{"id":8721,"date":"2022-10-17T16:24:33","date_gmt":"2022-10-17T13:24:33","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=8721"},"modified":"2022-10-17T16:24:35","modified_gmt":"2022-10-17T13:24:35","slug":"mbeni-encore-des-bavures-de-land","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/politique\/mbeni-encore-des-bavures-de-land\/","title":{"rendered":"Mbeni. Encore des bavures de l\u2019AND"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Par <strong>Mib<\/strong><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Depuis mercredi 12 octobre 2022, l\u2019AND m\u00e8ne plusieurs op\u00e9rations dans la ville de Mbeni, connue pour son opposition au gouvernement d\u2019Azali Assoumani. La raison avanc\u00e9e est le fait que les habitants ont voulu c\u00e9l\u00e9brer un maulida \u00e0 15 heures au lieu de 19 heures comme le pr\u00e9conise un arr\u00eat\u00e9 gouvernemental. Plus cette op\u00e9ration dure et plus la volont\u00e9 de vengeance contre la population apparait\u00a0: l\u2019arm\u00e9e agit comme ferait une arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re en guerre.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Dimanche 16 octobre, les op\u00e9rations de l\u2019Arm\u00e9e nationale de D\u00e9veloppement (AND) n\u2019ont toujours pas pris fin dans la ville de Mb\u00e9ni, au nord-est de la Grande-Comore. Cette fois les militaires ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans la for\u00eat r\u00e9gionale et les environs de la ville \u00e0 la recherche des habitants, notamment les jeunes qui ont fui les exactions de l\u2019arm\u00e9e qui durent maintenant depuis cinq jours.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Un maulida l\u2019apr\u00e8s-midi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019apr\u00e8s-midi du 12 octobre, l\u2019AND a re\u00e7u l\u2019ordre d\u2019intervenir dans la ville pour interrompre une c\u00e9r\u00e9monie religieuse de maulida qui devait avoir lieu l\u2019apr\u00e8s-midi, comme chaque ann\u00e9e, alors qu\u2019un arr\u00eat\u00e9 du gouvernement datant de deux semaines interdisait ce genre de pri\u00e8re, en ce mois de naissance du proph\u00e8te, avant 19 heures. Le Procureur Djounaid a expliqu\u00e9 aux journalistes que l\u2019arr\u00eat\u00e9 sign\u00e9 par le ministre des Finances Mze Abdou Mohamed Chanfiou, lui-m\u00eame originaire de Mbeni (en l\u2019absence du ministre de la Justice) n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9 par la ville. Il a laiss\u00e9 entendre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un d\u00e9fi lanc\u00e9 aux autorit\u00e9s et que cela justifiait l\u2019intervention de l\u2019arm\u00e9e pour stopper ces pri\u00e8res. Dans son intervention, il s\u2019est content\u00e9 de dire que les militaires ont lanc\u00e9 des grenades lacrymog\u00e8nes pour disperser la foule, et a sciemment omis de dire que l\u2019arm\u00e9e a aussi fait usage d\u2019armes l\u00e9tales usant m\u00eame de balles r\u00e9elles, comme l\u2019ont confirm\u00e9 des professionnels de la Sant\u00e9 qui se sont occup\u00e9s des bless\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Mbeni. Cela vaut d\u2019ailleurs \u00e0 certains \u00e0 trois d\u2019entre eux d\u2019\u00eatre enferm\u00e9s \u00e0 la Brigade de Recherche. Tous les bless\u00e9s graves actuellement \u00e0 l\u2019h\u00f4pital (environ 25 personnes) ont \u00e9t\u00e9 atteints par des balles. D\u00e8s mercredi, des vid\u00e9os montraient des balles r\u00e9elles incrust\u00e9es dans les murs int\u00e9rieurs des maisons et des douilles sur les lits. Les douilles \u00e9taient dispers\u00e9es partout, et m\u00eame les enfants en conservent, \u00ab&nbsp;pour l\u2019histoire&nbsp;\u00bb, dit une adolescente dans les rues de Mbeni.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Des bless\u00e9s \u00e0 balles r\u00e9elles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s, les dires du porte-parole du gouvernement, Houmed Msaidi\u00e9, les militaires n\u2019ont tir\u00e9 sur les jeunes qu\u2019avec des balles \u00e0 blanc et une fois qu\u2019ils n\u2019avaient plus de grenades lacrymog\u00e8nes et seulement dans l\u2019intention de se d\u00e9gager et pouvoir quitter la ville. Seulement, apr\u00e8s le d\u00e9part de l\u2019arm\u00e9e, les jeunes ont \u00e9vacu\u00e9 les nombreux bless\u00e9s par balles \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Mbeni et ensuite ont d\u00e9cid\u00e9 de r\u00e9gler leurs comptes avec les partisans du gouvernement dans la ville. Ils ont donc mis le feu \u00e0 des voitures, des magasins et des maisons, notamment celle du ministre Mze Abdou Mohamed Chanfiou.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant toute la journ\u00e9e de jeudi, la ville a subi un blocus pendant lequel aucun v\u00e9hicule ne pouvait entrer ou sortir, sauf les v\u00e9hicules de secours qui transportaient ceux qui avaient \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s la veille par les tirs des soldats. M\u00eame les journalistes avaient interdiction d\u2019y entrer. Pourtant, dans les r\u00e9seaux sociaux circulaient depuis le 12 octobre des vid\u00e9os des d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par l\u2019intervention de l\u2019arm\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Apr\u00e8s le blocus, l\u2019assaut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le temps de faire converger les effectifs n\u00e9cessaires, l\u2019arm\u00e9e a donc donn\u00e9 l\u2019assaut. Tr\u00e8s t\u00f4t dans la matin\u00e9e, plusieurs colonnes de soldats ont travers\u00e9 la ville de Mbeni, vendredi 14 octobre, jour de pri\u00e8re et de recueillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour avoir une id\u00e9e de ce qui s\u2019est pass\u00e9 lors de cette intervention, il n\u2019y a que quelques vid\u00e9os post\u00e9s par des habitants apeur\u00e9s derri\u00e8re leurs fen\u00eatres. Elles montrent surtout les d\u00e9g\u00e2ts commis par les soldats. La ville est devenue comme un champ de bataille sur lequel une arm\u00e9e \u00e9trang\u00e8re aurait d\u00e9cid\u00e9 de mener une vaste op\u00e9ration de repr\u00e9sailles contre des civils. Les soldats de la bien nomm\u00e9e Arm\u00e9e nationale de D\u00e9veloppement ont tout cass\u00e9 sur leur passage&nbsp;: les vitres des fen\u00eatres, les voitures sur leur passage, les meubles \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des maisons, du moins celles qui n\u2019avaient pas encore subi ces d\u00e9gradations lors de la premi\u00e8re descente de l\u2019arm\u00e9e deux jours auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019une des vid\u00e9os montre le Cybercaf\u00e9 de Mohamed Bastoi enti\u00e8rement d\u00e9truit. Tout le mat\u00e9riel est cass\u00e9, les appareils des clients, t\u00e9l\u00e9phones et ordinateurs gisent par terre, m\u00eame le r\u00e9frig\u00e9rateur a \u00e9t\u00e9 saccag\u00e9 et les boissons prises.<\/p>\n\n\n\n<p>Les soldats ont forc\u00e9 les portes, sont entr\u00e9s dans les maisons, ont interrog\u00e9 et ont amen\u00e9 plusieurs jeunes, plusieurs femmes et m\u00eame de vieux notables et de vieilles qu\u2019ils ont jet\u00e9s comme du b\u00e9tail dans leurs pick-up. Plusieurs d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 conduits dans le tristement c\u00e9l\u00e8bre camp militaire de Md\u00e9 o\u00f9 plusieurs civils ont par le pass\u00e9 \u00e9t\u00e9 tortur\u00e9s dans des interrogatoires muscl\u00e9s. Des m\u00e9thodes d\u2019interrogatoires pratiqu\u00e9es dans les camps militaires ou dans les gendarmeries qui ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9es dans un rapport de l\u2019ONU en mars 2020 (Lire&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019ONU d\u00e9nonce la pratique de la torture aux Comores&nbsp;\u00bb, Masiwa n\u00b0309, 23 mars 2020). Dans la journ\u00e9e, sur ordre du gouvernement, les adolescentes, les jeunes femmes et les grands-m\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 rel\u00e2ch\u00e9es. Comme tous les autres, elles ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es sans base juridique pr\u00e9cise, mais le Procureur esp\u00e8re qu\u2019apr\u00e8s des aveux qui ne peuvent s\u2019obtenir que par la force, les mauvais traitements et les t\u00e9l\u00e9phones portables, il aura des noms sur ceux qui ont commis des destructions.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une justice aux ordres<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand, la veille de la deuxi\u00e8me intervention, le Procureur Djounaid a lu le papier qu\u2019on pouvait deviner r\u00e9dig\u00e9 en haut lieu, il affirmait que tous ceux qui avaient commis des actes ill\u00e9gaux allaient \u00eatre arr\u00eat\u00e9s, on pouvait se demander ce qu\u2019il voulait dire par le cas \u00ab&nbsp;sera trait\u00e9 par une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 particuli\u00e8re&nbsp;\u00bb (sic). En r\u00e9alit\u00e9, le gouvernement annon\u00e7ait par l\u2019interm\u00e9diaire du Procureur que rien n\u2019allait se faire normalement, qu\u2019aucune proc\u00e9dure judiciaire ne serait respect\u00e9e pendant les arrestations et les interrogatoires et que cela prendrait la forme d\u2019une exp\u00e9dition punitive contre toute la ville de Mbeni, rebelle au pouvoir autocratique install\u00e9 par Azali Assoumani depuis 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que la Justice sert d\u2019alibi \u00e0 des exp\u00e9ditions punitives d\u00e9cid\u00e9es par le gouvernement et ex\u00e9cut\u00e9es par l\u2019Arm\u00e9e. Dans un tel cas, normalement, le Procureur fournit aux forces de l\u2019ordre une liste des noms de gens vis\u00e9s par la Justice et que les militaires vont chercher. Mais, comme d\u2019habitude, le gouvernement et les juges ont laiss\u00e9 les soldats se d\u00e9brouiller sur le terrain. Comme cela s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises dans d\u2019autres villes, et r\u00e9cemment \u00e0 Sangani ou \u00e0 Ndzaudze, l\u2019arm\u00e9e arr\u00eate des gens avec l\u2019espoir d\u2019en faire craquer certains par de mauvais traitements. Une m\u00e9thode d\u00e9sormais \u00e9cul\u00e9e du gouvernement et de la Justice comorienne qui a d\u00e9finitivement perdu toute ind\u00e9pendance.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une vengeance du gouvernement<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Alors certes, l\u2019article 2 de cet arr\u00eat\u00e9 dit que \u00ab&nbsp;tout contrevenant sera puni conform\u00e9ment aux lois et r\u00e8glements en vigueur&nbsp;\u00bb, mais depuis quand un gouvernement responsable lance l\u2019arm\u00e9e contre une Assembl\u00e9e de vieux notables assis sur des chaises et qui r\u00e9citent des pri\u00e8res&nbsp;? Comment le Porte-parole du gouvernement peut dire qu\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un usage disproportionn\u00e9 de la force quand on envoie l\u2019arm\u00e9e r\u00e9gler un conflit qui ne met nullement en danger ni les institutions de l\u2019\u00c9tat ni la vie des citoyens, mais l\u2019amour propre d\u2019un chef d\u2019\u00c9tat qui r\u00e9unit tous les pouvoirs entre ses mains ? Comment on peut reprocher aux jeunes de Mbeni d\u2019avoir lanc\u00e9 des pierres sur des soldats pour prot\u00e9ger leurs p\u00e8res et leurs grands-p\u00e8res&nbsp;? Comment dans ce pays, on en est venu \u00e0 banaliser l\u2019utilisation d\u2019armes \u00e0 feu contre des adolescents et la mise \u00e0 sac r\u00e9guli\u00e8re des maisons de particuliers ? Comment apr\u00e8s avoir valid\u00e9 de telles m\u00e9thodes de la part des forces de l\u2019ordre, on peut reprocher aux jeunes de recourir aux m\u00eames proc\u00e9d\u00e9s\u2009? Un gouvernement s\u00fbr de ces institutions n\u2019agit pas ainsi et surtout fait en sorte que chacune de ses actions devient exemplaire pour sa jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, le gouvernement ne peut pas exercer la violence la plus extr\u00eame contre les \u00e9l\u00e9ments les plus fragiles de notre soci\u00e9t\u00e9 (vieillards et adolescents), sans v\u00e9ritable justification, permettre aux forces de l\u2019ordre de d\u00e9truire ou se s\u2019emparer des biens d\u2019autrui et quand la population r\u00e9agit \u00e9galement par la violence, envoyer le ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, le charg\u00e9 de la D\u00e9fense et le Procureur, tous la main sur le c\u0153ur, proclamer qu\u2019aucune violence ne peut \u00eatre tol\u00e9r\u00e9e. Il doit assumer jusqu\u2019au bout son r\u00f4le d\u2019\u00e9ducateur et l\u2019avenir qu\u2019il dessine pour cette jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Par Mib Depuis mercredi 12 octobre 2022, l\u2019AND m\u00e8ne plusieurs op\u00e9rations dans la ville de Mbeni, connue pour son opposition au gouvernement d\u2019Azali Assoumani. La raison avanc\u00e9e est le fait que les habitants ont voulu c\u00e9l\u00e9brer un maulida \u00e0 15 heures au lieu de 19 heures comme le pr\u00e9conise un arr\u00eat\u00e9 gouvernemental. 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