{"id":6228,"date":"2021-08-16T11:19:48","date_gmt":"2021-08-16T08:19:48","guid":{"rendered":"https:\/\/masiwa-comores.com\/?p=6228"},"modified":"2021-08-16T21:13:38","modified_gmt":"2021-08-16T18:13:38","slug":"alwatwan-sous-le-silence-la-greve","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/masiwa-comores.com\/non-classe\/alwatwan-sous-le-silence-la-greve\/","title":{"rendered":"Alwatwan, Sous le silence, la gr\u00e8ve"},"content":{"rendered":"<p><em>Alwatwan<\/em> est une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tat. Le journal fonctionne essentiellement gr\u00e2ce aux apports de l\u2019\u00c9tat (qui paye notamment tous les employ\u00e9s) et c\u2019est sans doute la seule soci\u00e9t\u00e9 qui ne rend pas compte au gouvernement ou au citoyen de ses r\u00e9sultats annuels, ni ses gains (vente, publicit\u00e9s\u2026) ni ses pertes. M\u00eame au temps o\u00f9 des journalistes menaient de vraies enqu\u00eates, le journal fonctionnait comme une \u00eele dans une \u00eele. <em>Par\u00a0MiB<\/em><\/p>\n<p>Le gouvernement (et encore moins les citoyens) n\u2019avait pas de droit de regard sur ce qui s\u2019y passait. Cette culture du secret en ce qui concerne les affaires de la soci\u00e9t\u00e9 demeure encore aujourd\u2019hui dans la direction, mais \u00e9galement, et c\u2019est plus grave, chez certains journalistes. M\u00eame quand le journal cumule les probl\u00e8mes, que la r\u00e9daction est en guerre permanente contre son Directeur et depuis peu contre le Secr\u00e9taire de R\u00e9daction, il faut pour eux tout cacher. Tout doit rester \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Pourtant, on a vu parfois aussi les m\u00eames journalistes se plaindre du fait que dans certaines affaires, des membres du gouvernement ou des cadres de l\u2019administration faisaient de la r\u00e9tention d\u2019information. C\u2019est la situation actuelle.<\/p>\n<p>Qui sait que la r\u00e9daction d\u2019<em>Alwatwan<\/em> a fait gr\u00e8ve le mercredi 11 ao\u00fbt\u00a0? Quasiment personne. <em>La Gazette<\/em> en a fait un petit encadr\u00e9 entre une pub et l\u2019ours le 12. On y apprend que la quasi-totalit\u00e9 de la r\u00e9daction \u00e9tait en gr\u00e8ve et qu\u2019\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019issue d\u2019une r\u00e9union tenue hier mercredi, les journalistes qui ont l\u2019impression de pr\u00eacher dans le d\u00e9sert ont d\u00e9cid\u00e9 de ne plus rendre leurs papiers avant que leurs dol\u00e9ances ne soient prises en compte.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En fait, les journalistes ont repris le travail apr\u00e8s une journ\u00e9e de gr\u00e8ve qui n\u2019en \u00e9tait pas vraiment une puisqu\u2019il n\u2019y a pas eu de pr\u00e9avis et qu\u2019ils n\u2019ont signal\u00e9 la gr\u00e8ve \u00e0 personne. Pourtant, ils n\u2019ont pas obtenu gain de cause sur leur principale revendication et la tension est toujours pr\u00e9sente entre eux, la Direction et une infime minorit\u00e9 de la R\u00e9daction qui soutient cette derni\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Le Secr\u00e9taire de R\u00e9daction est mis en cause<\/strong><\/p>\n<p>Dans la semaine du 5 ao\u00fbt des journalistes autour de celui qui fait office de r\u00e9dacteur en chef par int\u00e9rim depuis le mois de mai, Elie Djouma, r\u00e9digent un courrier et l\u2019adresse \u00e0 leur Directeur, Maoulida Mba\u00e9. La lettre exprime un certain ras-le-bol et porte trois revendications. En r\u00e9alit\u00e9, les revendications sont nombreuses, mais les journalistes d\u00e9cident que dans un premier temps il fallait n\u2019en exprimer que les trois principales \u00e0 savoir d\u2019abord le retour d\u2019une tradition de la r\u00e9daction consistant \u00e0 \u00e9lire le r\u00e9dacteur en chef, ensuite l\u2019embauche d\u2019un correcteur pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 du journal tant d\u00e9cri\u00e9 ces derniers temps et enfin le remplacement du Secr\u00e9taire de R\u00e9daction, Kemba Abdillah Saandi qui fait la quasi-unanimit\u00e9 contre lui.<\/p>\n<p>Kemba Abdillah Saandi est l\u2019homme du Directeur. Il estime n\u2019avoir de compte \u00e0 rendre qu\u2019\u00e0 ce dernier, celui qui lui a confi\u00e9 sa mission. C\u2019est plus qu\u2019un Secr\u00e9taire de R\u00e9daction car il ne fait pas que corriger les fautes de fran\u00e7ais. Il a aussi les missions d\u2019un R\u00e9dacteur en chef et m\u00eame en partie de Directeur de la publication. Il r\u00e9\u00e9crit des textes, supprime des parties ou refuse m\u00eame des articles \u00e0 cause de leur contenu. Il censure souvent et cela d\u00e9plait aux journalistes. Mais, ce qu\u2019ils lui reprochent le plus c\u2019est un certain m\u00e9pris\u00a0: il n\u2019assiste jamais aux conf\u00e9rences de r\u00e9daction le matin, arrive tard et se permet de faire finir tr\u00e8s tard \u00e0 une des employ\u00e9s, oblig\u00e9e de se chercher un taxi \u00e0 23 heures de la nuit pour rentrer chez elle.<\/p>\n<p>Kemba, qui a accept\u00e9 de donner sa position \u00e0 Masiwa reconna\u00eet qu\u2019il ne va jamais aux r\u00e9unions du matin. Mais, il fait observer que de nombreux journalistes n\u2019\u00e9crivent pas et que pour lui c\u2019est plus grave\u00a0: \u00ab\u00a0La seule faute que je reconnais, c&#8217;est de ne pas participer comme il faut aux conf\u00e9rences de r\u00e9daction. Mais que dire de ceux qui font deux ou quatre semaines sans \u00e9crire un papier ?\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Contrairement aux journalistes qui ne font plus leur boulot, selon Kemba, ce dernier est un boulimique du travail. Il cumule des fonctions diverses dans plusieurs soci\u00e9t\u00e9s et organisations. En plus d\u2019\u00eatre Secr\u00e9taire de R\u00e9daction d\u2019<em>Alwatwan<\/em>, il avait aussi un contrat avec ORTC pour fournir des informations \u00e9crites, il fait partie d\u2019une Commission de communication et de Marketing de la F\u00e9d\u00e9ration de Football des Comores et il ferait aussi de la communication pour la Douane. Il est \u00e9galement correspondant de Mayotte hebdo et travaille sur la sortie d\u2019un magazine. Un journaliste qui requiert l\u2019anonymat se demande\u00a0: \u00ab\u00a0Comment peut-il travailler pour [toutes ces] institutions en m\u00eame temps et travailler normalement \u00e0 Alwatwan ? C\u2019est impossible !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Un faux ultimatum<\/strong><\/p>\n<p>La lettre des journalistes est assortie d\u2019une menace de gr\u00e8ve de 48 heures si les trois revendications ne sont pas satisfaites. Mais, elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 lue par tous et tous n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 joints au t\u00e9l\u00e9phone pour les pr\u00e9venir, mais elle est sign\u00e9e \u00ab\u00a0La R\u00e9daction\u00a0\u00bb. D\u00e8s le samedi, elle provoque la col\u00e8re d\u2019un \u00ab\u00a0ancien\u00a0\u00bb, le photographe Ibrahim Youssouf qui se plaint de ne pas avoir \u00e9t\u00e9 pr\u00e9venu (sans doute par pr\u00e9vision de sa r\u00e9action). Il pr\u00e9vient les r\u00e9dacteurs de la lettre qu\u2019\u00e0 10 ans de la retraite, il ne ferait pas gr\u00e8ve avec le risque d\u2019\u00eatre licenci\u00e9. En r\u00e9alit\u00e9, proche de la Direction, l\u2019homme ne craint rien. Il cherche \u00e0 d\u00e9stabiliser les plus jeunes. Mais, Kemba a tenu lui aussi \u00e0 apporter cette nuance\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est la pas la r\u00e9daction d\u2019<em>Alwatwan<\/em>, c\u2019est une partie de la r\u00e9daction\u00a0\u00bb. Ils sont trois ou quatre \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 la lettre et \u00e0 une \u00e9ventuelle gr\u00e8ve.<\/p>\n<p>Kemba Abdillah Saandi, ayant eu vent du courrier, avait aussi piqu\u00e9 sa col\u00e8re contre la r\u00e9daction et avait aussi pr\u00e9venu\u00a0: \u00ab\u00a0De toute fa\u00e7on, le Directeur ne pourra pas me renvoyer\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lundi, le Directeur convoque le r\u00e9dacteur en chef par int\u00e9rim dans son bureau et lui dit qu\u2019il est pr\u00eat \u00e0 satisfaire aux deux premi\u00e8res revendications, mais qu\u2019il ne peut pas remplacer le Secr\u00e9taire de R\u00e9daction. L\u00e0 aussi Kemba a une explication pr\u00e9cise, il fait appel aux respects de r\u00e8gles\u00a0: \u00ab\u00a0Ce n\u2019est pas la r\u00e9daction qui nomme le SR. On ne peut pas r\u00e9clamer le d\u00e9part d\u2019un SR parce qu\u2019une partie le souhaite. Sinon demain, l\u2019autre partie va r\u00e9clamer aussi le d\u00e9part du Redchef. On ne doit pas cautionner de tels comportements dans une entreprise qui a des r\u00e8gles \u00e0 moins que l\u2019on veuille \u00e9riger l\u2019anarchie en r\u00e8gle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><strong>Un arr\u00eat de travail sans pr\u00e9avis<\/strong><\/p>\n<p>Les journalistes encaissent en silence la d\u00e9cision de maintenir Kemba \u00e0 son poste. Ils h\u00e9sitent entre les 48 heures de gr\u00e8ve qu\u2019ils avaient annonc\u00e9es et 24 heures. Une nouvelle tentative de discussion avec ce dernier tourne mal. Le jour suivant, mardi, c\u2019est f\u00e9ri\u00e9, le Nouvel An musulman. Arrive donc le mercredi 11 ao\u00fbt o\u00f9 les journalistes ne viennent pas, sans pr\u00e9venir qu\u2019ils font gr\u00e8ve. Cela a le don d\u2019\u00e9nerver le directeur et le Secr\u00e9taire de R\u00e9daction.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La gr\u00e8ve a des r\u00e8gles. Il faut un pr\u00e9avis cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait. Et puis nous sommes dans un \u00e9tablissement public, il y a le principe de la continuit\u00e9 du service public. Le journal a \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9 le mercredi 11 ao\u00fbt.\u00a0\u00bb (sic). Les deux hommes d\u00e9cident d\u2019ignorer les journalistes et faire le journal sans eux. Une mani\u00e8re de leur montrer qu\u2019ils ne sont pas indispensables et qu\u2019<em>Alwatwan<\/em> peut se faire sans eux. Il sera distribu\u00e9 en kiosque le 12 ao\u00fbt et personne n\u2019a remarqu\u00e9 qu\u2019il n\u2019\u00e9tait sign\u00e9 que par Maoulida Mba\u00e9 et Kemba Abdillah Saandi.<\/p>\n<p>Jeudi, les journalistes reprennent le travail sans bruit. Les meneurs sont all\u00e9s calmer la fougue du directeur qui avait pr\u00e9par\u00e9 le licenciement d\u2019un journaliste et la mise \u00e0 pied de trois autres. Tous de jeunes journalistes arriv\u00e9s il y a peu dans la r\u00e9daction.<\/p>\n<p><strong>La loi du silence<\/strong><\/p>\n<p>Comme dans d\u2019autres administrations, les journalistes d\u2019<em>Alwatwan<\/em> ont d\u00e9cid\u00e9, en majorit\u00e9, de garder le silence sur les humiliations qu\u2019ils subissent quotidiennement. Ceux qui ont d\u00e9cid\u00e9 de parler ont demand\u00e9 l\u2019anonymat. Le pr\u00e9sident du Syndicat national des Journalistes aux Comores, Chamsoudine Sa\u00efd Mhadji, \u00e9galement journaliste d\u2019<em>Alwatwan<\/em> a promis de donner le point de vue de son syndicat le matin et le soir venu, il s\u2019est ravis\u00e9 en disant qu\u2019en fait il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 saisi officiellement. Alors qu\u2019une source indique qu\u2019il a bien re\u00e7u le courrier en tant que pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Ce qui se passe dans <em>Alwatwan<\/em>, c\u2019est ce qui se passe tous les jours dans les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019\u00c9tat et dans l\u2019administration comorienne. Le Directeur se croit tout puissant, m\u00eame s\u2019il est jeune et manque d\u2019exp\u00e9rience dans le management des hommes. Il estime que c\u2019est lui qui a sign\u00e9 les contrats des derniers arrivants et donc qu\u2019il a droit de vie et de mort sur eux. Les autres employ\u00e9s doivent se taire, et la plupart jouent le jeu.<\/p>\n<p>Cette peur de parler de la part de journalistes, on la retrouve \u00e9galement \u00e0 ORTC o\u00f9 les employ\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9lev\u00e9s de certaines sommes sur leurs salaires depuis quelque temps pour qu\u2019on leur donne un statut. Ils n\u2019ont toujours pas de statut, mais ils acceptent de garder le silence. Nous y reviendrons.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alwatwan est une soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9tat. Le journal fonctionne essentiellement gr\u00e2ce aux apports de l\u2019\u00c9tat (qui paye notamment tous les employ\u00e9s) et c\u2019est sans doute la seule soci\u00e9t\u00e9 qui ne rend pas compte au gouvernement ou au citoyen de ses r\u00e9sultats annuels, ni ses gains (vente, publicit\u00e9s\u2026) ni ses pertes. 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