles de la Lune, aujourd\u2019hui, comparativement \u00e0 ce qu\u2019elles \u00e9taient il y a quelques d\u00e9cennies, et surtout, ce qu\u2019elles ne sauraient pas \u00eatre demain. Nul besoin d\u2019\u00eatre un expert en machin truc pour conclure qu\u2019on est bien loin d\u2019\u00eatre des gens heureux. Voil\u00e0 pourquoi, j\u2019aime ce que les Am\u00e9ricains appellent le <strong><em>character issue, <\/em><\/strong><em>j<\/em>uger les actes et non pas les paroles, fussent-elles divines.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour mesurer le degr\u00e9 de satisfaction \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la qualit\u00e9 de vie, les Nations Unies utilisent l\u2019\u00e9chelle de Cantril qui mesure 9 des conditions de vie objectives: logement, revenu, emploi, \u00e9ducation, sant\u00e9, environnement, gouvernance, s\u00e9curit\u00e9, et conciliation travail-famille. \u00c0 ce niveau, les Qu\u00e9b\u00e9cois se placent au deuxi\u00e8me rang, tout juste derri\u00e8re les Danois, parmi [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":9087,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[52],"tags":[268,97],"class_list":["post-9086","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-societe","tag-edition-416","tag-trending"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/9086","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/comments?post=9086"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/9086\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9088,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/posts\/9086\/revisions\/9088"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media\/9087"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/media?parent=9086"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/categories?post=9086"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/masiwa-comores.com\/json\/wp\/v2\/tags?post=9086"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}