{"id":6667,"date":"2021-11-22T08:19:50","date_gmt":"2021-11-22T05:19:50","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=6667"},"modified":"2021-11-23T12:55:46","modified_gmt":"2021-11-23T09:55:46","slug":"mab-elhad-le-smartphone-a-revolutionne-la-pratique-de-la-photographie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/mab-elhad-le-smartphone-a-revolutionne-la-pratique-de-la-photographie\/","title":{"rendered":"Mab Elhad : \u00ab Le Smartphone a r\u00e9volutionn\u00e9 la pratique de la photographie \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Po\u00e8te et photographe, Mab Elhad parle \u00e0 c\u0153ur ouvert de sa passion et de son art. Il a expos\u00e9 ses photos \u00e0 partir du 15 novembre 2021 \u00e0 l\u2019Aliance franco-comorienne de Moroni.\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Propos recueillis par Hachim Mohamed.<\/em><\/p>\n<p><strong>Masiwa &#8211; Depuis l\u2019arriv\u00e9e des smartphones chacun s\u2019improvise photographe. Comment \u00eates-vous arriv\u00e9 \u00e0 ce m\u00e9tier vous\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mab Elhad &#8211; <\/strong>Permettez-moi d\u2019abord d\u2019exprimer ma gratitude \u00e0 l\u2019\u00e9quipe de Masiwa et saluer vos lecteurs dont je fais partie.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9pondre \u00e0 votre question, je dirais que le Smartphone a r\u00e9volutionn\u00e9 la pratique de la photographie, en ce sens qu\u2019il a favoris\u00e9 le d\u00e9veloppement de la pratique de cet art notamment chez les plus jeunes d\u2019une part, mais a aussi facilit\u00e9 le traitement de l\u2019image pour les professionnels. Avec le temps, la prise de vue t\u00e9l\u00e9phonique rivalise avec les appareils photos professionnels. Il n\u2019y a pas si longtemps, ce n\u2019\u00e9tait pas donn\u00e9 au commun des mortels d\u2019\u00eatre photographe, il fallait user de technicit\u00e9 et d\u2019alchimie pour r\u00e9aliser une photo. Lorsqu\u2019en 2002 l\u2019appareil num\u00e9rique a fait son apparition, tout le monde s\u2019est mis \u00e0 faire de la photo. Je me rappelle que dans les ann\u00e9es 1990 et jusqu\u2019en 2001, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 retenu pour la couverture des reportages du Syst\u00e8me des Nations Unies aux Comores o\u00f9 on peut encore trouver les albums que je r\u00e9alisais de leurs manifestations. Et du jour au lendemain, l\u2019appareil num\u00e9rique est venu tout chambouler. Avec ces appareils l\u00e0 on n\u2019a pas besoin de faire une \u00e9cole de photographie puisque, comme par enchantement il suffit d\u2019appuyer sur un bouton. En ce qui me concerne, je suis venu \u00e0 la photo avec un instamatic Agfa \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970. Une fois engag\u00e9 dans la Gendarmerie, j\u2019ai fait de la photographie forensique (judiciaire) au Centre de Perfectionnement en Police Judiciaire (CPPJ) de Fontainebleau en France, lors de la formation en Police Technique et Scientifique \u00e0 l\u2019Ecole des Sous-Officier de la Gendarmerie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Masiwa &#8211; Nous savons qu\u2019il y a plusieurs sortes de photographes,<\/strong> <strong>dans le m\u00e9tier on peut \u00eatre soit amateur, soit professionnel, soit photographe de mode ou encore d\u2019art, dans quel registre vous situez-vous ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mab Elhad &#8211; <\/strong>Apr\u00e8s la Gendarmerie, j\u2019ai eu le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre le premier photographe de l\u2019Arm\u00e9e nationale de D\u00e9veloppement (AND). J\u2019ai aussi j\u2019ai fait partie des deux premiers photographes de La Gazette des Comores avec Ibrahim. J\u2019y ai effectu\u00e9 plusieurs reportages avant de devenir chroniqueur culturel. Retrait\u00e9 de l\u2019arm\u00e9e, je me suis converti dans la photographie artistique. J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 exposer en 2001 \u00e0 l\u2019Alliance Fran\u00e7aise. Je me consid\u00e8re donc comme appartenant \u00e0 la famille des photographes humanistes avec pour registre la photographie de paysages et de rue. Avec mon dipl\u00f4me en management de la s\u00e9curit\u00e9, je continue \u00e0 faire des photos professionnelles dans le cadre des audits de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Masiwa &#8211; Racontez-nous ce qu\u2019a \u00e9t\u00e9 votre parcours ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mab Elhad &#8211; <\/strong>Des ann\u00e9es durant j\u2019ai exerc\u00e9 dans la photographie de la sc\u00e8ne de crimes, de la reconstitution des faits et j\u2019ai eu plusieurs f\u00e9licitations certifi\u00e9es pour avoir contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9solution de certaines affaires, gr\u00e2ce au regard pos\u00e9 par l\u2019appareil photo et qui \u00e0 chaque fois a contribu\u00e9 \u00e0 retenir l\u2019essentiel de la sc\u00e8ne du crime. Pour moi la photographie est une passion qui m\u2019a permis d\u2019\u00eatre r\u00e9cipiendaire de trois troph\u00e9es photographiques dont le Troph\u00e9e \u00ab\u00a0Carrefour des cr\u00e9ateurs de l\u2019Oc\u00e9an Indien\u00a0\u00bb (2004) gratifi\u00e9 par l\u2019Union des Artistes R\u00e9unionnaise. En 2005, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9compens\u00e9 par le Conseil Delphique \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Colbert \u00e0 Antananarivo et un extrait d\u2019un po\u00e8me de mon premier recueil figure sur les billets de banque de 1000 et 2000FC. Et en 2021, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 r\u00e9cipiendaire du Troph\u00e9e Al\u00f4fe-S\u00e9kou de la SEPHOB au B\u00e9nin. Faire de la photographie artistique, c\u2019est effectivement tout un art qui demande de la patience, de l\u2019imagination et un regard attentionn\u00e9. J\u2019estime que ces trois troph\u00e9es sont l\u2019expression d\u2019une reconnaissance internationale, m\u00eame si chez nous les artistes n\u2019ont aucune consid\u00e9ration. Mais, quand je vois des talents comme Barra, Medas ou Mahamoud Ahmed Bacar (Doudou) pour ne citer que ceux-l\u00e0 dans le domaine de la photographie, j\u2019estime que la photographie a de beaux jours devant elle dans notre pays.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Masiwa &#8211; Pouvez-vous nous donner quelques exemples de moments \u00e9mouvants que vous avez r\u00e9ussi \u00e0 capter ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mab Elhad &#8211; <\/strong>La plus belle photo que j\u2019ai vendue, et la plus ch\u00e8re, \u00e9tait une photo que j\u2019ai rat\u00e9e d\u2019un <em>sambe<\/em>. Une prise de vue que j\u2019ai faite avec une vitesse de 15 secondes. Le ralenti a donn\u00e9 un charme qui a fait que cette photo fut tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9e\u00a0? Je l\u2019ai appel\u00e9 \u00ab\u00a0La danse du tournis !\u00a0\u00bb Cela donne l\u2019impression d\u2019un tableau de couleur enrichi d\u2019un mouvement surimpressionniste. C\u2019est la photo de la couverture de mon dernier recueil de po\u00e8mes <em>Regard biais\u00e9<\/em>, qui contient des photos et des anagrammes, mais qui est \u00e9puis\u00e9 sur le march\u00e9 local.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Quels liens faites-vous entre la po\u00e9sie et la photo\u00a0?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mab Elhad &#8211; <\/strong>La po\u00e9sie, les calligrammes comme la photographie sont trois formes d\u2019\u00e9critures compl\u00e9mentaires avec diff\u00e9rentes formes d\u2019expressions. La Photographie m\u2019inspire certains textes et vice versa. D\u2019ailleurs dans ma carri\u00e8re de gendarme, certains ne comprenaient pas qu\u2019\u00e9tant si sentimental, j\u2019ai embrass\u00e9 une carri\u00e8re de rigueur.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Masiwa \u2013 Qu\u2019est-ce que vous aimez le plus immortaliser avec votre objectif ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mab Elhad &#8211; <\/strong>J\u2019aime immortaliser le temps et l\u2019espace ! Ceux qui ont lu mon dernier recueil l\u2019ont compris. J\u2019ai toujours pens\u00e9 que le photographe comme le po\u00e8te sont des t\u00e9moins oculaires de leur temps. Ils doivent les marquer et se les approprier ! J\u2019ai des photos de mon enfance qui aujourd&#8217;hui m\u2019interpellent sur la transformation de mon environnement et des relations humaines. Ne dit-on pas en comorien : \u00ab\u00a0Ko zakaya zi liyo ?\u00a0\u00bb, cela en dit long sur le temps qui s\u2019\u00e9coule sur un espace qui ne retient rien. Eh bien oui\u00a0! rien n\u2019est plus comme avant et rien ne sera plus comme aujourd\u2019hui ! Le plus important, c\u2019est de laisser une trace de ce que notre regard \u00e0 travers la cam\u00e9ra aura retenu. Ma derni\u00e8re exposition qui d\u00e9bute ce 15 novembre 21 en est l\u2019illustration type. J\u2019estime que le photographe a le devoir de questionner son temps. C\u2019est ce que j\u2019essaie de comprendre dans cette 16<sup>e<\/sup> exposition qui porte sur les pratiques des rites sacr\u00e9s et des rites profanes sur les sites touristiques. Des pratiques animistes dans un monde musulman. Des aspects insolites de notre patrimoine immat\u00e9riel que nous sommes cens\u00e9s valoriser culturellement pour favoriser l\u2019analyse des m\u00e9canismes et facteurs de transformations dans leurs aspects environnementaux et philosophiques<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Masiwa &#8211; Comment replacer les choses dans le temps, dans l\u2019Histoire, et contribuer \u00e0 la protection du patrimoine culturel ?<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mab Elhad &#8211; <\/strong>Tant que nous ne commencerons pas par reconna\u00eetre l\u2019artiste, on aura du mal \u00e0 valoriser notre patrimoine culturel. Il nous faut un r\u00e9pertoire national et le catalogue qui va avec, pour identifier nos richesses culturelles et nos talents. Nous avons des jeunes qui ont des talents et qui ont quitt\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t les bancs de l\u2019\u00e9cole, et auxquels l&#8217;\u00c9tat devait se donner la peine de cr\u00e9er une \u00e9cole artistique pour les valoriser. Certes notre pays a ratifi\u00e9 plusieurs conventions relatives \u00e0 la valorisation de la culture, des ateliers et colloques ont \u00e9t\u00e9 tenus, mais tant que la culture reste l\u2019enfant pauvre de la nation, nous n&#8217;aboutirons \u00e0 rien de concret.<\/p>\n<p>Nous revendiquons tout simplement un minist\u00e8re de la culture. Ce n\u2019est pas le 1 % du budget consacr\u00e9 \u00e0 la culture qui va nous relever des carcans qui bloquent l\u2019\u00e9panouissement de la culture comorienne. La cr\u00e9ativit\u00e9 est une substance qui s&#8217;entretient et se cultive. Ailleurs, on suscite des r\u00e9sidences de cr\u00e9ation et des ateliers de formation. Au cours de mon s\u00e9jour au B\u00e9nin, \u00e0 l\u2019occasion de la semaine de la photographie, on m\u2019a sollicit\u00e9 pour donner une formation relative \u00e0 mon exp\u00e9rience, parce que tout simplement, eux, ils croient \u00e0 la valeur du patrimoine culturel. Aujourd&#8217;hui la photographie est devenue la cheville motrice du t\u00e9moignage de l\u2019histoire sous toutes ses formes.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Po\u00e8te et photographe, Mab Elhad parle \u00e0 c\u0153ur ouvert de sa passion et de son art. Il a expos\u00e9 ses photos \u00e0 partir du 15 novembre 2021 \u00e0 l\u2019Aliance franco-comorienne de Moroni.\u00a0 Propos recueillis par Hachim Mohamed. Masiwa &#8211; Depuis l\u2019arriv\u00e9e des smartphones chacun s\u2019improvise photographe. Comment \u00eates-vous arriv\u00e9 \u00e0 ce m\u00e9tier vous\u00a0? 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