{"id":6527,"date":"2021-10-18T08:43:32","date_gmt":"2021-10-18T05:43:32","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=6527"},"modified":"2021-10-20T09:23:06","modified_gmt":"2021-10-20T06:23:06","slug":"octobre-rose-temoignages-le-combat-dune-femme-comorienne-en-remission-du-cancer-du-sein","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/octobre-rose-temoignages-le-combat-dune-femme-comorienne-en-remission-du-cancer-du-sein\/","title":{"rendered":"Octobre rose\/ T\u00e9moignages. Le combat d\u2019une femme comorienne en r\u00e9mission du cancer du sein"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>\u00a0La vie nous surprend chaque jour. Tant\u00f4t on est heureux, tant\u00f4t on souffre. L\u2019\u00e9crivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun, dans son livre \u00ab\u00a0\u00c9loge de l\u2019amiti\u00e9, ombre de la trahison\u00a0\u00bb (Seuil, 2003) affirme que \u00ab\u00a0le destin est ce qui nous arrive au moment o\u00f9 on ne s\u2019y attend pas\u00a0\u00bb. En effet, les \u00e9v\u00e9nements de la vie sont brusques et nous stup\u00e9fient, quelle que soit leur nature. Mais l\u2019\u00eatre humain ne s\u2019avoue jamais vaincu. Il se bat toujours surtout s\u2019il faut vaincre la maladie. L\u2019histoire de Mouzna Mlahaili, une femme comorienne est surprenante et anecdotique. Cette m\u00e8re de famille, \u00e2g\u00e9e de quarante-deux ans a eu le cancer du sein. Actuellement en r\u00e9mission, elle a d\u00e9cid\u00e9 de raconter son parcours afin de sensibiliser les femmes comoriennes. <\/em><\/strong><em>Par\u00a0<\/em><em>Natidja HAMIDOU<\/em><\/p>\n<p><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong>Il n\u2019est pas facile de ressasser des souvenirs, quand ils sont douloureux, \u00ab\u00a0il faut beaucoup de force, beaucoup de courage\u00a0\u00bb l\u2019\u00e9crit le romancier Marc L\u00e9vy. Mouzna Mlahaili Ali Kassim a eu le courage de relater son histoire. Elle l\u2019a fait sans avoir recours \u00e0 l\u2019anonymat. Cette passionn\u00e9e de litt\u00e9rature soufie a accept\u00e9 de s\u2019exprimer afin de lancer un cri d\u2019alarme aux Comoriennes et de les interpeller face \u00e0 cette maladie qui tue chaque ann\u00e9e plusieurs femmes dans le monde, mais qui peut \u00eatre gu\u00e9rie, si elle est diagnostiqu\u00e9e \u00e0 temps. \u00ab\u00a0Ce n&#8217;est pas \u00e9vident de t\u00e9moigner, mais je le fais pour nous, femmes. J&#8217;ai voulu t\u00e9moigner d&#8217;une part pour lib\u00e9rer la parole et briser ce tabou qui p\u00e8se sur notre soci\u00e9t\u00e9 et qui emp\u00eache les malades d&#8217;exprimer leur souffrance. Et d&#8217;autre part, pour que les femmes comprennent que le d\u00e9pistage pr\u00e9coce augmente les chances de gu\u00e9rison compl\u00e8te et permet des traitements moins lourds et agressifs. Je veux sauver des vies \u00e0 travers mon t\u00e9moignage\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-elle.<\/p>\n<p><strong><em>Le d\u00e9pistage est possible aux Comores<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Mouzna Mlahaili r\u00e9side aux Comores depuis 2005. Elle \u00e9tait enseignante de Fran\u00e7ais Langue \u00c9trang\u00e8re (FLE) \u00e0 l\u2019alliance fran\u00e7aise de Moroni. Elle n\u2019avait que trente-huit ans en 2017, quand elle a appris aux Comores qu\u2019elle avait la maladie de Paget, une forme rare du cancer du sein. C\u2019est suite \u00e0 une mammographie r\u00e9alis\u00e9e par sa gyn\u00e9cologue Dr Na\u00eflaty Abdou ainsi qu\u2019un pr\u00e9l\u00e8vement du liquide fait par le sp\u00e9cialiste en anatomopathologie, Dr Halifa Youssouf qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 diagnostiqu\u00e9e porteuse de la maladie. Elle dit que l\u2019attente des r\u00e9sultats n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 longue. Cette m\u00e8re de deux enfants salue le professionnalisme de ces deux m\u00e9decins. Elle raconte : \u00ab\u00a0Sur mon sein gauche, il y avait la pr\u00e9sence d&#8217;une cro\u00fbte. Il y avait des \u00e9coulements et des saignements. Plus les jours passaient plus le sein et le mamelon changeaient d\u2019aspect. J&#8217;\u00e9tais persuad\u00e9e que la plaie \u00e9tait infect\u00e9e. J&#8217;ai donc consult\u00e9 tr\u00e8s sereinement une gyn\u00e9cologue\u00a0\u00bb. \u00a0Aux Comores, il n\u2019y a pas de centre sp\u00e9cialis\u00e9 pour le cancer du sein, mais les femmes peuvent se faire d\u00e9pister gr\u00e2ce \u00e0 la mammographie. Il en reste qu\u2019il faut se rendre dans une clinique priv\u00e9e afin de pouvoir l\u2019effectuer. Le prix de la mammographie dans l\u2019archipel est tr\u00e8s cher m\u00eame avec la r\u00e9duction du mois d\u2019octobre. Une patiente doit d\u00e9bourser 35000 francs comoriens, l\u2019\u00e9quivalent de 70 euros (sans la r\u00e9duction). C\u2019est un prix exorbitant et hors de port\u00e9e de la plus grande partie des femmes dans ce pays o\u00f9 la majorit\u00e9 de la population vit dans la pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n<p><strong><em>Un choc inexplicable et une peur bleue<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019annonce des r\u00e9sultats, inqui\u00e8te et boulevers\u00e9e, Mouzna Mlahaili, n\u2019a pas tard\u00e9 \u00e0 partir en France. Une fois sur place, elle a fait plusieurs examens m\u00e9dicaux notamment\u00a0: \u00a0\u00e9chographie, mammographie, IRM, biopsie&#8230; Les r\u00e9sultats n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s alarmants. On lui a diagnostiqu\u00e9 une tumeur pr\u00e9canc\u00e9reuse. \u00ab\u00a0J\u2019ai tout de m\u00eame effectu\u00e9 une mastectomie totale suivie d\u2019une reconstruction\u00a0\u00bb, pr\u00e9cise-t-elle. Cependant, une mauvaise nouvelle va tout faire basculer. L\u2019ancienne enseignante de FLE apprend par un sp\u00e9cialiste qu\u2019elle souffre v\u00e9ritablement d\u2019un cancer.\u00ab\u00a0Le chirurgien a pris connaissance des r\u00e9sultats de l&#8217;analyse anatomopathologique qui a malheureusement confirm\u00e9 le premier diagnostic des Comores. Puisqu&#8217;elle r\u00e9v\u00e9lait la pr\u00e9sence de cellules malignes. J&#8217;avais donc bien un cancer\u00a0\u00bb, d\u00e9clare-t-elle.<\/p>\n<p>La nouvelle a fait l\u2019effet d\u2019une bombe. Cette m\u00e8re de famille \u00e9tait sous le choc. Elle a directement pens\u00e9 \u00e0 la mort apr\u00e8s cette triste nouvelle. \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9t\u00e9 profond\u00e9ment choqu\u00e9e. Le mot cancer \u00e9tait synonyme de mort. Je n\u2019ai pas os\u00e9 l\u2019annoncer \u00e0 mon p\u00e8re qui m\u2019attendait \u00e0 la salle d\u2019attente. Dans ma t\u00eate, mes jours \u00e9taient compt\u00e9s\u00a0\u00bb, confie-t-elle. \u00a0Cette membre active de l\u2019ACCF (Association Comorienne contre le Cancer chez la Femme) se posait plein de questions sur le d\u00e9roulement de son traitement. Mais, elle avait surtout peur\u00a0: \u00ab\u00a0j\u2019appr\u00e9hendais de faire la chimio. Je me demandais si \u00e7a faisait mal. J\u2019avais l\u2019angoisse de perdre mes cheveux, mes cils et les sourcils\u00a0\u00bb, explique-t-elle. Elle dit avoir ignor\u00e9 \u00e0 quel stade \u00e9tait la maladie. Elle n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 le savoir.<\/p>\n<p><strong><em>Deux ans loin de la famille<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas \u00e9vident pour elle de r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 ses proches de quoi elle souffrait. D\u2019ailleurs, son p\u00e8re l\u2019a appris par son oncle qui est infirmier. Quant \u00e0 sa m\u00e8re, elle a pu se ma\u00eetriser malgr\u00e9 la triste nouvelle. \u00ab\u00a0J&#8217;ai appel\u00e9 mon mari pour lui demander d&#8217;\u00eatre fort, de prendre soin de notre fille et de lui donner une bonne \u00e9ducation religieuse\u00a0\u00bb, nous confie Mouzna Mlahaili.<\/p>\n<p>Cette maladie a eu un impact dans sa vie familiale et professionnelle. Afin de poursuivre les soins et traiter la maladie, elle a d\u00fb rester en France, loin de son mari, de sa fille ainsi que de ses parents pendant deux ann\u00e9es.\u00a0 Elle s\u2019est fait op\u00e9rer une seconde fois et a subi une chimioth\u00e9rapie pendant un an et demi puis six semaines de radioth\u00e9rapie. Une exp\u00e9rience douloureuse pour une m\u00e8re de famille, femme active et une professionnelle d\u00e9vou\u00e9e. Mais rien ne vaut la vie comme dit le dicton.<\/p>\n<p><strong><em>Reconnaissante<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Dans son r\u00e9cit, Cette ancienne enseignante raconte d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 entour\u00e9e des meilleurs professionnels de sant\u00e9, mais surtout de personnes humaines. Elle est en r\u00e9mission depuis 2018 et ne cesse de remercier Dieu d\u2019avoir \u00e9cout\u00e9 ses pri\u00e8res et ses invocations. Reconnaissante envers ses parents et sa fratrie, cette \u00e9pouse ne cesse de remercier son \u00e9poux, qui l\u2019a soutenue tout au long de cette \u00e9preuve\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai \u00e9norm\u00e9ment de chance d\u2019avoir un mari qui m\u2019a accompagn\u00e9 tout au long de la maladie. Cela aurait pu \u00eatre un chamboulement dans notre relation de couple. Bien au contraire, j\u2019ai pu me reposer sur lui. Mon mari s&#8217;est battu \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s et m&#8217;a donn\u00e9 tout son amour et toute la force dont j&#8217;avais besoin\u00a0\u00bb affirme-t-elle.<\/p>\n<p><strong><em>Militante associative<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Actuellement, elle est devenue militante et se bat pour sensibiliser la population comorienne sur cette maladie. Elle a int\u00e9gr\u00e9 l\u2019association comorienne contre le cancer chez la femme (ACCF). Elle dit avoir beaucoup de projets avec son conjoint, mais n\u2019a pas encore repris son poste. Elle dit vouloir profiter de sa fille. \u00ab\u00a0Quand j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 mes oncologues si je risquais une r\u00e9cidive de mon cancer, ils m\u2019ont dit \u00ab\u00a0Vivez madame\u00a0\u00bb, alors je vis\u00a0! Je suis de retour chez moi et je profite de ma seconde chance aupr\u00e8s de ceux que j\u2019aime\u00a0\u00bb. Elle lance un appel \u00e0 toutes les femmes comoriennes pour aller se faire d\u00e9pister davantage notamment les quinquag\u00e9naires et surtout celles qui ont des ant\u00e9c\u00e9dents familiaux.<\/p>\n<p>L\u2019histoire de Mouzna Mlaha\u00efli doit tous nous interpeller. Elle doit r\u00e9veiller les consciences de nos autorit\u00e9s. Le syst\u00e8me sanitaire comorien est d\u00e9grad\u00e9 depuis belle lurette. Combien de femmes comoriennes meurent de cette maladie faute de moyens de se faire d\u00e9pister ou de partir \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour se faire soigner\u00a0? Certes, il faut organiser les s\u00e9minaires et les ateliers, mais il faut \u00e9galement les moyens financiers et la logistique pour r\u00e9ellement mettre en \u0153uvre les actions qui y sont pr\u00e9conis\u00e9es. Les autorit\u00e9s doivent investir dans le syst\u00e8me sanitaire pour sauver des vies humaines.<\/p>\n<p>A lire aussi :\u00a0<a href=\"https:\/\/masiwa-comores.com\/lutte-contre-le-cancer-du-sein-zahara-abdallah-le-depistage-precoce-peut-sauver-des-vies\/\">https:\/\/masiwa-comores.com\/lutte-contre-le-cancer-du-sein-zahara-abdallah-le-depistage-precoce-peut-sauver-des-vies\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0La vie nous surprend chaque jour. Tant\u00f4t on est heureux, tant\u00f4t on souffre. L\u2019\u00e9crivain franco-marocain Tahar Ben Jelloun, dans son livre \u00ab\u00a0\u00c9loge de l\u2019amiti\u00e9, ombre de la trahison\u00a0\u00bb (Seuil, 2003) affirme que \u00ab\u00a0le destin est ce qui nous arrive au moment o\u00f9 on ne s\u2019y attend pas\u00a0\u00bb. 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