{"id":7981,"date":"2022-04-11T10:22:36","date_gmt":"2022-04-11T07:22:36","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=7981"},"modified":"2022-04-11T10:26:28","modified_gmt":"2022-04-11T07:26:28","slug":"les-wapambe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/culture\/les-wapambe\/","title":{"rendered":"Les Wapambe"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Un aspect de l\u2019esclavagisme domestique<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Il y a des brins de notre histoire m\u00e9connaissables, m\u00e9prisables, devenus d\u2019une insignifiance d\u00e9daignable, engloutis par des \u00e9pais nuages noirs d\u2019une noirceur abyssale, noy\u00e9s dans l\u2019oc\u00e9an de l\u2019oubli. C\u2019est l\u2019histoire des humili\u00e9es, des rabaiss\u00e9es, celles qui, larmoyantes dans la p\u00e9nombre de l\u2019\u00e9quit\u00e9 et de l\u2019\u00e9galit\u00e9 ont \u00e9t\u00e9 maltrait\u00e9es pour une volont\u00e9 de puissance, une jouissance de grandeur, une all\u00e9geance \u00e0 la noblesse. C\u2019est un aspect de l\u2019histoire de l\u2019esclavagisme domestique \u00e0 Ngazidja. <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>Houdheif Mdziani<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\">La pratique de l\u2019esclavagisme aux Comores a bien et bel eu lieu il y a des si\u00e8cles de cela, avant m\u00eame, bien qu\u2019on ait pu facilement l\u2019imaginer, l\u2019arriv\u00e9e des Europ\u00e9ens. Puis, \u00e0 l&#8217;\u00e9poque des premi\u00e8res plantations \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Et depuis, dans l\u2019impuissance d\u2019arr\u00eater le temps qui passe et les intemp\u00e9ries des habitudes, cette volont\u00e9 d\u2019asservissement des modestes, cette infinie jubilation de l\u2019\u00e9go\u00efsme, s\u2019est poursuivie jusqu\u2019ensevelir, sans qu\u2019elles ne le veuillent, l\u2019affectionnent, les descendantes d\u2019esclaves, autrement appel\u00e9es wapambe, leur \u00f4tant toute sensibilit\u00e9 amoureuse, toute affinit\u00e9 familiale : ce vent de caresse et de sensibilit\u00e9, de tendresse et de docilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Wapambe<br>En effet, l\u2019archipel des Comores a toujours eu dans sa culture, cette n\u00e9cessit\u00e9 incessante de distinction, de privil\u00e8ge et de domination. La structure de notre soci\u00e9t\u00e9 en t\u00e9moigne jusqu\u2019\u00e0 lors : hi\u00e9rarchie dans les \u00e9v\u00e9nements villageois, hi\u00e9rarchie dans l\u2019accomplissement du mariage et m\u00eame dans la pratique religieuse, l\u00e0 o\u00f9 elle ne devait pas y \u00eatre. \u00c0 l\u2019occasion du grand-mariage \u00e0 Ngazidja par exemple, la famille de la mari\u00e9e offrait une mpambe \u00e0 celle du mari\u00e9 pour s\u2019occuper du couple, entretenir la maison et \u00e9lever leurs enfants. Cette pratique \u00e9tait anciennement entretenue jusqu\u2019aux ann\u00e9es 1940 par des esclaves domestiques que l\u2019on pr\u00eatait principalement pour l\u2019occasion. Pour que leurs distinctions se fassent aux yeux de tout le monde, les wapambe, s\u2019habillaient majoritairement en coton l\u00e9g\u00e8rement \u00e9cru, la t\u00eate compl\u00e8tement ras\u00e9e, d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es enti\u00e8rement de leur charme f\u00e9minin et de leur beaut\u00e9 charnelle. Il fallait qu\u2019elles deviennent des concubines ou des \u00e9pouses de leurs ma\u00eetres pour qu\u2019elles puissent se coiffer, rendre leurs chevelures brillantes, orner leurs corps de bijoux et manifester l\u2019expression de leur beaut\u00e9 \u00e9tincelante. Triste est de constater que pour se d\u00e9barrasser d\u2019elles, il suffisait d\u2019une simple formulation : \u00ab&nbsp;Apvaha ngawe mungwana&nbsp;\u00bb,&nbsp;(\u00ab&nbsp;D\u00e9sormais, tu es libre&nbsp;\u00bb). Ou alors de simplement faire un modeste don \u00e0 l&#8217;esclave, ne serait-ce que d&#8217;un pot de miel, pour qu&#8217;elle soit libre, un don qu&#8217;on lui posait tendrement sur sa t\u00eate en pronon\u00e7ant la formule de lib\u00e9ration. C\u2019est une affreuse \u00e9poque enfouie dans les ruines de l\u2019amn\u00e9sie, et qu\u2019on doit la faire resurgir vers la lumi\u00e8re de notre m\u00e9moire non pas par l\u2019invention du pass\u00e9, mais par la maturation perp\u00e9tuelle du pr\u00e9sent.<\/p>\n\n\n\n<p>La revanche des Wapambe<br>Ce d\u00e9sir \u00e9crasant de grandeur et de noblesse \u00e9tait incarn\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9cemment dans la ville de Moroni. Des fillettes encore dans leur puret\u00e9 de cristalline et de coul\u00e9e de diamant, majoritairement de la campagne, se voyaient offertes sans leur gr\u00e9 aux plus grandes familles de la capitale, pour y exercer et sans contrepartie, toutes t\u00e2ches domestiques, n\u00e9cessitant un effort corporel inestimable. Il aurait fallu la r\u00e9volution instaur\u00e9e par Ali Soilihi, dans sa lutte acharn\u00e9e contre ce syst\u00e8me de rapport de domination f\u00e9odale pour mener une politique d\u2019abolition appel\u00e9e la revanche des wapambe. Une revanche qui leur permettait d\u2019avoir un statut \u00e9galitaire par rapport \u00e0 leurs ma\u00eetres.<br>Apr\u00e8s Ali Soilihi, le ph\u00e9nom\u00e8ne a repris et a dur\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s recemment. On peut y trouver des traces dans certaines pratiques aujourd\u2019hui dans la capitale, mais aussi dans d\u2019autres grandes villes de l\u2019archipel.<br>On peut alors se demander pourquoi, les religieux cautionnaient ces pratiques dans leur silence complice, favorisant cette partialit\u00e9 sociale. Mais, on remarque que m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque-l\u00e0, quoique la fraternit\u00e9 musulmane ait \u00e9t\u00e9 une ode religieuse et sociale aux Comores, la connaissance religieuse \u00e9tait uniquement d\u00e9tenue par les dominants, une certaine \u00e9lite, une cat\u00e9gorie rare, qui avait droit aux savoirs religieux, et qui principalement \u00e9tait celle qui descendait des lignages nobles, les privil\u00e9gi\u00e9s, ceux qui \u00e9taient les imams et hatub.<br>Certes, quelques pages paraissent bien plus l\u00e9g\u00e8res devant le spectacle intimidant de ces \u00e9v\u00e9nements de notre histoire \u2013 mais l\u2019\u00e9criture n\u2019est-elle pas, quand on veut faire habiter la v\u00e9rit\u00e9 jusqu\u2019au bout, pour redonner la grandeur de ces \u00eatres, redorer l\u2019innocente beaut\u00e9 de ces corps, autrefois impr\u00e9gn\u00e9s d\u2019une douceur s\u00e9millante, ab\u00eem\u00e9s par les coups lac\u00e9rant d\u2019humiliation, le moyen de perp\u00e9tuer leurs v\u00e9cus&nbsp;? Raconter l\u2019histoire dans sa miniature la plus pure, c\u2019est l\u2019\u00e9crire dans sa v\u00e9rit\u00e9 radieuse. Et s\u2019il y a un sentiment d\u2019universalit\u00e9, c\u2019est bien de l\u2019exprimer imm\u00e9diatement dans la seule vie qui soit, qui vaille : celle qui nous entoure, nous submerge d\u2019\u00e9motions, nous blesse et nous ravit, celle de la lumi\u00e8re de l\u2019\u00e9mancipation soci\u00e9tale, des ruisseaux de larmes et des d\u00e9combres de notre histoire.<br>Ainsi, nous devons briser ce silence et favoriser la continuation de la parole dans les \u00e9coles, les lieux publics et m\u00eame dans l\u2019impossible, pour susciter une perp\u00e9tuelle \u00e9motion historique, pour que leurs supplices soient m\u00e9morables, reconnaissables, ancr\u00e9es dans la conscience de cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, la n\u00f4tre.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un aspect de l\u2019esclavagisme domestique Il y a des brins de notre histoire m\u00e9connaissables, m\u00e9prisables, devenus d\u2019une insignifiance d\u00e9daignable, engloutis par des \u00e9pais nuages noirs d\u2019une noirceur abyssale, noy\u00e9s dans l\u2019oc\u00e9an de l\u2019oubli. 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