{"id":8285,"date":"2022-06-27T13:20:37","date_gmt":"2022-06-27T10:20:37","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=8285"},"modified":"2022-06-27T13:20:39","modified_gmt":"2022-06-27T10:20:39","slug":"moroni-une-collectivite-au-statut-special","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/societe\/moroni-une-collectivite-au-statut-special\/","title":{"rendered":"Moroni, une collectivit\u00e9 au statut sp\u00e9cial"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Moroni, la capitale des Comores, est un territoire qui concentre une part consid\u00e9rable de la population. Pourtant, ni la d\u00e9mographie galopante ni la d\u00e9gradation de l\u2019habitat ne pr\u00e9occupent les pouvoirs publics, alors que ces facteurs sont r\u00e9v\u00e9lateurs des in\u00e9galit\u00e9s que favorise l\u2019\u00e9talement urbain ces derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Par Nezif-Hadji Ibrahim<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">Moroni subit depuis plusieurs d\u00e9cennies l\u2019exode rural et insulaire. Parce que la capitale concentre les services administratifs de l\u2019\u00c9tat, les si\u00e8ges des institutions internationales et r\u00e9gionales, elle attire les personnes actives du pays. Cela fait de Moroni un p\u00f4le \u00e9conomique, mais surtout un espace politique autonome.<\/p>\n\n\n\n<p>Ni Moroniens, ni citadins, pourtant r\u00e9sident de la capitale<br>Cette population active pr\u00e9sente dans la capitale favorise un circuit \u00e9conomique dynamique d\u00fb \u00e0 la m\u00e9tropolisation. Autrement dit, cette population est actrice dans la politique \u00e9conomique de la ville. Elle doit naturellement \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 la gouvernance de la ville-m\u00e9tropole.<br>La capitale draine les populations des villes et villages de tout le territoire des Comores, de par les opportunit\u00e9s qui s&#8217;y d\u00e9ploient et les besoins en termes de services. Cependant, \u00e0 Moroni comme dans beaucoup de localit\u00e9s des Comores, \u00eatre reconnu comme habitant avec les droits et devoirs qui s\u2019y attachent est un processus complexe. Ce qui n\u2019est pas commode \u00e0 l\u2019heure de la mondialisation, et surtout de la m\u00e9tropolisation. Pour Salec Halidi Abderemane, doctorant en sociologie urbaine \u00e0 l&#8217;Universit\u00e9 de Bordeaux, ce probl\u00e8me s\u2019explique par le fait que la ville est devenue un territoire et non un lieu.&nbsp;\u00ab&nbsp;Car le territoire signifie un espace enclos dans lequel le plus souvent s\u2019exprime une revendication identitaire, sociale et politico-ethnique. Ces revendications d\u00e9clenchent une exclusion de tous ceux qui sont per\u00e7us comme \u00e9trangers&nbsp;\u00bb. Cela exclut les \u00ab&nbsp;\u00e9trangers&nbsp;\u00bb de la gouvernance de la ville et favorise la bidonvilisation de l\u2019espace.<br>La ville est l\u2019objet d\u2019enjeux, de strat\u00e9gies, de luttes, d\u2019exp\u00e9riences de pouvoirs, toute personne vivant dans l\u2019espace g\u00e9om\u00e9tr\u00e9 de la ville et exer\u00e7ant une activit\u00e9 quelconque engendrant un revenu doit automatiquement b\u00e9n\u00e9ficier du droit \u00e0 la ville. Ce qui n\u2019est pas le cas \u00e0 Moroni, d\u2019o\u00f9 son panorama se composant de quartiers bidonvillis\u00e9s : Madjadjou, Ribatu, Djomani, Caltex, Mdjivuriz\u00e9, Ndridini, C\u00e2ble de Lyon, Zilmadju, Hamramba, Mbweni, Dawedju, Dashe, Buzini, Cambodge, Maanhadi, Porini, Sahara, Garaji Mrikau, Kavouka\u00efvo.<\/p>\n\n\n\n<p>Pr\u00e9carit\u00e9 et difficult\u00e9s \u00e0 la r\u00e9sidence<br>Comme dans tout territoire, l\u2019acc\u00e8s aux ressources d\u00e9termine le rapport de force qui y existe et distribue les influences et les poids pour distinguer les cat\u00e9gories de personnes. \u00c0 Moroni, comme ailleurs, la ressource qui marque les relations des habitants est le foncier. Cette ressource naturelle est la plus souvent nomm\u00e9e la propri\u00e9t\u00e9 du foncier. Elle s\u2019h\u00e9rite, s\u2019ach\u00e8te et se loue. Lorsqu\u2019elle est mise en valeur, elle produit une rente. Celui qui la d\u00e9tient et la met en valeur est un acteur influant selon la l\u00e9gislation en cours dans la gouvernance de la ville-m\u00e9tropole. \u00c0 Moroni, cette ressource est d\u00e9tenue en grande partie par des individus, des Moroniens de souche et une petite partie par une institution publique.<br>Pour Salec Halidi Abderemane, le foncier dans la capitale et m\u00e9tropole ne d\u00e9coule pas \u00ab&nbsp;d\u2019une d\u00e9faillance dans la l\u00e9gislation,&nbsp;mais plut\u00f4t d\u2019une absence de l\u00e9gislation dans plusieurs espaces de la ville m\u00e9tropole \u00bb. Et il poursuit&nbsp;: \u00ab \u00c0 Moroni, par faute de lois qui encadrent les locations, les populations \u00ab&nbsp;\u00e9trang\u00e8res&nbsp;\u00bb, priv\u00e9es&nbsp;d\u2019urbanit\u00e9, louant les terrains des \u00ab Moroniens \u00bb peuvent \u00eatre invit\u00e9es \u00e0 quitter les lieux sans pr\u00e9avis&nbsp;; d\u2019o\u00f9 les cabanes mal arrang\u00e9es, facilement d\u00e9montables. Le droit a\u0300 la ville, n\u2019est pas seulement un droit d\u2019habitation, ici mis en cause au regard des conditions de vie, c\u2019est tout aussi un droit d\u2019usage. Les \u00ab \u00e9trangers \u00bb \u00e0 Moroni sont priv\u00e9s de certains usages, par exemple le droit d\u2019organiser des mariages sur les places publiques de Moroni intra-muros, ou le droit de se pr\u00e9senter \u00e0 des \u00e9lections municipales, c\u2019est-\u00e0-dire devenir maire de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Moroni, une capitale pour tous ?<br>Ce qui est le plus remarquable c\u2019est la situation de cette population issue de l\u2019exode rural intra et extra-insulaire, renvoy\u00e9e dans cette p\u00e9riph\u00e9rie sans infrastructures urbaines de base (eau, \u00e9lectricit\u00e9, voiries, assainissement). Cette cat\u00e9gorie de personnes est compos\u00e9e dans sa majorit\u00e9 de vendeurs des deux march\u00e9s importants de Moroni, de commer\u00e7ants, de chauffeurs de taxi. Elle est une v\u00e9ritable ressource en termes \u00e9conomiques, cependant elle est consid\u00e9r\u00e9e par les autorit\u00e9s publiques comme relevant de \u00ab l\u2019informel \u00bb, alors qu\u2019elle paie des taxes journali\u00e8res, mensuelles et annuelles. En un mot, elle entretient la m\u00e9tropolisation voire l\u2019attractivit\u00e9 sociale, \u00e9conomique et politique de la ville sans b\u00e9n\u00e9ficier d&#8217;aucune loi, d&#8217;aucun droit, sauf le droit d\u2019aller voter une personne qui ne le repr\u00e9sentera pas.<br>Dans la capitale des Comores, la reconnaissance de la r\u00e9sidence, juridiquement parlant, s\u2019av\u00e8re difficile. Pour Salec Halidi Abderemane, le refus de reconna\u00eetre le principe de r\u00e9sidence, qui placerait chaque habitant de la capitale sur le m\u00eame pied d\u2019\u00e9galit\u00e9, en droit et en devoir, est li\u00e9 \u00e0 \u00ab\u00a0une appropriation de la ville par un groupe, \u00ab Moroniens de souche \u00bb, qui se r\u00e9clame d\u2019une Moroni originelle\u00a0\u00bb.<br>La Constitution d\u00e9signe Moroni comme la capitale des Comores, elle en fait aussi le chef-lieu des d\u00e9cisions politiques de l\u2019\u00eele de Ngazidja. Ces deux statuts font th\u00e9oriquement de la ville une m\u00e9tropole. Pourtant beaucoup de ceux que l\u2019exode rural et insulaire a amen\u00e9s dans la ville \u00e9voluent dans l\u2019informel en raison des activit\u00e9s auxquelles ils s\u2019adonnent. Leurs activit\u00e9s, bien que sources de revenus ne leur permettent pas de devenir pleinement citoyens de la ville.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Moroni, la capitale des Comores, est un territoire qui concentre une part consid\u00e9rable de la population. Pourtant, ni la d\u00e9mographie galopante ni la d\u00e9gradation de l\u2019habitat ne pr\u00e9occupent les pouvoirs publics, alors que ces facteurs sont r\u00e9v\u00e9lateurs des in\u00e9galit\u00e9s que favorise l\u2019\u00e9talement urbain ces derni\u00e8res ann\u00e9es. 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