{"id":6484,"date":"2021-10-11T08:14:36","date_gmt":"2021-10-11T05:14:36","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=6484"},"modified":"2021-10-11T18:47:52","modified_gmt":"2021-10-11T15:47:52","slug":"pandora-papers-les-ingenus-des-comores","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/pandora-papers-les-ingenus-des-comores\/","title":{"rendered":"Pandora papers. Les ing\u00e9nus des Comores"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Nour El-Fath Azali, fils et conseiller du pr\u00e9sident comorien, un avocat proche du m\u00eame pr\u00e9sident, Afif Mchangama, et une patronne comorienne, Farahate Mahamoud, s\u0153ur du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Fakriddine Mahamoud Mradabi sont cit\u00e9s dans une des enqu\u00eates du Consortium International des Journalistes d\u2019Investigation (ICIJI). <\/em><\/strong><em>Par\u00a0<\/em><em>MiB<\/em><\/p>\n<p><strong><em>Comme beaucoup d\u2019autres personnalit\u00e9s mises en cause dans la cr\u00e9ation de soci\u00e9t\u00e9s offshores dans des paradis fiscaux, les trois Comoriens cit\u00e9s se sont retranch\u00e9s derri\u00e8re le d\u00e9ni et minimisent leur implication dans ces affaires.<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les territoires ou pays offshores sont des r\u00e9gions o\u00f9 il est facile de cr\u00e9er des entreprises, o\u00f9 les autorit\u00e9s ont rendu plus difficile l\u2019identification des propri\u00e9taires des soci\u00e9t\u00e9s pour mieux attirer des investisseurs sans scrupules, des responsables politiques qui cherchent \u00e0 cacher de l\u2019argent soustrait \u00e0 frauduleusement \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de leurs pays et o\u00f9 la fiscalit\u00e9 est plus l\u00e9g\u00e8re, ce qui permet de ne pas payer trop d\u2019imp\u00f4ts. Les soci\u00e9t\u00e9s offshores peuvent donc permettre par exemple de cacher des fonds ou de faire des montages financiers par des soci\u00e9t\u00e9s-\u00e9crans pour cacher le nom de la personne qui ach\u00e8te telle r\u00e9sidence ou autres biens \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Souvent, il s\u2019agit pour les hommes politiques, particuli\u00e8rement dans les r\u00e9gimes autocratiques, de pouvoir cacher qu\u2019ils sont propri\u00e9taires de grandes fortunes dans d\u2019autres pays. Ils peuvent ainsi mettre de c\u00f4t\u00e9 des fonds \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour pouvoir \u00e9ventuellement supporter les temps durs ou assurer l\u2019avenir des enfants une fois qu\u2019ils ne seront plus sur terre ou si par les al\u00e9as de la politique, ils subissent un coup d\u2019\u00c9tat ou se retrouvent en prison.<\/p>\n<p><strong>Le souffle de Pandora papers<\/strong><\/p>\n<p>Poss\u00e9der des soci\u00e9t\u00e9s secr\u00e8tes dans un paradis fiscal comme Duba\u00ef c\u2019est pouvoir facilement dissimuler de l\u2019argent issu d\u2019activit\u00e9s ill\u00e9gales ou de fonds secrets qui devraient servir aux chefs d\u2019\u00c9tat \u00e0 r\u00e9mun\u00e9rer des collaborateurs ou \u00e0 mener des op\u00e9rations de sauvegarde de la d\u00e9mocratie et qui sont souvent d\u00e9tourn\u00e9s \u00e0 des fins personnelles. Il faut le rappeler pour que ceux qui veulent d\u00e9fendre ceux qui sont pris la main dans le sac ne continuent pas \u00e0 nous assener des \u00ab\u00a0On ne trouve pas trace de fonds\u00a0\u00bb ou des \u00ab\u00a0la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a fait aucune activit\u00e9\u00a0\u00bb. C\u2019est l\u2019objectif premier de l\u2019existence de ce genre d\u2019entreprises ou de comptes offshores\u00a0: faire en sorte de brouiller les pistes afin que les simples citoyens n\u2019y voient jamais rien. Aucune activit\u00e9 suspecte.<\/p>\n<p>Le souffle des \u00ab\u00a0Pandora papers\u00a0\u00bb est arriv\u00e9 aux Comores par un article de la journaliste Hayatte Abdou, publi\u00e9 le 5 octobre dernier sur un site d\u2019investigation bas\u00e9 en Afrique de l\u2019Ouest, CENOZO. Dans cet article, il n\u2019y a aucune accusation de d\u00e9tournement ou de blanchiment d\u2019argent. Les faits sont pos\u00e9s comme les morceaux d\u2019un pont en construction, mais non encore termin\u00e9. L\u2019embarras des protagonistes y est expos\u00e9, nu.<\/p>\n<p><strong>Une fum\u00e9e opaque<\/strong><\/p>\n<p>La journaliste explique que Farahate Mahamoud, ancienne pr\u00e9sidente d\u2019un syndicat de patrons (MODEC) et pr\u00e9sidente de la soci\u00e9t\u00e9 EGT fond\u00e9e par son feu p\u00e8re Mahamoud Mradabi, a cr\u00e9\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 Select Cars Africa International Limited en 2016 et Nour El-Fath Azali, fils du chef de l\u2019\u00c9tat qui est devenu depuis le 12 juin 2019 officiellement son conseiller pour les affaires \u00e9conomiques a fond\u00e9 Olfant Limited en 2018. Les deux r\u00e9sidents comoriens ont eu recours \u00e0 la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans le montage de ce genre de soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 Duba\u00ef : SFM Company Formation DMCC. Et \u00e0 chaque fois, le m\u00eame homme joue l\u2019interm\u00e9diaire dans la cr\u00e9ation de ces soci\u00e9t\u00e9s\u00a0: l\u2019avocat Afif Mshangama. Ce dernier \u00e9tait donn\u00e9 jusque-l\u00e0 comme un conseiller tr\u00e8s proche du pr\u00e9sident Azali et avocat de l\u2019\u00c9tat comorien. Interrog\u00e9 dans le cadre de ces affaires, il nie en ch\u0153ur avec le fils du pr\u00e9sident \u00eatre son conseiller, une \u00ab\u00a0confusion\u00a0\u00bb explique-t-il.<\/p>\n<p>Afif Mshangama reconnait tout de m\u00eame avoir recommand\u00e9 \u00e0 Faharate Mahamoud les services de la SFM Company Formation DMCC et d\u2019avoir pay\u00e9 pour elle les frais, un peu par hasard, car il \u00e9tait sur place \u00e0 Duba\u00ef. Par contre, il confirme \u00eatre un partenaire dans la soci\u00e9t\u00e9 de Nour El-Fath Azali.<\/p>\n<p>Les explications sur la cr\u00e9ation et sur les activit\u00e9s de ces deux entreprises fant\u00f4mes sont peu convaincantes de la part de Farahate Mahamoud et de Nour El Fath Azali. La premi\u00e8re donne l\u2019impression de ne m\u00eame pas savoir de quoi il s\u2019agit. Pourtant, elle est seule actionnaire de sa soci\u00e9t\u00e9. Elle pr\u00e9tend que celle-ci s\u2019occupe de <em>\u00ab vente de voitures et consulting dans le secteur de l\u2019automobile\u201d<\/em><em> en France, mais la journaliste n\u2019a trouv\u00e9 aucune trace d\u2019activit\u00e9 et la patronne est incapable de fournir des documents prouvant que la soci\u00e9t\u00e9 vend des voitures ou fait du consulting, ce qui supposerait qu\u2019elle a pay\u00e9 des taxes en France o\u00f9 elle pr\u00e9tend exercer son activit\u00e9. Elle dit ne pas s\u2019occuper de la gestion, mais refuse de donner le nom de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 laquelle elle a confi\u00e9 la gestion. Lorsqu\u2019elle dit \u00e0 la journaliste qu\u2019elle a <\/em>\u00ab\u00a0<em>l\u2019impression d\u2019avoir fait quelque chose de mal<\/em>\u00a0\u00bb, le lecteur en vient \u00e0 se demander si cette soci\u00e9t\u00e9 est bien la sienne ou si elle n\u2019est, elle-m\u00eame, qu\u2019un pr\u00eate-nom.<\/p>\n<p><em><strong>\u00c0 l\u2019ombre de papa<\/strong><\/em><\/p>\n<p><em>Quant au fils du pr\u00e9sident, il joue avec la journaliste. <\/em>\u00ab\u00a0<em>Vous savez, au d\u00e9but, je ne voulais pas entrer en politique, je voulais faire du business.\u00a0\u00bb. <\/em><em>Apr\u00e8s un MBA aux \u00c9tats-Unis, \u00e0 30 ans, il devient consultant puis rentre au pays en 2016 pour int\u00e9grer Exim Bank et participer discr\u00e8tement \u00e0 la campagne pr\u00e9sidentielle de son p\u00e8re. Cela veut dire que jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de 32 ans, il n\u2019est pas dans le business, par contre il est discr\u00e8tement dans la politique aux c\u00f4t\u00e9s de son p\u00e8re. Et voici qu\u2019en 2018, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 34 ans, alors qu\u2019il conseille dans l\u2019ombre son p\u00e8re pr\u00e9sident, il cr\u00e9e Olfant Limited. Il pr\u00e9tend avoir ferm\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 fant\u00f4me<\/em> <em>en 2019 au moment o\u00f9 il allait officialiser sa collaboration avec le chef de l\u2019\u00c9tat, la journaliste d\u00e9couvre que celle-ci n\u2019a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e qu\u2019en 2020. Nour El-Fath Azali, non plus, n\u2019a pas trop l\u2019air de savoir grand-chose sur sa soci\u00e9t\u00e9. <\/em><\/p>\n<p><em>La question demeure comme pour<\/em> Select Cars Africa International Limited de Faharate Mahamoud\u00a0: quels sont les documents qui montrent une activit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 pendant ses deux ans d\u2019existence\u00a0?<\/p>\n<p>Le plus frappant quand on lit l\u2019article de Hayatte Abdou c\u2019est la capacit\u00e9 des trois protagonistes \u00e0 jouer les ing\u00e9nus et \u00e0 prendre leurs interlocuteurs pour des imb\u00e9ciles. Si l\u2019on suit leur logique, ils ont cr\u00e9\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s qui n\u2019ont eu aucune activit\u00e9 ou alors ils les ignorent et ces soci\u00e9t\u00e9s n\u2019ont pas de bilan ou alors ils ne sont pas au courant et ne veulent pas en faire une publicit\u00e9 alors. Ils ont cr\u00e9\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s qui ne leur ont rien rapport\u00e9, donc ils n\u2019ont pay\u00e9 aucun imp\u00f4t, aucune taxe dans les pays o\u00f9 elles sont install\u00e9es, et encore moins aux Comores. Et tout cela est pour eux et leurs soutiens, banal.<\/p>\n<p>Dans deux posts sur son mur Facebook, l\u2019avocat Moudjahidi Abdoulbastoi rappelle que si la loi comorienne n\u2019interdit pas d\u2019aller cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 offshore dans un paradis fiscal, \u00ab\u00a0L&#8217;article 7 du D\u00e9cret N\u00b087-005\/PR du 16 janvier 1987, portant r\u00e9glementation des relations financi\u00e8res entre les Comores et l&#8217;\u00e9tranger, interdit la d\u00e9tention aux Comores, par un r\u00e9sident ou un non-r\u00e9sident, de valeurs mobili\u00e8res \u00e9trang\u00e8res et de tous titres repr\u00e9sentatifs de cr\u00e9ances sur l&#8217;\u00e9tranger. Selon le m\u00eame article, ces avoirs doivent \u00eatre d\u00e9pos\u00e9s obligatoirement chez un interm\u00e9diaire agr\u00e9\u00e9 par la Banque centrale des Comores \u00bb. Sans parler du fait que celle qui dit faire des affaires en France (ventes et consulting) a des obligations de d\u00e9claration et de payement de taxes dans ce pays et que cela devrait appara\u00eetre dans des bilans officiels et transparents.<\/p>\n<p>Pour cr\u00e9dibiliser les paroles du fils du pr\u00e9sident qui ne passent pas, le journal de l\u2019\u00c9tat est appel\u00e9 \u00e0 la rescousse et le Secr\u00e9taire de la R\u00e9daction d\u2019Alwatwan, Abdillah Saandi Kemba est cat\u00e9gorique\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019investigation faite ne laisse appara\u00eetre aucune connexion avec des paradis fiscaux ou de milieux d\u2019affaires suspects. On a d\u2019ailleurs appris que certaines des soci\u00e9t\u00e9s en question [il n\u2019y en a que deux connues, pour le moment], avant d\u2019\u00eatre ferm\u00e9es, n\u2019avaient enregistr\u00e9 \u00abaucune activit\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p>Aucune activit\u00e9, aucun v\u00e9ritable si\u00e8ge social (sinon une boite aux lettres), pas de comptes ni bilans visibles sur internet\u2026 C\u2019est ce qui devrait interroger un journaliste. Pourquoi cr\u00e9er une soci\u00e9t\u00e9 dans un paradis fiscal et ne faire aucune activit\u00e9, aucun b\u00e9n\u00e9fice\u00a0?<\/p>\n<p>Il n\u2019y a eu aucune r\u00e9action du gouvernement \u00e0 cet article, aucune r\u00e9action de la Justice comorienne. Seul le parti RIDJA demande dans un communiqu\u00e9 sign\u00e9 par son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, Me Mze Mchinda, \u00ab\u00a0l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate judiciaire aux Comores et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger aux fins de d\u00e9terminer avec objectivit\u00e9 l\u2019origine des fonds plac\u00e9s sur les comptes bancaires de cette soci\u00e9t\u00e9 et la nature et la sinc\u00e9rit\u00e9 des prestations fournies \u00bb, visant ainsi surtout la soci\u00e9t\u00e9 du fils du pr\u00e9sident Azali. Le parti de Me Larifou condamne cette pratique qui \u00ab\u00a0encourage la corruption et les d\u00e9tournements des deniers publics.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nour El-Fath Azali, fils et conseiller du pr\u00e9sident comorien, un avocat proche du m\u00eame pr\u00e9sident, Afif Mchangama, et une patronne comorienne, Farahate Mahamoud, s\u0153ur du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur, Fakriddine Mahamoud Mradabi sont cit\u00e9s dans une des enqu\u00eates du Consortium International des Journalistes d\u2019Investigation (ICIJI). 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