{"id":8643,"date":"2022-09-26T13:17:46","date_gmt":"2022-09-26T10:17:46","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=8643"},"modified":"2022-09-26T13:17:48","modified_gmt":"2022-09-26T10:17:48","slug":"abderemane-wadjih-anthropologue-tout-est-en-train-detre-detruit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/abderemane-wadjih-anthropologue-tout-est-en-train-detre-detruit\/","title":{"rendered":"Abderemane Wadjih, anthropologue : \u00ab Tout est en train d\u2019\u00eatre d\u00e9truit \u00bb"},"content":{"rendered":"\n<p><strong><em>Le Centre national de Documentation et de Recherche scientifique (CNDRS) a organis\u00e9 le 10 ao\u00fbt une table ronde sur l\u2019impact de la diaspora dans les diff\u00e9rentes mutations de la soci\u00e9t\u00e9 comorienne. L\u2019anthropologue Abderemane Said Mohamed Wadjih, qui \u00e9tait l\u2019un des quatre conf\u00e9renciers invit\u00e9s \u00e0 ce panel de discussions, avait pass\u00e9 en revue ce qui est arriv\u00e9 au syst\u00e8me de parent\u00e9 \u00e0 Ngazidja.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Propos recueillis par Hachim Mohamed<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa \u2013 Docteur, <\/strong><strong>c\u2019est quoi au juste un syst\u00e8me de parent\u00e9 ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abderemane Wadjih &#8211; <\/strong>D\u00e9finir la parent\u00e9 (unduhuze) n\u2019est pas chose ais\u00e9e. C\u2019est une question qui a longtemps occup\u00e9 d\u2019\u00e9minents sp\u00e9cialistes comme Rivers, Kroeber, Radcliffe Brown, Evans-Pritchard, Murdock et L\u00e9vi-Strauss. Mais d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s sch\u00e9matique, on peut consid\u00e9rer que la parent\u00e9 concerne la forme des relations entre les individus. Elle peut se d\u00e9finir comme les liens qui unissent aussi bien biologiquement que volontairement des individus entre eux. Toutefois, il ne faudrait pas r\u00e9duire la parent\u00e9 (unduhuze) aux consanguins (wa damu ndzima), individus qui descendent d\u2019un anc\u00eatre commun que l\u2019on nomme une descendance. En effet, la parent\u00e9, ailleurs comme aux Comores, concerne aussi les alli\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire, toutes les personnes li\u00e9es les unes les autres \u00e0 la faveur d\u2019un mariage. Il faut cependant souligner que ceux que l\u2019on consid\u00e8re comme parents (nduhuze) ou non varient en fonction des soci\u00e9t\u00e9s. Le \u00ab syst\u00e8me de parent\u00e9 \u00bb, en tant que r\u00e9seau complexe de liens parfois nombreux et tr\u00e8s \u00e9tendus, est sp\u00e9cifique aux soci\u00e9t\u00e9s ou \u00e0 un ensemble de soci\u00e9t\u00e9s qui peut partager le m\u00eame syst\u00e8me. Ainsi, le lien entre l\u2019oncle maternel et son neveu \u00e0 Ngazidja, par exemple, n\u2019est pas tout \u00e0 fait le m\u00eame qu\u2019en Chine ou en France.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; <\/strong><strong>Par acculturation, les fr\u00e8res d\u2019un p\u00e8re ne sont plus tous nomm\u00e9s \u00ab mbaba \u00bb et les s\u0153urs d\u2019une m\u00e8re ne sont plus toutes nomm\u00e9es \u00ab mdzadze \u00bb, les filles de la s\u0153ur d\u2019une m\u00e8re ne sont plus nomm\u00e9es \u00ab mwanamshwahangu \u00bb ou encore les fr\u00e8res d\u2019une m\u00e8re ne sont plus appel\u00e9s \u00ab mdjomba \u00bb\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abderemane Wadjih &#8211; <\/strong>Malheureusement, les gens croient qu\u2019en appelant le fr\u00e8re de ma m\u00e8re \u00ab tonton \u00bb et le fr\u00e8re de mon p\u00e8re \u00ab tonton \u00bb au lieu de \u00ab Mdjomba \u00bb (oncle maternel) et \u00ab&nbsp;Mbaba&nbsp;\u00bb (p\u00e8re), c\u2019est juste substituer un terme \u00e0 un autre. Or, c\u2019est l\u2019ensemble des relations entre les individus apparent\u00e9s qui se trouve boulevers\u00e9. C\u2019est d\u2019autant plus grave que d\u2019autres mod\u00e8les de relations entre consanguins apparaissent aux Comores : \u00ab cousin \u00bb et \u00ab cousine \u00bb pour citer un exemple \u00e0 la place de \u00ab fr\u00e8re \u00bb et \u00ab s\u0153ur \u00bb or les liens qui unissent \u00ab cousin \u00bb et \u00ab cousine \u00bb ailleurs n\u2019ont rien \u00e0 voir avec les liens qui unissent \u00ab fr\u00e8re \u00bb et \u00ab s\u0153ur \u00bb aux Comores. Pour aller droit au but, un autre syst\u00e8me de parent\u00e9, import\u00e9 de France, est en train de s\u2019imposer aux Comores, notamment \u00e0 Ngazidja avec des cons\u00e9quences que l\u2019on ne mesure pas encore aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; <\/strong><strong>\u00c0 Ngazidja ou dans l\u2019archipel, le r\u00f4le d\u2019un \u00ab mdjomba \u00bb n\u2019a rien \u00e0 voir avec celui d\u2019un \u00ab mbaba&nbsp;\u00bb, fr\u00e8re d\u2019un p\u00e8re\u2026 <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abderemane Wadjih &#8211; <\/strong>Aux Comores, notamment \u00e0 Ngazidja, nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 matrilin\u00e9aire qui accordait un r\u00f4le important \u00e0 l\u2019oncle maternel. C\u2019\u00e9tait le Itswa daho, la t\u00eate de famille, de la maisonn\u00e9e. De plus en plus, il est rel\u00e9gu\u00e9 au second plan de nos jours pour diff\u00e9rentes raisons mais la principale n\u2019est autre que cette ali\u00e9nation qui nous am\u00e8ne \u00e0 singer d\u2019autres cultures qui paraissent dominantes, \u00e0 muter, et \u00e0 devenir autres (Risunguha wandrwadji). <strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; <\/strong><strong>Pourquoi nous ne savons pas conserver notre culture, ce qui lui donne leur irr\u00e9ductible sp\u00e9cificit\u00e9 ? <\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abderemane Wadjih &#8211; <\/strong>Il nous manque quelque chose \u00e0 nous Comoriens : la conscience culturelle. Nous vivons la culture sans porter un regard sur ce que nous vivons. C\u2019est le travail de certaines personnes \u00e9clair\u00e9es que d\u2019expliquer aux pratiquants de cette culture, la richesse de cette culture. En effet, ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est conteur ou conteuse que l\u2019on comprend toute l\u2019esth\u00e9tique des contes comoriens ou leurs sp\u00e9cificit\u00e9s. Ce n\u2019est pas parce qu\u2019on est un \u00ab danseur de Mulid \u00bb que l\u2019on comprend le sens profond de la gestuelle et en quoi elle renvoie \u00e0 une mystique pr\u00e9sente aussi chez les derviches tourneurs de Turquie. En un mot, il faut faire appr\u00e9cier la richesse de notre culture au plus grand nombre, notamment aux plus jeunes afin qu\u2019ils \u00e9prouvent le d\u00e9sir et per\u00e7oivent la n\u00e9cessit\u00e9 de la pr\u00e9server. Malheureusement, le minist\u00e8re de la Culture ne joue absolument pas son r\u00f4le. <strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Masiwa &#8211; <\/strong><strong>Vous \u00eates membre actif de l\u2019association Uwanga&nbsp; qui&nbsp; se sent investie d\u2019une mission, celle de sauvegarder et restaurer un patrimoine inestimable de Comores. Qu\u2019est-ce qui a \u00e9t\u00e9 fait pour essayer d\u2019apporter une r\u00e9ponse \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u2019assimilation&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abderemane Wadjih &#8211; <\/strong>C\u2019est une question tr\u00e8s importante. L\u2019association Uwanga, qui est \u00e9galement un mouvement dans le sens o\u00f9 nous essayons de cr\u00e9er un certain esprit, a entrepris de sensibiliser les populations comoriennes sur la n\u00e9cessit\u00e9 de sauvegarder sa culture. Je souligne cependant qu\u2019il ne s\u2019agit pas de sauvegarder n\u2019importe quoi du moment que c\u2019est culturel. Non, nous sommes conscients que toute culture porte des aberrations qu\u2019il faut \u00e0 un moment extirper. Nous sensibilisons donc beaucoup en d\u00e9veloppant \u00e0 travers les r\u00e9seaux sociaux des \u00e9missions culturelles qui sont tr\u00e8s suivies. Mais nous sommes \u00e9galement sur le terrain. Nous organisons tr\u00e8s souvent des exp\u00e9ditions culturelles et p\u00e9dagogiques sur des lieux historiques. R\u00e9cemment, c\u2019\u00e9tait sur les tombes de Masimu et Mtsala. Une vraie r\u00e9ussite. <strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Masiwa- Mis \u00e0 part le syst\u00e8me de parent\u00e9, qu\u2019est-ce qui a \u00e9t\u00e9 l\u00e9gu\u00e9 dans notre pays et qui est aussi sur la voie d\u2019une destruction irr\u00e9versible si rien n\u2019est fait ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Abderemane Wadjih &#8211; <\/strong>Je crois que tout est en train d\u2019\u00eatre d\u00e9truit. Les monuments, depuis nos bangwe jusqu\u2019aux djahazi. Notre litt\u00e9rature orale aussi, \u00e0 commencer par les contes. En fait, c\u2019est toute la culture comorienne qui est en ce moment en plein bouleversement et les cons\u00e9quences sont d\u00e9j\u00e0 l\u00e0. Nous devenons de plus en plus \u00ab autres \u00bb, sans nous en rendre compte.<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Abderemane Said Mohamed Wadjih est un des acteurs les plus actifs de la sc\u00e8ne culturelle comorienne. Ecrivain, Docteur en Anthropologie \u00e0 l\u2019EHESS (Ecole de hautes \u00e9tudes en sciences sociales) et professeur certifi\u00e9 de fran\u00e7ais. Il est l\u2019auteur de plusieurs ouvrages.<\/em><strong><em><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Centre national de Documentation et de Recherche scientifique (CNDRS) a organis\u00e9 le 10 ao\u00fbt une table ronde sur l\u2019impact de la diaspora dans les diff\u00e9rentes mutations de la soci\u00e9t\u00e9 comorienne. 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